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Stupéfaction et interrogation au Parlement

Le président de la Confédération, Moritz Leuenberger (à gauche) et Peter Hess, le président du Conseil national, jeudi, à Zoug. Keystone

Comme le reste de la Suisse, le Parlement fédéral et le gouvernement ont appris la nouvelle avec stupéfaction. Mais au-delà du choc, certains députés expriment déjà leurs préoccupations.

C’est le président du Conseil national, le Zougois Peter Hess, qui a annoncé à ses pairs l’ampleur du drame qui a secoué Zoug jeudi matin. En effet, le Conseil national siégeait au moment du drame. La séance du Conseil des Etats, en revanche, était déjà terminée.

Visiblement ému, Peter Hess a suspendu prématurément les débats un peu après midi, après que le Parlement a effectué une minute de silence. «Les parlementaires, élus par le peuple, doivent pouvoir débattre en toute immunité», a encore dit à la presse le démocrate-chrétien.

Condoléances du gouvernement

Son émotion était partagée par le Conseil fédéral qui s’est dit «atterré par cet acte de folie meurtrière» et a présenté ses condoléances aux familles des victimes.

Dans un communiqué de presse, le gouvernement se dit «totalement désemparé» face à cet acte «incompréhensible qui met en péril les fondements mêmes de la vie communautaire». Le parquet fédéral, compétent en matière d’attentats à l’explosif, participe à l’enquête.

Retour au Parlement. «Je n’arrive pas encore à croire que cet événement s’est passé en Suisse, où, jusqu’à présent, nous étions préservés de tels actes de violence», explique le socialiste neuchâtelois Didier Berberat. Et pourtant, la violence s’est déchaînée, en Suisse aussi. Une telle constatation soulève de nombreuses questions.

Une maison ouverte

«Nous avons toujours trouvé des solutions pour que le Parlement soit une maison ouverte», poursuit Didier Berberat. Désormais, les choses ont changé. Et les parlementaires pensent, pour la plupart avec regret, aux mesures de sécurité qu’il faudra prendre: meilleur contrôle aux entrées, interdiction d’accès à certains locaux…

Fini, ce modèle de politiciens proches du peuple? «Ce contact direct participe d’un mythe, affirme le démocrate-chrétien vaudois Jacques Neirynck. C’est très beau de vivre dans ce mythe, mais les faits viennent de le démontrer, nous vivons dans un monde dangereux et la réalité n’est pas ce que beaucoup de gens imaginent en Suisse.»

Jacques Neirynck va plus loin: selon lui, il est irresponsable d’avoir, par exemple, un parlement national si peu surveillé. «La semaine dernière, nous avons discuté des armements militaires, poursuit-il. Je trouvais la situation surréaliste: nous étions près à dépenser près d’un milliard pour nous protéger contre une attaque simultanée de chars par les Autrichiens et les Français, mais il n’y avait pas un policier armé d’un revolver, à l’entrée d’un endroit pourtant menacé par définition.»

Pas de bunkers

Plusieurs voies s’élèvent cependant pour ne pas non plus transformer les Parlements en bunkers. «Ma crainte, c’est que nous prenions des mesures draconiennes en matière de sécurité», s’inquiète Didier Cuche.

L’écologiste neuchâtelois se penche plutôt sur les motivations de ce tireur fou. Et souligne la responsabilité d’une société dans laquelle la réussite, mais aussi l’échec, sont devenus individuels. «En tant qu’élus, nous devrons être attentifs à un certain nombre de dérapages économiques, qui font que certaines personnes se sentent humiliées parce que leur parcours de vie n’est pas reconnu.»

Dernière interrogation des parlementaires: celle de la facilité avec laquelle les Suisses peuvent obtenir des armes. «Nous devons devenir plus sévères, augmenter les contrôles», estime enfin la conseillère aux Etats neuchâteloise radicale Michèle Berger.

Caroline Zuercher

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