Succès diplomatique en vue pour la Suisse
Berne et Bruxelles ont tout fait pour que la conférence humanitaire sur les territoires occupés ne soit pas un tribunal contre Israël.
Sauf événement extraordinaire, la conférence sur le respect de la 4e convention de Genève dans les territoires occupés par Israël aura bel est bien lieu le 5 décembre à Genève.
Berne annoncera officiellement sa tenue à la dernière minute. Mais le ministère suisse des Affaires étrangères (DFAE) a déjà convoqué la presse pour un briefing d’information qui se tiendra, lui, vendredi.
La réussite de l’exercice dépend en premier lieu du nombre de participants. La Suisse espère que plus d’une centaine des 189 Etats parties aux conventions de Genève seront présents.
Une diplomatie suisse active
Quoi qu’il en soit, les efforts déjà fournis par la diplomatie helvétique pour que la conférence se tienne constitue un succès. «La Suisse s’est montrée nettement plus active que lors de la précédente conférence sur le même sujet qui s’est tenue en juillet 1999», lance un diplomate européen, sous couvert d’anonymat.
«Lors de blocages dans les négociations préparatoires, poursuit le diplomate, la diplomatie helvétique a pressé le mouvement et fait la navette entre les représentants des pays arabes et ceux de l’Union européenne (UE). L’expertise des Suisses en matière de droit humanitaire a également facilité la rédaction de la déclaration qui doit être adoptée à la fin de la conférence.»
De fait, l’UE n’a accepté de participer à la conférence qu’à la condition qu’elle s’en tienne strictement au rappel du droit humanitaire applicable dans les territoires occupés.
Une conférence bien balisée
Résultat: la déclaration finale, âprement négociée depuis l’été, ne devrait faire l’objet d’aucune discussion le 5 décembre prochain. Quant à la conférence elle-même, elle se tiendra à huis clos.
Tout a donc été prévu pour que la réunion ne se transforme pas en tribunal contre le gouvernement israélien. Or, l’Etat hébreu craint justement d’être mis sur le ban des accusés, comme le confirme Daniel Halevy-Goetschel, porte-parole de l’ambassade d’Israël à Berne.
Pour justifier sa non-participation à la conférence, Israël avance également que la déclaration finale est unilatérale. Un point de vue contesté par Muriel Berset Kohen, porte-parole du DFAE, qui rappelle que le texte est le fruit d’un compromis et qu’il vise à protéger les populations civiles d’une puissance occupante, en l’occurrence Israël.
Empêcher une politisation du droit humanitaire
Le ton risque par contre d’être nettement plus vif parmi les participants d’un forum des ONG qui se tiendra la veille de la conférence, à Genève également. Les organisateurs comptent en tout cas adopter une résolution qui sera transmise à la Suisse. A Berne ensuite de décider si ce texte doit être communiqué aux participants de la conférence.
Jusqu’à la fin de la conférence, la diplomatie suisse sera donc sur la corde raide. Une position inconfortable que souligne le spécialiste du Proche-Orient Pascal de Crousaz: «En tant qu’Etat dépositaire, la Suisse doit empêcher une politisation du droit humanitaire, comme le voudraient les adversaires d’Israël. Mais elle ne peut pas non plus rester passive face à des violations flagrantes de la 4e convention de Genève par Israël.»
Frédéric Burnand, Genève
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