Terrorisme: les dénonciations pleuvent en Suisse
Le Bureau de communication en matière de blanchiment a reçu 95 communications depuis les attentats aux Etats-Unis. Notamment de La Poste.
Le 11 septembre marque véritablement une frontière en Suisse. Avant, le Bureau de communication en matière de blanchiment n’avait jamais été alerté par un intermédiaire financier. Depuis, il a reçu près d’une centaine de mises en garde.
Lorenzo Gerber, chef adjoint du bureau de communication, qui participait à la conférence organisée à Genève sur l’«Argent du terrorisme» par Academy & Finance, constate que 37% des personnes concernées par ces dénonciations sont originaires d’Arabie Saoudite, et 35% sont des Suisses.
Les communications proviennent à 45% de Genève, à 35% de Berne et à 14% de Zurich. Ces statistiques, communiquées en avant-première lors de cette conférence, qui réunissait de nombreuses personnalités, dont Dina Balleyguier, cheffe de l’Autorité de contrôle en matière de blanchiment d’argent, méritent toutefois d’être étudiées dans le détail.
Gestionnaire de fortune genevois
En effet, Berne n’est pas véritablement une place financière, mais de nombreuses dénonciations sont arrivées de la direction de La Poste. De la même manière, sur 43 communications émanant de la Cité de Calvin, 19 proviennent d’un seul intermédiaire financier.
Ce dernier se taille d’ailleurs la part du lion. Sur les 37 millions de francs liés au terrorisme et bloqués par la Suisse, 24 arrivent des bureaux de ce gestionnaire de fortune genevois.
En ce qui concerne les banques, la moitié des dénonciations provient d’établissements financiers étrangers, un quart des grandes banques (UBS et Credit Suisse). Enfin, 15% des banques régionales et 10% des banques privées. Lorenzo Gerber précise que pour deux cas sur trois, les communications sont liées aux listes de suspects communiquées par les Etats-Unis et par l’ONU.
Des listes américaines inefficaces
Les multiples intervenants à cette conférence sur l’argent du terrorisme ont reconnu que les 850 noms diffusés par les Etats-Unis, comme susceptibles d’être liés au terrorisme, et communiqués sans modification par les autorités suisses aux banques et aux intermédiaires financiers, ne correspondaient pas à grand chose.
Concrètement, il s’agit d’un outil de travail «insatisfaisant et inefficace». Les noms, souvent d’origine arabe, sont mal orthographiés, mélangent les noms et les prénoms, et ne sont même pas suivis d’informations indispensables comme l’adresse exacte ou la date de naissance.
«La protection des données et la présomption d’innocence ne sont pas respectées. Les personnes qui apparaissent à tort dans les listes envoyées par l’administration Bush rencontrent toutes les peines du monde à faire rayer leurs noms», proteste l’avocat Charles Poncet, l’animateur de cette conférence.
Ian Hamel
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