Tour de vis pour les demandeurs d’asile africains
La Suisse prend des mesures spéciales à l'égard des requérants d'asile africains. Leurs demandes seront traitées en priorité
L’Office fédéral des réfugiés aura surtout à l’œil les candidats qui ont un casier judiciaire ou «un comportement asocial».
Dominique Boillat, Office fédéral des réfugiés
«Certains de ces requérants parasitent un peu la procédure d’asile.»
Ruth Metzler, ministre suisse de la justice et de la police, a fait savoir vendredi qu’elle avait chargé l’Office fédéral des réfugiés (ODR) d’appliquer sans délai de nouvelles mesures de contrôle des requérants d’asile africains.
Précision donnée par Dominique Boillat, porte-parole de l’ODR: «ces mesures ne sont pas destinées à répondre à la campagne du parti UDC avant la votation sur son initiative ‘contre les abus dans le droit d’asile’».
Elles découlent par contre d’une réflexion entamée au printemps déjà sur l’augmentation, observée dans toute l’Europe mais également en Suisse, du nombre de requérants d’asile en provenance de pays africains.
En conséquence de quoi ces demandes doivent être traitées en priorité de manière à savoir si ces requérants peuvent bénéficier d’un accueil selon les termes de la loi sur l’asile ou s’il faut décider d’une non entrée en matière.
Le moteur de la curiosité
Selon les experts, cet exode croissant ne découlerait pas de la pauvreté des migrants, mais «de la curiosité, de l’énergie et de l’initiative de personnes décidées à améliorer leur sort», attirées qu’elles sont par les sociétés du bien-être, mais qui ne répondent pas aux critères de la loi sur l’asile.
Dominique Boillat trace le profil de ces jeunes Africains, parfois même très jeunes, qui frappent aujourd’hui aux portes de la Suisse: ils viennent des banlieues, fuient des situations sociales difficiles et sont très vulnérables, voire facilement embrigadés dans des réseaux de drogue.
Si l’on en croit le porte-parole de l’ODR, nombre de ces requérants avancent aujourd’hui «de faux motifs, de faux pays d’origine, des identités falsifiées».
Il faut donc mettre en place de nouveaux instruments d’analyse pour que les autorités compétentes puissent aussi rapidement que possible se prononcer sur leurs allégations.
Cinq pays africains sont particulièrement visés par ces mesures: l’Angola, le Congo RDC, le Nigeria, la Sierra Leone et la Guinée.
Justice et injustices
Selon les directives de Mme Metzler, priorité est notamment donnée «à l’exécution des renvois vers l’Afrique de personnes condamnées par la justice ou au comportement asocial» et, si nécessaire, «ces renvois sont assurés par des vols spéciaux».
Du côté de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés, organe faîtier des ONG d’entraide, on juge ces mesures «plutôt adaptées». Yann Golay, son porte-parole, nous explique que «la Confédération réagit bien».
«On ne peut pas accepter que des personnes utilisent la procédure d’asile pour faire du trafic de drogue. Mais la législation suisse fournit déjà les moyens de ne pas entrer en matière dans leurs demandes.»
Mais Yann Golay met aussi le doigt sur les amalgames et injustices de toutes sortes dont des Africains sont aujourd’hui victimes dans certains milieux suisses comme s’il fallait voir en chaque d’eux, «un dealer en puissance».
swissinfo/Bernard Weissbrodt
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