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Un pays méfiant envers les persécutés…

La frontière suisse a été fermée aux réfugiés dès 1942. Keystone

Refoulement des réfugiés. Passivité sur le dossier des fonds en déshérence. La Suisse n'en a pas fait assez pour les victimes des nazis.

Tout n’est pas nouveau dans les dix études publiées jeudi par la Commission Bergier. C’est notamment le cas du rapport consacré aux réfugiés, dont la première version avait été livrée il y a deux ans, non sans déclencher une vaste polémique. Pourtant le texte définitif garde entier les reproches faits à la politique d’asile suisse de l’époque.

Ce texte met particulièrement en lumière deux moments clés. D’abord l’introduction, en 1938, et à l’initiative de Berne, d’une marque distinctive sur les passeports des Juifs allemands. Le Conseil fédéral a ainsi fait «pénétrer la législation raciale allemande dans le droit administratif suisse», juge le rapport.

Fermeture et refoulement

L’été 1942, ensuite. C’est à ce moment que les autorités helvétiques décident la fermeture des frontières, tout en sachant quel sort menace les réfugiés refoulés – la déportation et l’extermination.

D’où la conclusion du rapport: «les autorités suisses ont contribué – intentionnellement ou non – à ce que le régime national-socialiste atteigne ses objectifs.»

Sombre aussi est l’analyse des motifs de cette attitude restrictive. Ce ne sont ni les difficultés de ravitaillement, ni les pressions allemandes qui ont été déterminantes.

Selon le rapport Bergier, d’autres facteurs ont joué un rôle central. Notamment, l’antisémitisme et la peur de la «surpopulation étrangère».

Le rejet des Tsiganes

Reste que, juridiquement, l’asile était réservé à cette époque, en Suisse comme dans de nombreux autres pays européens, aux personnes persécutées pour leurs activités politiques.

Sur le plan du droit, les Juifs n’étaient donc pas des réfugiés. Un autre volume paru jeudi, consacré justement exclusivement aux questions juridiques, vient le rappeler.

Dans le même domaine: une autre étude, elle aussi déjà publiée, se penche sur le sort des Tsiganes. Elle établit qu’une véritable politique de rejet – ou de sédentarisation forcée pour les Jenisch de nationalité helvétique – avait été mise en place en Suisse avant même le début des persécutions nazies, en 1933.

Les fonds en déshérence

Enfin, la Commission Bergier livre son rapport sur la question qui est à l’origine de la tempête qui a secoué la Suisse, trois ans durant: les fonds en déshérence.

A cet égard, les auteurs mettent en évidence la passivité des banques, mais aussi des autorités suisses. Si bien qu’aujourd’hui des biens non réclamés de victimes du nazisme dorment encore dans les coffres helvétiques.

L’étude ne parvient toutefois pas à fournir de montant pour le total de ces fonds en déshérence. Entre-temps, la Commission Volker s’est efforcée de cerner ces comptes. Et la procédure de restitution, via un tribunal arbitral, est toujours en cours. Mais les historiens relèvent les manquements des banquiers.

Des banquiers négligents

Certains établissements ont ainsi dissimulé des informations aux héritiers de leurs clients. Beaucoup ont négligé d’entreprendre, de leur propre chef, des recherches à l’étranger ou même de prendre contact avec des descendants des victimes, pourtant identifiés.

Pierre Gobet, Berne

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