Un procès de trop pour la Lega
Elio Borradori, le père d'un conseiller d'Etat de la Lega, est traduit en justice à Lugano. Il est accusé d'avoir commis des délits contre le patrimoine.
A un peu plus d’un an des élections cantonales, la Lega risque encore de perdre du terrain au Tessin. Le parti de Giuliano Bignasca et Flavio Maspoli est de nouveau sous les feux de la rampe pour les ennuis judiciaires de ses membres les plus en vue.
Les scandales se suivent pour ce parti populiste qui, chaque semaine, interpelle vertement politiciens et autorités dans les colonnes de son journal du dimanche.
Et des procès, il y en a eu au Tessin. Comme ceux intentés à Giuliano Bignasca et son frère Attilio. Flavio Maspoli a également été renvoyé devant le tribunal, après les implications de conseillers communaux de la Lega dans un trafic de cocaïne. Et voilà maintenant que le père de son conseiller d’Etat Marco Borradori doit prendre place sur le banc des accusés.
Clients italiens floués
Ancien avocat de prestige, aujourd’hui placé sous tutelle, Elio Borradori a 75 ans. De 1988 à 1994, dans le cadre de son activité professionnelle, il a empoché quelque sept millions de francs, soutirés à des clients, italiens pour la plupart. Endetté suite à des opérations financières, il tentait de boucher un trou.
Dès jeudi et jusqu’au 1er mars, le tribunal correctionnel de Lugano va se pencher sur les accusations d’escroquerie, gestion déloyale, détournement de fonds, faux dans les documents et banqueroute frauduleuse.
Les délits reprochés à Elio Borradori sont graves. Surtout, ils ont mis dans l’embarras son fils Marco, 43 ans, chef du Département tessinois du territoire.
Il y a deux ans, Marco Borradori avait convoqué la presse pour expliquer qu’il ignorait tout des activités illicites de son père même s’il avait travaillé dans son étude pendant cinq ans, de 1986 à 1991.
En 1995, Marco Borradori a été élu au Conseil d’Etat dans les rangs de la Lega. En 1996, le cabinet paternel a fait faillite et Elio Borradori père, placé sous tutelle.
Autres accusations délicates
L’enquête qui a mené à l’inculpation d’Elio Borradori s’est prolongée de 1995 à 2000. Il a été difficile de reconstruire les opérations illégales dans la mesure où une partie d’entre elles ont été commises en Italie.
Le tribunal devra aussi se pencher sur l’éventuelle responsabilité d’Elio Borradori dans une affaire de blanchiment d’argent. Il s’agira d’établir le rôle joué par deux sociétés financières luganaises qu’il administrait.
Au début des années 90, ces sociétés avaient été utilisées par une organisation mafieuse qui trafiquait de la cocaïne. Au cours d’une opération baptisée «Cartagine», la magistrature de Turin avait saisi cinq tonnes de cocaïne. L’enquête avait établi que les sociétés administrées par Elio Borradori avaient recyclé une partie des recettes de ce gigantesque trafic.
Enfin le prévenu devra répondre d’infraction à la loi fédérale sur les explosifs: deux bâtons de dynamite avaient été retrouvés à son étude. Aujourd’hui, Elio Borradori est un homme malade. Raison pour laquelle, il pourrait ne pas assister aux débats.
Un psychiatre devra témoigner sur l’état mental de l’inculpé qui sera défendu par l’avocat luganais Carlo Steiger, un ténor du barreau tessinois.
Gemma d’Urso, Lugano
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