Une Suissesse froidement abattue à Hébron
Les observateurs internationaux sont en deuil. Après la mort d'une Suissesse et d'un Turc, Berne demande la création d'une commission d'enquête.
Toutes les opérations de ce corps de 85 observateurs (originaires de six pays européens dont la Suisse) sont suspendues jusqu’à nouvel ordre après l’embuscade qui a coûté la vie mardi soir à deux d’entre eux, le Turc Cengiz Toytunc et la Suissesse Catherine Berruex.
Ancienne journaliste au Temps, une autre Suissesse a très récemment rejoint la TIPH (Présence Temporaire Internationale à Hébron). La semaine dernière, dans une dépêche d’agence, Aude Marcovitch témoignait de la violence des combats de rue qui opposent combattants palestiniens et militaires israéliens.
Elle évoquait en outre les difficultés des observateurs à remplir leur mission dans ce contexte particulièrment explosif. D’ailleurs, à cause de l’insécurité croissante, les membres de la TIPH avaient été contraints de garder leurs quartiers. Avec interdiction d’en sortir. Mais, mardi, la consigne avait été levée.
Un casque et un gilet pare-balles pour se protéger
Ces observateurs – des volontaires civils pour un tiers d’entre eux – n’ont pour arme que leur courage. Pour se protéger, les huit membres du contingent helvétique (comme les autres) ne disposent que d’un casque et d’un gilet pare-balles.
Face aux combats de rues, ils sont donc complètement démunis. Ils ne peuvent que chercher refuge derrière un mur ou dans une maison. Et, à tout instant, ils risquent d’être tirés comme du gibier.
C’est ce qui est arrivé à Catherine Berruex. Cette jeune Vaudoise de 25 ans devait terminer son engagement au sein du contingent suisse de la TIPH à fin avril.
Mardi soir, un inconnu a déchargé le chargeur de sa kalachnikov sur elle, alors qu’elle se rendait avec deux autres observateurs turcs dans un pub de la ville israélienne de Beersheba à bord d’un véhicule de la TIPH.
Elle avait appris l’arabe au Caire et à Hébron. Et c’est, d’ailleurs, en arabe qu’elle aurait crié à son agresseur d’arrêter de tirer. Mais en vain. Elle est morte sous les balles.
Selon l’unique survivant de l’embuscade – un observateur turc qui a été hospitalisé à Jérusalem-Ouest – «c’est un policier palestinien qui a vidé le chargeur de sa kalachnikov contre le véhicule» sur lequel figurait en lettres majuscules le sigle TIPH.
Les Palestiniens et les Israéliens s’accusent mutuellement
L’Autorité palestinienne accuse ouvertement les militaires israéliens d’avoir «maquillé leur agression». «Les individus qui ont ouvert le feu sur les observateurs ne sont pas membres de la police palestinienne», assure la municipalité de Hébron.
En revanche le porte-parole de Tsahal (l’armée israélienne) affirme que ces derniers temps de nombreux policiers palestiniens ont rejoint la branche armée du Hamas.
«Les soldats israéliens postés dans ce secteur ont porté secours aux passagers du véhicule, ajoute le porte-parole de Tsahal. Il y a eu des échanges de coups de feu. Mais les agresseurs ont réussi à s’enfuir.»
Seule certitude: cet incident tragique remet sérieusement en cause l’existence même du TIHP. Un corps d’observateurs qui a été fondé en 1994 après l’assassinat de 29 Palestiniens de Hébron par un fanatique juif, le docteur Baruch Goldstein.
Le gouvernement suisse condamne cet acte de violence
Le Conseil fédéral condamne l’acte de violence qui a coûté la vie à la jeune Vaudoise. Il veut que toute la lumière soit faite sur cette affaire. A cet effet, il a l’intention de demander la création d’une commission d’enquête comprenant des représentants israéliens, palestiniens et de la TIPH.
Cette décision a été prise à la suite d’un entretien téléphonique entre le ministre des Affaires étrangères Joseph Deiss et son homologue norvégien Jan Petersen.
La Suisse et la Norvège – qui est responsable de la coordination de la TIHP – ont en outre décidé de renforcer les mesures de sécurité autour des observateurs.
swissinfo/Serge Ronen à Jérusalem et les agences
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