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Comment Swiss Re récolte le fruit des risques

L'ouagan Katrina a obligé SwissRe à se demander si le risque était compris Keystone Archive

Pour Swiss Re, le risque est un gagne-pain. Comment et sur la base de quels savoirs? Le Monsieur risque du réassureur suisse s'explique.

Membre de la direction générale, Christian Mumenthaler a participé au rapport sur les risques globaux publié en janvier par le Forum économique mondial (WEF).

swissinfo: A vos yeux, quel sont les principaux risques globaux auxquels est confronté le monde?

Christian Mumenthaler: Evidemment, il y en a toute une panoplie. Un des risques un peu surestimés est probablement le risque de catastrophes naturelles.

A l’inverse, le risque d’une pandémie n’a seulement été que partiellement compris. En particulier tous les risques économiques liés à une possible pandémie.

swissinfo: Quels sont les effets du risque sur les entreprises et les marchés?

C.M.: Très vaste question. Ce ne sont pas forcément les risques mais la perception du risque qui agit sur les marchés.

Les risques qui viennent de se matérialiser ou auxquels nous sommes familiers sont un peu surestimés – terrorisme, catastrophes naturelles, etc.

A l’inverse, beaucoup de risques, jusqu’ici théoriques, sont plutôt sous-estimés. Je ne pense pas que les marchés financiers par exemple aient déjà réalisé l’impact potentiel d’une pandémie.

swissinfo: Qu’est-ce qui fait qu’au récent rendez-vous de Davos (WEF), les participants ont autant parlé du risque?

C.M.: On parle beaucoup plus de risque aujourd’hui qu’il y a quelques années. Cela a peut-être à voir avec le cycle psychologique dans lequel est plongé le monde actuellement.

Cela a sûrement à voir aussi avec les médias. Les catastrophes sont beaucoup plus médiatisées et de manière beaucoup plus globale. Un événement du type tsunami n’aurait pas été montré à la télévision il y a cinquante ans.

Aujourd’hui, les catastrophes ne sont pas forcément plus nombreuses, mais on les voit plus, on les voit toutes, même les plus petites. Et on les voit directement à la télévision.

La perception a donc changé. Et les gens éprouvent le besoin de discuter de ce qu’ils voient. De plus en plus, ils réalisent aussi que parler plus rationnellement des risques mais aussi les traiter de manière plus rationnelle bénéficierait à tout le monde.

swissinfo: Chez Swiss Re, comment concrètement parvient-on à identifier le risque?

C.M.: D’un côté, il y a tous les risques connus ou que l’on croit connaître. Comme il s’agit toujours d’une question de perception, nous sommes constamment en train de raffiner notre approche, notamment à l’aide de statistiques.

Après un ouragan comme Katrina par exemple, il faut aussi reprendre la réflexion, se demander si l’on comprenait le risque.

Il y aussi des risques à identifier, les nouveaux risques. Nous sommes un groupe global, avec septante bureaux dans trente pays. Nous recourons à nos collaborateurs en leur demander de collecter les risques nouveaux ou potentiels.

En Allemagne par exemple, un magasin utilise des puces intégrées à son assortiment d’habits. Ce qui peut poser problème du point de vue du piratage et de la protection des données. La presse s’en est faite l’écho.

Lorsqu’un des nos collaborateurs tombe dessus, il se dit que, potentiellement, un jour, cela pourrait constituer un risque. Et il intègre cela dans notre système.

Au fil du temps, nous avons collecté environ 120 risques potentiels dans le monde. A chaque nouvelle technologie est attaché un risque et il entre dans notre système.

Ce n’est pas toujours le risque lui-même, mais la perception de ce risque qui est dangereuse pour nous. Un exemple: la technologie génique (OGM). Il n’est encore prouvé d’aucune manière que les OGM sont dangereux. Mais nous avons déjà dû débourser de l’argent.

Une personne a consommé un produit certifié sans OMG qui en contenait effectivement. La compagnie a dû payer ce consommateur et nous, l’assurance. Autrement dit, on ne sait pas si les OMG présentent vraiment un risque. Mais pour nous, c’en est un.

swissinfo: Swiss Re vit du risque. Comment parvenez-vous à faire de l’argent avec?

C.M.: En principe, l’idée fondamentale, c’est la diversification. Il est difficile pour une société d’assumer seule un risque. Nous, nous collectons les risques à travers le monde, sachant qu’ils ne se concrétisent pas tous en même temps.

Sur la base de calculs complexes, nous fixons nos primes. Et nous obtenons une marge pour couvrir nos coûts et dégager un profit. Les calculs et un grand pool de risques, c’est ainsi que nous produisons notre bénéfice.

Interview swissinfo: Pierre-François Besson

– Lors du récent Forum économique mondial (WEF) à Davos a été publié un rapport 2006 sur les risques globaux auquel a contribué le réassureur Swiss Re.

– Ce rapport, qui offre un panorama des risques globaux actuels et futurs, est censé permettre de dégager un consensus en vue de mesures collectives.

– A court terme, les risques les plus probables aux effets les plus sévères sont une baisse de 40% du dollar américain, un tremblement de terre à Tokyo et des attaques terroristes conventionnelles simultanées à travers le monde.

– Suivent les risques de pandémie de grippe aviaire (H5N1) et une rapide progression du HIV et de la tuberculose en dehors de l’Afrique sub-saharienne.

Swiss Re a racheté en novembre l’essentiel des affaires assurances de l’Américain General Electric pour 9 milliards de francs
Le Suisse est ainsi devenu le numéro un mondial de la réassurance
Il emploie quelque 8000 collaborateurs dans 70 filiales et 30 pays
Fondé en 1863, Swiss Re est dirigé par Jacques Aigrain depuis le début de l’année
Christian Mumenthaler est Chief Risk Officer et membre de la direction générale du groupe

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