L’Europe ne sait plus que faire de ses vaccins

Une chaîne de production de vaccins chez Sanofi près de Paris. Keystone

En Suisse aussi, seule une partie des millions de vaccins contre la grippe A/H1N1 a été utilisée. A l’heure où certains pays européens entament des négociations pour réduire leurs commandes, les pharmas revoient leurs ventes à la baisse.

Ce contenu a été publié le 06 janvier 2010 - 14:50

Présentés comme les grands gagnants de la pandémie de grippe A/H1N1, les laboratoires pharmaceutiques doivent faire le deuil de la vente de 50 millions de doses de vaccins à la France.

Lundi soir, Paris, qui avait commandé 94 millions de doses au début de l'épidémie pour un montant total de 869 millions d’euros (1,3 mia de francs), a en effet annoncé son intention de tenir compte du fait qu'une seule dose est suffisante pour protéger les personnes vaccinées.

Cette résiliation concerne surtout les laboratoires britannique GlaxoSmithKline (GSK) et français Sanofi Pasteur.

Mais le groupe bâlois Novartis en fera aussi les frais. Mardi, un porte-parole a d'ailleurs annoncé que le groupe bâlois évaluerait «au cas par cas» les demandes des gouvernements souhaitant résilier leurs commandes, ceci «dans le cadre des accords contractuels qui obligent les différentes parties.»

Le mois dernier, la Suisse, l'Espagne, l'Allemagne et les Pays-Bas ont en effet décidé de réévaluer leurs commandes de vaccins auprès des groupes pharmaceutiques. Or si d'autres pays en venaient à imiter l'exemple de la France et à résilier leurs commandes, l'impact pourrait se faire sentir.

Une mine d'or

Aujourd'hui, les analystes ont donc tendance à revoir leurs prévisions pour ce secteur à la baisse. Mais, malgré cela, la pandémie s’est révélée être une mine d’or pour les pharmas.

GSK devrait en être le plus grand bénéficiaire, selon les analystes, avec des ventes anticipées de 3,7 milliards de francs suisses d’ici la fin du premier trimestre 2010. Pour Sanofi, les prévisions se montent à 1,1 milliard de francs de chiffre d'affaires, alors que Novartis s’attend à des ventes chiffrées entre 268 et 468 millions.

«A plus long terme, la surcapacité évidente de vaccins devrait limiter les possibilités d’expansion liées à la grippe A/H1N1», indiquent les analystes de Morgan Stanley. De son côté, un consultant chez Arthur D. Little relève qu’après la résiliation de ses commandes par la France, «le manque à gagner pour les laboratoires est faible.»

Selon ses estimations, la décision française a coûté 224 millions d'euros (333 mio de francs) à GSK, 69 millions à Sanofi-Pasteur et 65 millions à Novartis. A titre de comparaison, les trois groupes ont enregistré en 2008 des chiffres d'affaires compris autour de 30 milliards d'euros chacun.

Vendre ou donner les stocks

La Suisse a pour sa part commandé 13 millions de doses pour une population de 7,7 millions d’habitants. Elle a fait affaire avec GSK et Novartis pour un total de 84 millions de francs suisses.

Or à la mi-décembre déjà, le Conseil fédéral (gouvernement) annonçait son intention de donner à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou de vendre à d’autres pays 4,5 millions de doses excédentaires. Une stratégie dictée par le fait que le pic de l’épidémie était alors passé dans le pays.

Dans les faits, seule une petite partie des 13 millions de doses commandées ont donc été utilisées en Suisse. Les surplus restants sont actuellement stockés à la pharmacie de l'armée, chez des grossistes en médicaments ou chez les producteurs. Si l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) n'est pas encore en mesure de dire combien de personnes se sont effectivement fait vacciner, le canton de Berne estime par exemple ce chiffre à 13-15% de la population.

«Des négociations sont en cours dans le but de vendre ou de donner nos stocks», confirme Jean-Louis Zurcher, porte-parole de l’OFSP. Refusant de dévoiler les noms d’éventuels pays intéressés, il ne souhaite pas non plus s’exprimer sur la question de savoir si la Suisse, imitant la France, est en négociations avec des firmes pharmaceutiques pour annuler ses commandes ou faire reprendre ses surplus. «Beaucoup d’argent a été investi dans ces vaccins, certes, mais la situation pandémique aurait pu se révéler beaucoup plus grave», rappelle-t-il

«Scandale médical du siècle»

Ailleurs en Europe, la situation est la même. L’Allemagne par exemple est en train de renégocier ses commandes passées au début de la pandémie de grippe. Jeudi, Berlin va entamer des discussions avec GSK afin de diminuer de moitié le prix des 50 millions de doses de Pandemrix encore à livrer.

En novembre, les Pays-Bas avaient déjà annoncé qu’ils cherchaient à revendre 19 des 34 millions de doses commandées. L’Espagne également cherche à replacer ses surplus de vaccins, mais elle aurait, contrairement à d’autres pays, inclus dans ses contrats avec GSK, Sanofi-Aventis et Novartis une clause qui lui permettrait de retourner les vaccins à leur fabricant s’ils devaient s’avérer inutiles.

En France comme ailleurs, la gestion de la pandémie suscite un certain malaise politique. Les Etats membres du Conseil de l’Europe viennent ainsi de demander une enquête afin de faire la lumière sur l’influence exercée par les groupes pharmaceutiques sur la campagne globale autour de la grippe A/H1N1. Elle devrait donner lieu à un débat urgent lors de l’assemblée de janvier.

Médecin et député allemand au sein du Conseil de l’Europe, Wolfgang Wodarg, qui est aussi président du comité Santé au Parlement allemand et au Conseil de l’Europe, n’a pas attendu les résultats de cette enquête pour critiquer l’attitude de l’OMS, trop soumise aux industries pharmaceutiques selon lui. Il a aussi dénoncé «l’un des plus grands scandales médicaux du siècle.»

Simon Bradley, swissinfo.ch et les agences
(Traduction et adaptation de l’anglais: Carole Wälti)

Statistiques

La grippe porcine semble avoir atteint son pic en Europe occidentale. En Suisse, le nombre de cas continue de diminuer. Il y avait fin décembre 418 cas confirmée, soit 1600 de moins qu’un mois auparavant.

Depuis juillet 2009, il y a eu au total 12'826 cas confirmés; 430 personnes ont été hospitalisées, dont 77 aux soins intensifs. On a par ailleurs déploré 15 décès liés à la grippe porcine.

Mais l’épidémie continue de s’étendre dans d autres pays. Le virus est actuellement très actif en Grèce, en Pologne, en Bulgarie, en Serbie, en Ukraine et en Russie, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La grippe porcine a touché 208 pays et territoires, selon l’OMS, qui l’a qualifiée de pandémie en juin. Officiellement, le virus a tué au moins 12'220 personnes. Mais le bilan des décès est certainement bien plus élevé et cela pourrait prendre deux ans pour l’établir de manière définitive, selon l’OMS.

La directrice générale de l’OMS Margaret Chan a déclaré la semaine dernière qu’il faudra encore de 6 à 12 mois pour que la pandémie prenne fin.

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