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«La loi sur le CO2 est une chance pour tous les acteurs de l’économie»

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La révision de la loi fédérale sur le CO2 est un pas dans la bonne direction, estime le co-président du comité économique en faveur de la nouvelle législation, Christoph Schaer. Le texte, soumis au peuple le 13 juin, a pour but de concrétiser les engagements de la Suisse en matière de réduction des gaz à effet de serre. 

Ce contenu a été publié le 10 mai 2021 - 10:27

La politique climatique helvétique se décidera dans les urnes, le 13 juin. Dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat, le pays s’est engagé à réduire de moitié ses émissions d’ici 2030. Pour y parvenir, le gouvernement et le Parlement ont élaboré une nouvelle loi sur le CO2Lien externe. Cette dernière contient des mesures relatives aux véhicules routiers, au trafic aérien, aux émissions industrielles et à la rénovation des bâtiments.

Des instruments qui divisent profondément les milieux économiques. Un comité économique interpartisLien externe, constitué de représentants de la branche automobile, des transports, de la branche aéronautique, du bâtiment et de la branche pétrolière, a lancé avec succès un référendum contre la nouvelle législation, qu’il qualifie de «coûteuse et inefficace». Une partie des grévistes du climat a également soutenu la fronde, estimant que la nouvelle loi n’allait pas assez loin.

Une autre partie de l’économie helvétique, composée d’acteurs du secteur du solaire, des technologies de pointe, du bois ou encore de la rénovation de bâtiments, soutient le texte. Christoph Schaer, coprésident du comité Économie suisse pour la loi sur le CO2Lien externe et directeur de Suissetec, estime que la révision de la loi sur le CO2 constitue un investissement rentable, car elle favorise l’innovation dans le pays.

swissinfo.ch: Pourquoi la révision de la loi sur le CO2 est-elle nécessaire?

Christoph Schaer: Nous avons un objectif, que nous nous sommes fixé dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat: la décarbonisation. Si nous voulons l’atteindre, nous devons tout faire pour réduire les émissions de CO2. La révision totale de la loi sur le CO2 propose des mesures raisonnables et abordables pour y parvenir. Elle procure aux entreprises des conditions-cadres fiables et transparentes, qui leur permettent d’investir dans les nouvelles technologies. De notre point de vue, c’est une chance pour tous les acteurs de l’économie.

La loi sur le CO2 impose des taxes et des exigences supplémentaires. Cela ne va-t-il pas nuire à l’économie suisse?

La loi est un mélange d'objectifs et d'instruments. L'AEE Suisse, l'organisation faîtière de l'économie des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique, a mené une étude qui a montré que ce sont précisément ces instruments qui vont permettre d'atteindre au plus vite les objectifs. Je suis convaincu que nous sommes sur la bonne voie. La loi introduit certes des taxes, mais elles sont incitatives. Leur but est de changer les pratiques pour réduire les émissions. En modifiant son comportement, chacun peut ainsi influencer le montant des taxes qu’il va payer. De plus, elles vont être abolies automatiquement, lorsque nous aurons atteint l’objectif.

Essence, billets d’avion, mazout plus cher, la loi ne va-t-elle pas peser trop sur le budget des citoyens?

Les adversaires de la loi affirment qu’elle va coûter cher au contribuable. Selon leurs estimations, la facture pour une famille de quatre personnes augmentera de 1000 francs par année. Ils basent toutefois leurs calculs sur des cas extrêmes, c’est-à-dire sur des personnes qui prennent beaucoup l’avion, qui possèdent une grosse voiture et parcourent de nombreux kilomètres. Si on prend en compte la consommation d’un citoyen moyen, la charge n’est pas beaucoup plus importante. Il s’agit de 100 francs de plus par année.

«Je suis convaincu que cette loi ne va pas suffire, mais cela va dans la bonne direction.»

Christoph Schaer, directeur de Suissetec

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D’une part, l’argent des taxes incitatives est en grande partie redistribué aux citoyens. D’autre part, il ne s’agit pas simplement de coûts supplémentaires, mais d’investissements, qui doivent être considérés avec les bénéfices correspondants. En se comportant de manière à atteindre l’objectif de réduction des émissions, on peut profiter de ce système.

Une partie des grévistes pour le climat s’oppose à la révision, estimant qu’elle ne va pas assez loin. La nouvelle loi sur le CO2 suffira-t-elle pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2 degrés?

Seule une petite partie des activistes du climat combattent la révision législative. Toutefois, ce n'est pas du tout stratégique de bloquer cette loi, car elle constitue un premier pas. Je suis convaincu que ça ne va pas suffire, mais cela va dans la bonne direction. Dans quelques années, nous devrons faire le bilan et certainement faire de nouvelles adaptations.

En période de pandémie, alors que beaucoup de gens ont perdu leur emploi, sera-t-il plus difficile de faire passer cette loi auprès de la population?

Tout dépend de la manière dont on argumente. En disant aux gens qu’ils auront plus de frais, on ne va pas les convaincre. Personnellement, j’ai assaini ma maison qui datait des années 1970. Grâce aux travaux effectués, je bénéficie désormais de charges négatives. Ce type d’investissements rapporte quelque chose dans les prochaines années. Au bout du compte, aussi bien la population que l’économie vont profiter de cette loi. 

L'indice de performance en matière de changement climatique 2021 déplore l’absence de mesures pour le secteur agricole. N’est-ce pas une lacune de la loi?

La loi sur le CO2 prend des mesures qui touchent les trois principaux émetteurs de CO2, soit les transports, le bâtiment et l’industrie. Il y a d’autres enjeux dans le secteur agricole. Des initiatives sont en cours pour adresser ces problématiques spécifiques. Je trouve positif que la loi ne mélange pas tout.

>> Patrick Eperon, coordinateur romand du comité référendaire et représentant du Centre Patronal, explique pourquoi il combat la révision de la loi sur le CO2


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