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En colère, les vignerons romands roulent sur Berne

Une centaine de vignerons genevois et vaudois ont envahi la Place fédérale. Keystone

Les vignerons genevois et vaudois dénoncent la politique fédérale en matière d'importations, qui fait chuter les prix. Pascal Couchepin fait la sourde oreille à leurs revendications. Pour se faire entendre, plusieurs dizaines de viticulteurs sont arrivés en tracteur devant le Palais fédéral.

«Pascal Couchepin n’a même pas daigné nous adresser un accusé de réception, s’insurge Willy Cretegny, viticulteur genevois. Nous lui avions pourtant donné jusqu’au 4 septembre pour répondre à nos revendications.»

Ce silence de Berne n’a pas manqué d’attiser la colère des viticulteurs romands. Et ils ont bien l’intention de de se faire entendre lundi sur la place fédérale. Une septantaine de tracteurs sont sur les starking-blocks. Dès 5 heures, lundi matin, ils se lanceront à l’assaut de la capitale. Mais le ministre de l’Economie ne risque pas de les croiser. Il est en visite à Paris

Pour une réduction des importations

Le 28 août une délégation de viticulteurs genevois et vaudois avait déjà fait le déplacement à Berne pour présenter ses doléances à l’Office fédéral de l’agriculture.

Les producteurs réclamaient notamment une réduction des importations. Ils exigeaient la mise en place d’un contingent de vin étranger équivalent au quota de production suisse.

«Aujourd’hui, on autorise l’importation 170 millions de litres de vin pour 120 millions produits en Suisse, déplore Willy Cretegny. La situation est d’autant plus inadmissible que nos caves sont encore pleines du produit des dernières vendanges.»

La Suisse n’est d’ailleurs pas le seul pays viticole à souffrir d’excédents. Selon les spécialistes, les surplus mondiaux de vin avoisineraient les 30 à 40 millions d’hectolitres. Conséquence: une baisse de prix enregistrée sur l’ensemble des marchés.

Les effets de la libéralisation

«Le problème souligne Willy Cretegny, c’est que nous ne sommes pas en mesure de concurrencer les tarifs pratiqués par nos concurrents d’outre-mer. Les coûts de production ne sont pas comparables.» Et les viticulteurs de rappeler les multiples exigences de la politique agricole suisse et les prix de la main-d’œuvre helvétique.

Par ailleurs, les dernières mesures de libéralisation du marché ne sont pas faites pour rassurer les producteurs. En effet, depuis le 1er janvier, les marchands de vin ne sont plus soumis qu’à un seul quota d’importation de vin, blancs et rouges confondus.

De plus, «ils ne sont plus obligés de réserver leurs lots de vins étrangers en début d’année», souligne Willy Cretegny. Autrement dit, ils peuvent tout simplement passer commande en fonction de leurs besoins.

Des importations stables

L’an dernier, le seuil des importations autorisées dans le cadre du contingent tarifaire n’a pas été atteint. A en croire l’Office fédéral de l’agriculture, au vu des chiffres disponibles, la situation devrait être quasi identique cette année.

«Il est vrai qu’au 30 juin, la Suisse n’avait importé que 3 millions de litres de plus que l’an dernier à la même époque, admet Willy Cretegny. Mais les marchands avaient encore de la réserve.»

Et le viticulteur d’expliquer que les effets de cette nouvelle politique ne se feront réellement sentir que dans six mois, voire une année, lorsque les compteurs auront été remis à zéro.

«Les marchands auront alors toute la liberté d’utiliser leur nouvelle marge de manœuvre pour mieux gérer et, si besoin est, augmenter leurs importations», affirme Willy Cretegny.

Le consommateur aura le dernier mot

Au bout du compte, c’est le consommateur qui aura le dernier mot. Une évidence qui ne joue pas nécessairement en faveur des producteurs suisses. En effet, selon les résultats d’une récente étude menée en Valais par l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, le consommateur ne semble pas privilégier les breuvages haut de gamme.

Ce sont en effet les bouteilles dont les prix sont compris entre 6 et 12 francs qui occupent la majeure partie du marché.

D’aucuns craignent donc que les efforts consentis par le secteur viti-vinicole suisse pour diminuer les quantités et améliorer la qualité du breuvage helvétique, ne suffisent pas à désamorcer la crise.

D’autant que du côté de la Berne fédérale, on laisse entendre que, dans un contexte toujours plus orienté vers la mondialisation et la libéralisation des marchés, une réorientation de la politique viticole suisse n’est pas à l’ordre du jour.

Vanda Janka

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