Entre la Suisse et Singapour, les signaux sont au vert
Le voyage à Singapour du ministre suisse de l'économie, Pascal Couchepin, s'annonce fructueux. Coopération bilatérale accrue, portes ouvertes aux PME, et surtout perspective d'un libre-échange dans le sillage de l'Association européenne de libre-échange (AELE).
L’information la plus importante, parmi toutes celles qui émergent de ce voyage, est sans aucun doute celle qui confirme le rapprochement entre Singapour et les quatre Etats de l’AELE.
La Suisse, avec l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège, vont en effet entamer, début mars à Genève, des discussions exploratoires en vue de la conclusion d’un accord de libre-échange. Ce serait le premier du genre entre un groupe d’Etats européens et un pays asiatique.
Ce faisant, tant Pascal Couchepin que ses collègues de l’AELE suivent une logique qu’ils ont inaugurée l’an dernier, non sans un certain succès. Il n’avait en effet fallu que quatre ou cinq mois pour négocier un accord de ce type avec le Mexique.
Pour la Suisse, cette multiplication des réseaux d’accords de libre-échange est quelque chose d’absolument vital si l’on considère que ce pays est extrêmement tributaire de ses exportations et ne fait partie d’aucun bloc économique.
Pour reprendre l’argumentation d’un récent rapport fédéral, la Suisse «ne peut suivre le train de la libéralisation du commerce mondial et éviter une érosion de la compétitivité de son économie qu’en étendant sa politique de libre-échange, en termes de géographie aussi bien que de contenu».
Géographiquement parlant, la Suisse et l’AELE se sont en effet longtemps bornés à ne négocier qu’avec des pays d’Europe de l’Est ou du bassin méditerranéen. Une première négociation outre-Atlantique a été tentée avec le Canada, mais elle butte toujours sur le dossier de la construction navale, où la Norvège a des intérêts particuliers à défendre.
Le succès mexicain a servi de déclic. Des négociations similaires ont alors aussitôt démarré avec le Chili. Le mois prochain, ce sera donc le tour de Singapour. L’Afrique du Sud est aussi à l’ordre du jour. Et d’autres horizons s’annoncent déjà, tels la Corée, le Mercosur (Marché commun d’Amérique du Sud) ou le Conseil de coopération du Golfe.
Cette propension générale aux accords bilatéraux – qui dit bien l’incapacité actuelle de l’OMC à canaliser la libéralisation du commerce mondial – se traduit aussi par un élargissement des contenus.
En termes de contenu, on voit que les nouveaux accords commerciaux débordent largement du cadre traditionnel des marchandises et des produits industriels pour englober les services (financiers en particulier), la promotion des investissements ou encore l’accès aux marchés publics.
L’une des conséquences de cette évolution, c’est que ce genre d’accords ne peut être passé qu’entre des pays qui ont pour ainsi dire atteint un stade de développement comparable. Pascal Couchepin en convient, lui qui constatait dans une récente interview à un quotidien suisse que «les accords de libre-échange profitent d’abord aux pays riches».
Leur coopération mutuelle, la Suisse et Singapour entendent la développer dans des domaines comme les technologies de l’information, les sciences de la vie, les technologies environnementales et alimentaires, l’ingénierie de précision, voire l’industrie cosmétique.
Le renforcement de ces diverses activités passera en particulier par l’appui aux petites et moyennes entreprises qui voudront s’établir dans l’un ou l’autre des deux pays. Swiss Company Pool, entre autres, leur servira de relais à Singapour.
Cette toute jeune association a été créée pour servir de tête-de-pont vers les pays du Sud-Est asiatique, Thaïlande, Malaisie et autres. «Les PME qui se sont installées à Singapour connaissent des ‘success stories’ sans fin» nous disait l’un des responsables de Swiss Company Pool. Le voyage de Pascal Couchepin est aussi une manière d’encourager d’autres PME suisses à se lancer dans la course.
A noter enfin que la Suisse et Singapour ont aussi en commun de compter parmi les premières places financières du monde. Le ministre suisse de l’économie et son entourage ont là une bonne occasion de mesurer les possibles incidences asiatiques du débat helvético-européen sur le secret bancaire, l’évasion fiscale et la lutte contre le blanchiment.
Bernard Weissbrodt
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