Euro: pour la Suisse aussi le compte à rebours a commencé
Les Suisses sont-ils prêts à voir débarquer, en espèces sonnantes et trébuchantes, l'euro, la monnaie que leurs voisins s'apprêtent à adopter? Oui, semble répondre un sondage qui les montre bien plutôt informés. Cette révolution est même une chance pour la Suisse, a plaidé Pascal Couchepin lundi à Zurich.
Dès le 1er janvier 2002, l’euro sera une réalité concrète, des pièces et des billets dans les mains et les poches de près de 300 millions d’habitants de l’Union européenne. Comment la Suisse, qui se tient à l’écart du processus, s’y prépare t-elle? C’est la question posée, lundi à Zurich, à une série d’experts et de responsables, dont le conseiller fédéral Pacal Couchepin et le président de la Banque nationale suisse (BNS), Jean-Pierre Roth.
Première réponse, celle fournie par un sondage commandé par l’organisateur de ce symposium, le bureau des affaires européennes de la Confédération. Réalisée en deux vagues, en mars puis en août, auprès de plus de 2000 personnes, cette étude montre que les Suisses sont bien informés. 98% d’entre eux savent en effet qu’une nouvelle monnaie se prépare. Ils sont même 75% à pouvoir articuler la date de mise en circulation.
Comme une votation populaire
«En 15 ans d’expérience, je n’ai jamais vu cela, commente l’un des responsables du sondage, Claude Longchamp de l’institut GfS. Un phénomène aussi largement connu et qui pourtant ne va pas se dérouler avant tout en Suisse». Des Suisses qui sont en outre partagés dans leur évaluation de ce que va apporter l’euro à leur économie: 34% pensent que les avantages vont l’emporter, 26% considère que les désavantages pèseront plus lourd dans la balance.
Sur cet intérêt helvétique pour le passage à l’euro, le ministre de l’économie, Pascal Couchepin, a son explication: « Les Suisses sont habitués, lors de votations populaires, à s’informer dans le détail des problèmes, pratiques et théoriques, qui se posent. L’introduction de l’euro dans l’Union européenne est abordée au fond comme une votation populaire. Et les Suisses s’informent.»
La Suisse a tout à y gagner
Pascal Couchepin se montre d’ailleurs très optimiste. La Suisse ne devrait pas pâtir de son statut d’île dans l’euroland. Au contraire : « L’économie suisse va y gagner, puisqu’il y aura moins de risques de changes, avec une seule monnaie. D’autre part, les prestations peuvent être comparées. Ainsi on constatera que les prestations qu’offre le tourisme suisse, du point de vue du prix, sont largement comparables à celles que l’on trouve, de niveau équivalent, dans l’Union européenne.»
L’euro peut donc être une chance pour la Suisse. Mais le basculement ne va tout de même pas se faire sans risques. Risque de change en particulier, puisque la relation entre le franc suisse et l’euro n’est pas fixe. «Par exemple si un entrepreneur doit annoncer ses prix en euro, et que l’euro baisse ensuite sur les marchés, il aura forcément une recette inférieure à ce qu’il attendait », explique Jean-Pierre Roth, le président de la BNS.
Pas question en tout cas d’infléchir la politique monétaire de la Suisse, pour supprimer ce risque. « Si nous avions une parité fixe entre le franc suisse et l’euro, nos taux devraient monter au niveau européen, poursuit Jean-Pierre Roth. Ceci « coûterait » très cher à l’économie suisse : ce serait une hausse massive des taux hypothécaires, sur crédit. Et nous ne le souhaitons pas.»
Pierre Gobet, Zurich
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