L’avenir de Clariant s’assombrit
Clariant, numéro deux de la chimie mondiale, poursuit sa cure d'amaigrissement. Hypothéqués par le rachat coûteux du britannique BTP, les comptes du premier semestre sont au rouge vif. 1000 emplois supplémentaires vont passer à la trappe, mais la direction du groupe bâlois promet que la Suisse sera épargnée.
Né dans l’euphorie en 1995, Clariant est l’ancien secteur chimique de Sandoz (démembrée lors de la fusion avec Ciba qui a donné naissance à Novartis), rejoint deux ans plus tard par les divisions chimiques du géant allemand Hoechst.
Le groupe pèse plus de dix milliards de francs de chiffre d’affaires annuel et emploie presque 31 000 personnes dans le monde, dont 20 000 en Europe et 1200 en Suisse, entre la direction et le site de production de Muttenz (Bâle-Campagne).
L’aventure britannique
Avec une gamme de produits très vaste, qui va des colles aux pesticides et des détergents aux colorants, Clariant est le numéro deux mondial de la chimie industrielle.
Au début de l’an dernier, Clariant fait l’acquisition de BTP, spécialiste de la chimie fine, basé à Manchester. A l’époque, les analystes s’étonnent du prix de la transaction: 2,6 milliards de francs pour un groupe qui ne pèse «que» un milliard de chiffres d’affaires annuel.
La bourse réagit aussitôt. Sur l’ensemble de l’année 2000, le titre Clariant perd 20% de sa valeur. Mais les résultats de fin d’année sont encore bons, avec un chiffre d’affaires en hausse de 16%.
C’est au début 2001 que les choses se gâtent. Frappé de plein fouet – comme l’ensemble de ses concurrents – par la hausse du prix de l’énergie, Clariant annonce en mars une première série de suppressions d’emplois. 1000 postes de travail passent à la trappe, dont 800 en Allemagne, pays où les charges salariales du groupe sont les plus lourdes.
3500 postes perdus en tout
Mercredi, Clariant assortit la publication de ses résultats du premier semestre de l’annonce d’une nouvelle série de suppressions d’emplois. Dix sites de production vont devoir être fermés, entraînant la disparition de 1000 nouveaux postes de travail. Où ? Quand ? On n’en sait rien pour l’heure. Le communiqué se contente d’indiquer que les décisions «seront annoncées dans les prochains mois».
Si l’on additionne les deux mesures de restructuration aux 1500 postes qui ont été ou qui seront externalisés (Clariant a déjà vendu trois des ses filiales et négocie actuellement la cession de deux autres), ce sont donc 3500 emplois que le groupe aura perdu d’ici le milieu de l’année 2003.
Clariant y gagnera une «plus grande souplesse pour réagir aux impératifs du marché», grâce à laquelle la direction entend bien «booster les gains», comme elle l’écrit dans son communiqué.
Rouge vif
Selon Philipp Hammel, porte-parole de Clariant, les pertes d’emplois annoncées ne devraient pas affecter la Suisse. Mais Mathias Bonert, secrétaire du SIB n’en est pas si sûr. «Lorsqu’ils ont coupé dans les effectifs en Allemagne, nos collègues n’étaient au courant de rien, se souvient le syndicaliste. D’ailleurs, je ne serais pas étonné que la situation soit encore pire que ce qu’on nous dit».
Car la chimie peut parfois s’avérer un secteur très volatile. Au moins de juin, Clariant avait dû licencier 57 personnes sur son site bâlois, simplement parce qu’un gros client avait subitement résilié une importante commande de produits de base pour la fabrication de lessive.
Marc-André Miserez
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