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La Suisse refuse de plafonner sa population à 10 millions d’habitants

ABSTIMMUNGSSONNTAG, 10 MILLIONEN SCHWEIZ
Les conseillers nationaux UDC Thomas Matter (centre), Mike Egger (droite) et Marcel Dettling (gauche), au stamm de l'UDC à Aarberg le 14 juin 2026. Keystone / Peter Schneider

En ce dimanche de votations, près de 55% de l’électorat suisse et la majorité des cantons ont dit non à l’initiative de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!». Les responsables politiques sont toutefois appelés à se pencher sur les problèmes soulevés par le texte.

Peuple et cantons ont rejeté dimanche l’initiative de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!» à 54,8%. La votation a fortement mobilisé le corps électoral: avec 58%, le taux de participation est très élevé par rapport aux votations précédentes.

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La majorité des cantons ont dit non au texte. Le rejet est unanime dans les cantons romands. Neuchâtel refuse le texte à plus de 67%. Viennent ensuite Genève (plus de 65%) et le canton de Vaud (64%). Jura dit non à près de 60%, Fribourg à environ 55% et le Valais à quasiment 53%.

En Suisse alémanique, les résultats sont plus contrastés. En Suisse centrale, la tendance est plutôt au oui. Schwyz et Appenzell Rhodes-Intérieures acceptent largement l’initiative à plus de 60%. Uri, Glaris et Nidwald disent aussi oui à près de 60%. Argovie, Schaffhouse et Soleure disent oui du bout des lèvres.

À l’autre extrémité, la population de Bâle-Ville refuse sèchement le projet par 73,5% des voix. Zurich le rejette à 60%. Berne et Bâle-Campagne disent non à 55%. Quant au Tessin, il accepte le texte de justesse, par 50,7% des voix.

>> Nous nous sommes rendus dans le camp des partisans et des opposants de l’initiative. Leurs réactions sont à voir ci-dessous:

Une nouvelle charge contre l’immigration

Premier parti du pays, l’UDC (droite conservatrice) voulait plafonner la population à 10 millions de personnes d’ici à 2050 en limitant drastiquement l’immigration. De premières mesures auraient dû être prises dès le seuil des 9,5 millions. L’Accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne (UE) aurait pu être dénoncé en dernier recours.

>> Relire notre article explicatif sur l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions»:

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Cette initiative était la dernière d’une série de textes portés par l’UDC partageant des objectifs similaires. Ses promoteurs ont cette fois davantage axé leur campagne sur les conséquences négatives de la forte croissance démographique en matière de qualité de vie et d’environnement.

La cible reste toutefois l’immigration, jugée «incontrôlée», qui serait selon leur argumentaire responsable de presque «tous les problèmes de la Suisse», de la crise du logement aux embouteillages, en passant par la hausse de la criminalité, la surcharge des infrastructures et le bétonnage du paysage.

En présentant son texte comme un moyen de redonner à la Suisse davantage de contrôle de sa politique migratoire, l’UDC a remporté la pleine adhésion de sa base: selon le deuxième sondage de l’institut gfs.bern paru à une dizaine de jours du vote, l’électorat UDC soutenait le projet presque à l’unanimité.

L’UDC seule contre tous

Si le parti est parvenu à convaincre au-delà de ses soutiens traditionnels, les arguments des opposants ont gagné du terrain au cours de la campagne. Toutes les autres formations politiques, le Conseil fédéral, le Parlement ainsi que les milieux économiques s’opposaient à l’initiative.

Les adversaires du texte ont fait valoir qu’un plafonnement de la population mettrait en danger la prospérité de la Suisse, largement dépendante de la main-d’œuvre étrangère, et menacerait la voie bilatérale avec l’UE.

Certains ont dressé des parallèles avec le Brexit, seul précédent de sortie de la libre circulation avec l’UE, et prédit qu’une acceptation de l’initiative aurait pour effet de remplacer les flux migratoires existants par d’autres, plus précaires et moins régulés.

>> Des parallèles entre l’initiative de l’UDC et le Brexit peuvent-ils être faits? Notre article sur le sujet:

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La question d’un éventuel afflux supplémentaire de frontaliers a également suscité beaucoup de réticence dans les cantons situés aux frontières du pays.

La victoire d’une «Suisse ouverte»

Dimanche, le parti des Vert-es a salué un résultat en faveur d’une «Suisse ouverte» et contre «la politique de la peur et du bouc émissaire de l’UDC». Pour les écologistes, il s’agit désormais de garantir «une collaboration constructive» avec l’UE grâce aux accords bilatéraux III.

La réaction du Parti socialiste va dans le même sens. Pour le PS, le rejet de l’initiative de l’UDC est une «victoire pour une Suisse solidaire et ouverte» et un «signal positif» en vue du débat sur les Bilaérales III.

Le texte de l’UDC a réussi à canaliser beaucoup d’insatisfaction de la population sur la question de l’immigration, mais il ne proposait aucune solution aux problèmes des salaires ou des loyers, a relevé le conseiller national socialiste Benoît Gaillard sur la RTS.

>> La réaction de Clarence Chollet (Les Vert-e-s) et de Céline Amaudruz (UDC) à la RTS:

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Le conseiller fédéral Beat Jans s’est également réjoui du refus de l’initiative dimanche devant la presse à l’issue des résultats. «Par leur décision, les citoyens ont donné un signal de stabilité, d’ouverture et de fiabilité», a-t-il déclaré.

Le Bâlois a reconnu que le pays était confronté à des défis, citant la crise du logement, les infrastructures et l’immigration. Il a toutefois ajouté que le Conseil fédéral avait pris des mesures concrètes pour affronter ces défis, et que les promesses données par l’initiative n’auraient eu «aucun effet réel» pour la population.

«Les villes ont pris le dessus sur la campagne»

Un fort clivage entre les villes et les campagnes s’est manifesté lors de ce vote. Les villes ont majoritairement refusé l’initiative, même dans les cantons où le oui a été le plus fort. La ville de Saint-Gall a par exemple refusé le texte à 68%.

Le président de l’UDC Suisse, Marcel Dettling, a attribué la défaite de son parti à ce fossé villes / campagne. «La campagne a très clairement dit oui, mais les villes ont fait pencher la balance», a-t-il réagi dimanche sur la radio alémanique SRF.

Le conseiller national schwyzois a ajouté qu’après ce non, les problèmes persisteraient. «J’invite ceux qui font la fête aujourd’hui à s’attaquer à ces problèmes», a-t-il déclaré. Selon lui, il incombe désormais aux responsables politiques de tenir compte d’une importante minorité.

La question de l’immigration «démesurée» va rester actuelle, les choses ne vont pas s’améliorer, a pour sa part déclaré la vice-présidente de l’UDC Céline Amaudruz à la RTS. Il faudra bien selon elle que les autres partis, en particulier la gauche, prennent conscience de la problématique qui se traduit par une pression croissante sur les loyers ou les transports.

Réfléchir aux défis posés

Dimanche, la présidente d’Economiesuisse, Monika Rühl, s’est dite soulagée de l’issue du scrutin, estimant qu’il s’agissait d’un résultat important pour la Suisse, ses relations avec l’Union européenne et ses entreprises.

Elle a toutefois aussi affirmé qu’il fallait prendre au sérieux le «carton jaune» envoyé par la population. «Nous sommes maintenant responsables de trouver des solutions aux différents défis qui se posent par rapport à l’immigration», a-t-elle reconnu sur les ondes de la RTS.

>> Ecouter l’interview de Monika Rühl, directrice d’Economiesuisse:

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Également invitée sur le plateau de la RTS, la conseillère nationale verte Clarence Chollet a relevé que 45% des votants et votantes avaient glissé un oui dans l’urne. Il faudra tenir compte de ce «vote de protestation» lors des discussions sur les Bilatérales, a-t-elle déclaré.

Le président du Centre, Philipp Matthias Bregy, est également d’avis que le rejet de l’initiative ne dispense pas de réfléchir sérieusement au défi de la croissance, qui est selon lui «un vrai problème». Pour le conseiller national valaisan, il faut davantage miser sur «une croissance qualitative».

>> Écouter son intervention à la RTS:

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Une votation suivie de près à l’international

L’objet a été très scruté, en Suisse comme à l’international, en raison de son caractère inédit. Même si la plupart des pays sont préoccupés par la gestion de l’immigration, aucun n’a inscrit de limite démographique fixe dans sa législation; aucun non plus n’a utilisé les restrictions migratoires dans le but de limiter la croissance de sa population.

>> Lire notre revue de presse internationale:

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Dimanche, des eurodéputés ont d’ailleurs salué le rejet de l’initiative. Le président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec la Suisse, Norbert Lins, a ainsi estimé que la décision du peuple suisse donnait «un nouvel élan» aux relations entre l’UE et la Suisse.

De son côté, l’eurodéputé français Christophe Grudler, rapporteur du Parlement européen pour les relations avec la Suisse, a salué la décision de la Suisse d’opter «pour la stabilité plutôt que pour l’incertitude».

>> Lire aussi notre analyse du vote des Suisses de l’étranger:

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Texte relu et vérifié par Samuel Jaberg

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