Le charme discret de São Paulo au début du siècle
L'ouvrage «Images de São Paulo: Gaensly dans les archives de Light 1899-1925», lancé tout récemment à São Paulo, est un témoignage fascinant sur la transformation d'une bourgade provinciale du début du siècle en métropole (aujourd'hui la plus grande d'Amérique du Sud). Moteurs de l'histoire: l'immigration et l'industrialisation.
De la belle époque au chaos: tel pourrait être le sous-titre de cet ouvrage. William Gaensly est le témoin privilégié de la métamorphose de São Paulo, une ville alors paisible qui allait être transformée (et défigurée) par le boum du café et l’industrialisation naissante. Gaensly, qui avait déjà adopté le prénom de «Guilherme», travaillait alors pour le compte de la compagnie de services urbains.
São Paulo Tramway, Light & Power. Il assiste à l’installation des rails du tramway dans la ville et à l’afflux des populations de toutes provenances. Cette collection constitue ainsi un véritable documentaire de l’immigration.
Gaensly, lui-même originaire de Wellhausen, débarque à Salvador de Bahia à l’âge de cinq ans (en 1848), sa famille fuyant la pauvreté. Il y ouvre son premier studio de photographie à 22 ans, et ce n’est qu’à la fin du XIXè siècle qu’il s’installe à São Paulo. A l’époque, la ville rassemble moins de 300 000 habitants, la plupart d’origine européenne (en provenance du Portugal, d’Italie, et d’Allemagne essentiellement). Aujourd’hui, sa population dépasse les 10 millions!
C’est justement au tournant du siècle que les grands travaux d’infrastructure commencent à révolutionner la ville. Lorsque les ouvriers retournent les pavés pour installer la voie ferrée, le regard de Gaensly saisit un paysage urbain en pleine mutation. Les bâtisses cossues des barons du café commencent à apparaître sur les hauteurs de l’avenue Paulista, et les grandes avenues sont tracées à l’équerre. Une mégapole est en train de naître sous les yeux du photographe.
Impossible de ne pas dresser un parallèle avec la réalité actuelle de cette ville tentaculaire, au bord de l’anarchie. De constater qu’en lieu et place des ces quartiers paisibles ont surgi des forêts d’immeubles modernes. Les quelques bâtiments d’époque n’ayant pas été rasés sont aujourd’hui pour la plupart délabrés, à de rares exceptions.
La pollution, atmosphérique et visuelle, a envahi le quotidien du piéton de São Paulo, un siècle après Gaensly. En dépit de valeureuses tentatives de rénovation du centre historique de la ville, qui a abouti à l’inauguration récente d’une prestigieuse salle de concert dans la vieille gare et d’un centre culturel, les charmes urbains de São Paulo sont aujourd’hui bien cachés sous une épaisse couche de crasse.
Au total, plus de 700 clichés des archives de la Light ont été attribués à Gaensly par trois chercheurs (dont un d’origine suisse) de la Fondation Patrimoine Historique de l’Énergie de São Paulo, qui a édité cet ouvrage. Un chapitre, rédigé par Ana Maria Dietrich, traite également de l’immigration suisse et du protestantisme au Brésil au XIXè siècle.
Le lancement du livre, qui comprend une sélection de quelque 200 photographies, a reçu le soutien de Pro Helvetia. Mais curieusement, les entreprises helvétiques ont hésité à prêter main forte à la divulgation de l’œuvre du Brésilien d’adoption William «Guilherme» Gaensly. Et c’est finalement Banespa, une institution financière récemment achetée par l’espagnole Banco Santander Central Hispano, qui a parrainé l’opération!
Thierry Ogier
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