Le franc retrouve son rôle de valeur-refuge
Dans l'incertitude la plus totale suite à la chute des Bourses mondiales après les attentats aux Etats-Unis, les investisseurs achètent en masse la monnaie helvétique, symbole de sécurité. Le dollar, l'euro et même l'or sont délaissés. Une flambée qui inquiète l'industrie d'exportation.
Les analystes pensaient que le dollar et l’euro allaient se partager le monde industrialisé. Mais la menace de récession aux Etats-Unis, la baisse répétée des actions, les attentats à New York ainsi que la crainte de la riposte américaine et de son impact ont complètement déboussolé le secteur de la finance.
Désormais, les acteurs s’accrochent au franc suisse, la dernière valeur qui leur semble sûre. La débâcle observée tout au long de la semaine sur les marchés boursiers a poussé les investisseurs vers la monnaie helvétique. Le franc a retrouvé le rôle de valeur-refuge qu’il détenait y a quelques années.
Niveau historique face à l’euro
Dans le secteur des métaux précieux, l’once d’or s’est appréciée de plus de 20 dollars après les attentats. Mais, ces deux derniers jours elle a reculé pour se stabiliser autour des 290 dollars. Le métal jaune, excédentaire sur le marché, n’est pas aussi prisé que le franc suisse.
Alors qu’en juillet, un dollar valait encore 1,80 franc suisse, le billet vert ne s’échange plus actuellement qu’à 1,58. Face à l’euro, la monnaie helvétique a atteint son plus haut niveau historique. La devise européenne cote 1,44 franc contre 1,61 francs lors de son lancement en 1999. Toutes les monnaies sont en nette baisse face au franc.
Comme il est désormais clair que l’activité mondiale va s’affaiblir, les investisseurs quittent le marché des actions au profit de la monnaie suisse. Les incertitudes liées à l’échéance du passage concret à l’euro en janvier prochain contribuent aussi à accroître la demande de francs.
Menace sur les exportations
Une évolution qui inquiète la Banque nationale Suisse et surtout l’industrie. Même si depuis l’adoption des taux de change flottant en 1973, les sociétés suisses sont habituées à composer avec des renforcements de la monnaie, cette hausse subite du franc ne va pas favoriser les entreprises d’exportation.
Si ces niveaux de change devaient se maintenir durablement, les exportations suisses risquent de chuter. Déjà frappées par le ralentissement économique, les entreprises auront du mal à vendre à l’étranger leurs produits devenus nettement plus chers. Par ricochet c’est toute l’économie helvétique qui serait touchée.
Les multinationales, l’industrie des machines, le secteur chimique, l’horlogerie et le tourisme sont les branches les plus exposées. Pour les sociétés suisses, les Etats-Unis sont, après l’Allemagne, le principal débouché mondial en termes de chiffre d’affaires.
Luigino Canal
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