Le mythe Swissair a la vie dure
Swissair est sûre et elle fournit d'excellents services. Les difficultés de la compagnie aérienne n'ont pas terni son image à l'étranger. Au-delà des frontières helvétiques, sa réputation est intacte.
«Parmi les compagnies européennes, Swissair conserve probablement la meilleure image», lance le journaliste allemand Jens Flottau. Pourtant, ses déboires financiers sont connus. A l’étranger également.
Mais les Européens font la part des choses. «La responsabilité des difficultés actuelles de la compagnie aérienne réside clairement dans les choix des précédents managers», souligne Vinicio Gasparri, expert de l’aviation civile au quotidien économique italien Il Sole 24 Ore.
Une image qui évolue lentement
A l’étranger, les décisions de la nouvelle direction sont généralement accueillies de manière positive par les spécialistes de l’aéronautique. Y compris la dernière en date, à savoir la fusion entre Swissair et Crossair.
«L’image d’une compagnie évolue très lentement, affirme Pierre Condom, directeur de la revue française Interavia. Elle dépend du dernier vol effectué. Or, la plupart des passagers ne volent qu’une à trois fois par an.»
Ces passagers ne volent pas toujours avec la même compagnie. La plupart des clients de Swissair ont donc forgé leur opinion il y a plusieurs années déjà. Et ils ne la modifieront que si une nouvelle expérience, un nouveau vol avec Swissair, vient ternir leur souvenir.
Et l’enjeu est de taille. «Souvent, la compagnie aérienne d’un pays est sa deuxième ambassade à l’étranger», confirme Pierre Condom. L’image de la Suisse à l’étranger dépend donc aussi un peu de celle de Swissair.
Par chance, l’image de Swissair n’a pas souffert. Et ce qui est valable pour nos voisins l’est davantage encore sur d’autres continents. Pour preuve, un journaliste économique de l’agence de presse canadienne n’a pas entendu parler des déboires financiers de Swissair au Canada. Au contraire de ceux d’autres compagnies.
Ce constat n’étonne pas le porte-parole de Présence Suisse (PRS). «En général, confie Alessandro del Prete, nous avons tendance à surestimer l’impact des événements suisses à l’étranger.»
Exception belge
Un bémol, cependant. Si, en France, l’impact de l’affaire AOM-Air Liberté paraît limité, on ne peut pas en dire autant des déboires de la compagnie nationale belge, Sabena.
«Nous pensions qu’un partenaire comme Swissair était la solution à nos problèmes, explique Patrick Anspach, rédacteur aéronautique du quotidien financier belge L’Echo. Nous sommes tombés de haut. Notre fibre nationale a été blessée, et nous rejetons la faute sur les Suisses.»
Les Belges ont donc une dent contre Swissair. Et ne donnent plus autant de valeur à la parole helvétique. Pour autant, même en Belgique, l’image de qualité de la compagnie suisse n’a pas été ternie. Elle est toujours perçue comme sûre. Et l’opinion publique ne conçoit pas sa disparition.
Avant les attentats de New York et Washington, Swissair n’avait pas enregistré une baisse de ses réservations. La preuve que son image restait bonne un peu partout dans le monde.
Caroline Zuercher avec swissinfo
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