Les médias philippins se déchaînent contre la Suisse
A Manille, la communauté d'affaires helvétique s'inquiète de la nouvelle polémique autour des fonds de la famille Marcos. La campagne médiatique s'intensifie contres les banques suisses.
Ceux qui croyaient en avoir fini avec les fonds Marcos en sont pour leurs frais. Depuis deux semaines, les journaux philippins font leurs choux gras des révélations selon lesquelles Irene Marcos, fille de l’ancien dictateur, aurait récemment, via Francfort, tenté de récupérer et de transférer des fonds importants toujours entreposés à l’UBS.
L’affaire a pris la semaine dernière une tournure diplomatique. Le nouveau gouvernement philippin de la présidente Gloria Macapagal a officiellement demandé à la Suisse et à l’Allemagne de geler tous les avoirs éventuels de la famille Marcos dans ses institutions bancaires.
La Suisse, qui a déjà rapatrié sur un compte bloqué aux Philippines plus de 600 millions de dollars (dont le déblocage est suspendu à un jugement définitif), se retrouve donc au cœur du feuilleton politico-financier le plus sensible de l’archipel.
Élément nouveau: l’affaire a aussi pris une tournure économique. Plusieurs grandes sociétés suisses, dont la SGS, ont d’importantes opérations aux Philippines. Or le tollé médiatique suscité par les avoirs cachés de la famille Marcos est une mauvaise nouvelle pour ces entreprises.
«Pour la population, l’équation est simple: Suisse = profiteurs», se lamente un homme d’affaires suisse installé à Manille depuis douze ans. L’ambassade de Suisse aux Philippines a reçu plusieurs appels inquiets de décideurs helvétiques. Son service commercial a tenté de les rassurer.
L’inquiétude est d’autant plus vive que les échéances politiques à venir devraient contribuer à entretenir ce climat délétère. Des élections générales, parlementaires et locales, sont prévues aux Philippines en mai.
Or l’affaire des fonds Marcos tombe pile: «Tous ceux qui prétendent incarner le changement vont crier haro sur les banques suisses», souligne Conrad Banal, éditorialiste philippin.
Certains hommes d’affaires suisses ont fait savoir à l’ambassade qu’ils jugeraient «bienvenue» une démarche de l’UBS, accusée d’héberger des comptes de la famille Marcos. «Il vaudrait mieux crever vite cet abcès», avertit Conrad Banal.
Jacques Flament, Tokyo
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