Pari risqué pour la future compagnie nationale
La Suisse se doit de réussir l'envol de sa future compagnie nationale au risque d'être exclue du ciel européen. Reste à trouver les fonds.
Pour éloigner le scénario catastrophe, il faut adopter le projet ‘Full Scale’, Pierre Condom. Sans quoi, avertit le directeur de la revue Interavia, «la Suisse se retrouvera sans compagnie aérienne».
Cette prédiction répond aux propositions de sortie de crise formulée dimanche par la Task Force de la Confédération. Selon elle, le salut passe désormais une future Crossair.
Pour cet expert en aviation, la crédibilité des deux autres options est difficile à justifier: L’une d’entre-elles condamne Zurich à mort. Alors que l’autre – sans ambition – implique le coût social le plus élevé.
«Dans ces conditions, affirme Pierre Condom, la solution ‘Full Scale’ qui reprendrait 52 avions à Swissair, paraît la plus sérieuse. Mais elle nécessite 4 milliards de francs, sans oublier les 650 millions du plan social pour gérer les 9400 postes condamnés».
Ca passe ou ça casse.
Toutefois, rien n’est joué, et de nombreuses inconnues subsistaient lundi. «La mise en œuvre de ce scénario dépend de la confiance des investisseurs. Mais aussi de celle du personnel de Swissair», souligne Pierre Condom.
Autant dire qu’il s’agit d’une «mission impossible». En effet, si le milieu économique suisse se penche depuis dimanche soir, aux côtés de la Confédération, sur une solution financière, l’argent n’est pas encore sur la table.
Certes des promesses ont été faites, lundi, par certaines entreprises. Mais les sommes n’excédent pas quelques centaines de millions. Et les investisseurs ne se bousculent pas au portillon. Pour d’autres grandes multinationales suisses, c’est un non – sec et sonnant – comme chez Nestlé ou Novartis.
Retenue du monde économique
Quant aux banques, elles ont clairement avoué qu’elles ne verseraient plus d’argent pour la mise sur pied d’une nouvelle compagnie aérienne.
Une chose paraît claire. Le soutien des milieux économiques se caractérise, pour l’instant, par une certaine retenue. Les choses peuvent changer mercredi. Si la Confédération se prononce favorablement sur une éventuelle aide de un milliard de francs pour financer un crédit transitoire.
Reste que la question essentielle. «Les acteurs de l’économie de ce pays ont-ils calculé l’impact financier de la disparition d’une compagnie nationale», souligne, un brin provocateur, le directeur d’Interavia.
Et d’ajouter: «Si cet impact sur l’économie est difficilement calculable, la mort de la compagnie nationale coûterait évidement plus cher qu’un investissement de 4 milliards».
Une phase transitoire.
«Il n’y a donc pas d’alternative, ajoute Pierre Condom. Ce plan «Full Scale», s’il est adopté, est donc condamné à réussir». Toutefois, les craintes de pierre Condom ne s’arrêtent pas là.
Pour cet expert, le redécollage de la compagnie aérienne n’est qu’une phase transitoire. Et une alliance avec une compagnie européenne doit être sérieusement envisagée.
Jean-Louis Thomas
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