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De l’orgie antique au kitsch moderne

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Comme bien des fêtes du calendrier chrétien, la Saint-Valentin puise ses origines dans une fête païenne et antique. L'amour qu'on y célébrait était d'ailleurs nettement moins fleur bleue que celui que chantent aujourd'hui les poètes du 14 février.

Qu’il s’agisse de Carnaval, de Saint-Valentin ou de leurs lointains ancêtres, cette période de l’hiver est favorable aux fêtes annonciatrices du renouveau. Alors que la nature semble encore endormie, les entrailles de la terre fourmillent déjà de la vie qui ne va pas tarder à sortir au grand jour. La germination se prépare, les animaux ne vont pas tarder à s’accoupler, le printemps est à la porte.

Les Babyloniens célébraient le dieu soleil et la fertilité sur deux jours au milieu de notre mois de février. Les réjouissances commençaient par le sacrifice de plusieurs chèvres et d’un chien, dont on coupait les langues. Les hommes s’en servaient comme d’un fouet pour frapper les fesses des jeunes filles afin de les rendre plus fertiles.

Transposée à Rome et ramenée à un seul jour, cette fête devient celle de Lupercus, dieu des troupeaux et des bergers. A cette occasion, on organisait une sorte de loterie de l’amour. Les garçons tiraient dans une urne un billet portant le nom d’une fille non encore promise et celle-ci devenait leur compagne de la journée… voire plus si entente.

Cette pratique a donné rapidement lieu à des abus. La chronique rapporte que dans certaines provinces reculées de l’Empire – comme les îles britanniques – le jeu avait tendance à dégénérer de l’aimable marivaudage au droit de cuissage pur et simple… et en vérité plus souvent simple que réellement pur.

La papauté ne pouvait continuer à fermer les yeux sur ces débordements. En l’an 496, Gélase 1er interdit les Lupercales et proclame le 14 février jour de la Saint-Valentin, du nom d’un prêtre mort en martyr deux siècles plus tôt.

A cette époque, l’empereur Claude II (dit «le cruel») avait carrément interdit le mariage, sous prétexte que ses soldats ne montraient pas assez d’ardeur au combat, soucieux qu’ils étaient de rentrer un jour auprès de leur tendre moitié. Valentin avait eu le courage de continuer à unir des couples en secret. Arrêté et emprisonné, il fut exécuté le 14 février 270.

Devenue plus respectable aux yeux du monde chrétien, la fête n’en garde pas moins certains de ses aspects d’origine, comme la loterie des amoureux, qui a perduré pendant des siècles, surtout en Grande-Bretagne.

Peu à peu, on allait passer de l’orgie barbare à l’amour courtois et à la tradition des fameuses cartes, dont la tradition est attestée depuis le 14ème siècle. Les jeunes gens les plus facétieux en envoiaient à toutes les femmes de leur entourage, sans distinction d’âge ou d’état civil.

Les premières cartes commerciales apparaissent en 1847 aux Etats-Unis, sous l’impulsion d’une jeune fille de 19 ans, Esther Howland, qui, bien avant Henry Ford, invente le travail à la chaîne. Les meilleures années, son atelier atteint jusqu’à 100 000 dollars de chiffre d’affaires, une fortune pour l’époque.

Aujourd’hui, c’est encore dans les pays anglo-saxons que la tradition est restée la plus vivante. On ne se contente d’ailleurs pas d’écrire à l’élu(e) de son cœur, mais on pense également à ses amis, à ses parents et à ses enfants. Le 14 février, les postes américaines peuvent acheminer jusqu’à un million de ces «valentines», et le chiffre ne tient pas compte de l’explosion du courrier électronique.

Aux Etats-Unis, la Saint-Valentin compte parmi les jours fériés les plus importants. Seul Noël fait mieux au nombre de cartes de vœux échangées, alors que les restaurants réalisent leur journée la plus faste de l’année, juste derrière la Fête des Mères.

Pour en savoir plus, tapez «Saint Valentin» et le moteur de recherche http://www.altavista.com vous recensera 730 000 sites, où les bons sentiments et le rose dégoulinant le disputent au kitsch le plus absolu.

Marc-André Miserez

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