Les banques en mutation: du guichet à l’application
Quoi de plus naturel de nos jours que de sortir son smartphone pour effectuer un virement ou vérifier son compte courant? Pourtant, cette opération simple en apparence est le résultat d’une longue évolution: en quelques décennies, le quotidien bancaire des Suissesses et des Suisses est passé du hall des guichets à la poche de pantalon, autrement dit du physique au numérique.
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Il y a encore quelques décennies, se rendre à la banque faisait partie du quotidien. Le contact personnel était primordial. Les opérations bancaires s’effectuaient en un lieu précis, à des horaires définis, et reposaient largement sur la confiance en l’institution. En Suisse, la finance du quotidien comportait typiquement deux étapes: le salaire était versé sur le compte bancaire, puis on retirait des espèces au guichet de la banque afin de payer les factures au guichet de la Poste.
Aujourd’hui, on ne se rend plus guère à la banque. Les services bancaires, disponibles partout et à toute heure, ont rendu la relation avec la banque beaucoup plus anonyme.
Une plongée dans l’histoire du secteur bancaire suisse montre que ses origines sont très anciennes. Dès le Moyen-Âge, des commerçants ambulants prêtent de l’argent et se transforment peu à peu en banquiers sédentaires. Dans les villes suisses, des officines de change convertissent des devises, accordent des crédits et assument en partie déjà les tâches d’une banque centrale.
Dès le 18e siècle, les premières banques privées font leur apparition; au 19e siècle, les caisses d’épargneLien externe, les banques cantonales et les grandes banques jettent les bases de la place financière suisse moderne: entre 1895 et 1910, plus de 100 nouvelles banques voient le jour en Suisse.
Les premiers pas vers le numérique
L’essor de la banque mobile débute non pas avec le smartphone, mais avec les premiers pas du libre-service. Dès les années 1960, les banques expérimentent de nouvelles formes d’accès: en juin 1962 à Zurich, la Schweizerische Kreditanstalt (l’ancien Crédit Suisse) ouvre une banque drive-in, l’Autobank, dans laquelle la clientèle peut effectuer ses opérations bancaires sans quitter sa voiture.
Cependant, les origines du paiement sans espèces sont peut-être encore plus anciennes: en 1950, grâce à la carte de crédit universelle, il devient possible pour la première fois d’effectuer des paiements sans argent liquide chez différents prestataires. À l’époque, cette carte de crédit du «Diners Club» est valable dans 27 restaurants de New York. À l’inverse du paiement en espèces, ce système se base sur le crédit: le montant est réglé ultérieurement.
À la fin des années 1960, le libre-service marque une rupture décisive: en 1967, le premier bancomat est mis en service à Zurich. Pour la première fois, on peut retirer de l’argent 24 heures sur 24, sans s’adresser au guichet de la banque. Une partie essentielle de l’activité bancaire est ainsi transférée du hall des guichets à la machine.
Quasiment en même temps, un deuxième système de carte se développe: la carte de débit. Les premiers essais pilotes débutent dès les années 1960. À l’inverse de la carte de crédit, l’argent est directement débité sur le compte bancaire et les paiements sont comptabilisés immédiatement. En Europe, les origines de la carte de débit remontent à la carte Eurochèque (carte EC).
Lancée en 1978, la carte EC est d’abord une carte de garantie de chèque dont l’intérêt est de pouvoir comparer la signature et le numéro de carte. Dès 1985, une fonction supplémentaire est introduite: désormais, on peut retirer de l’argent au bancomat. La carte EC et le bancomat ouvrent la voie à des transactions financières toujours plus automatisées, qui deviendront plus tard numériques.
Parallèlement, dans les années 1980, le domaine bancaire explore les possibilités du numérique. Le système Videotex des PTTLien externe marque les débuts des offres de télébanking: grâce à des terminaux spéciaux, des informations peuvent être consultées et de premières transactions bancaires peuvent être effectuées. Pour la première fois, les opérations bancaires passent du guichet à l’espace électronique.
Avec l’avènement d’Internet, l’e‑banking finit par s’imposer: à la fin des années 1990, les banques suisses partent à la conquête de la Toile. Le Crédit Suisse est le premier à lancer une banque entièrement en ligne en avril 1997.
La Banque cantonale de Zurich lui emboîte le pas cinq mois plus tard. Le PC du salon devient alors le nouveau guichet bancaire – et les filiales physiques tombent en désuétude.
La banque mobile
C’est finalement le smartphone qui impose la rupture la plus nette: depuis les années 2010, la banque a définitivement migré dans nos poches. Désormais, on consulte son compte, on effectue des paiements ou on investit partout où l’on se trouve, souvent en quelques secondes.
Le comportement de la clientèle a lui aussi évolué: les paiements en espèces sont en recul, tandis que les paiements mobiles et les connexions aux applications ne cessent d’augmenter. De nouveaux acteurs ont également fait leur apparition sur le marché: les néobanques. Celles-ci proposent leurs services entièrement en ligne, généralement à des prix moins élevés et sans disposer d’un réseau de filiales. Elles incarnent une nouvelle génération de banques simple, rapide et mobile.
Ce marché a connu une évolution rapide ces dernières années, en particulier en Suisse. Des prestataires comme Neon, Zak ou Yuh gagnent rapidement du terrain et séduisent une vaste clientèle à l’aise avec le numérique. Dans le même temps, ce segment récent se montre dynamique: certaines offres parviennent à s’établir avec succès et deviennent rentables, d’autres disparaissent ou s’adaptent et se repositionnent. Le marché bancaire suisse, ainsi en pleine phase de croissance, d’expérimentation et de consolidation, poursuit donc son évolution.
Si le conseil personnalisé constituait auparavant le cœur du service, une grande partie de l’interaction est aujourd’hui numérique, souvent sans contact humain direct. Les algorithmes assument désormais les tâches des conseillères et conseillers bancaires, à l’instar des robots-conseillers qui prennent des décisions en matière d’investissement.
De nouvelles questions se posent alors: qui gère nos données? À qui confions-nous notre argent? Et quel rôle les géants mondiaux de la technologie jouent-ils dans le système financier?
Andrea Weidemann est la directrice du Musée suisse des financesLien externe.
L’article original sur le blog du Musée national suisseLien externe
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