L’informatique pour les profs
Dans les années 1990, le canton de Berne introduisit l’informatique dans le cursus scolaire et envoya son personnel enseignant suivre des cours. Le canton fut l’un des précurseurs dans ce domaine.
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Mars 1990: une petite salle de la commune de Köniz, dans le canton de Berne, remplie de tables et d’ordinateurs. Les regards des hommes rassemblés ici sont rivés sur les écrans devant eux, tandis qu’ils déplacent leurs souris avec application. Il ne s’agit pas là d’une rencontre d’un club d’informatique, mais d’un cours de perfectionnement pour le personnel enseignant.
Le tout est observé par une petite troupe de journalistes et de photographes de presse (voir l’encadré) chargés de couvrir le projet d’introduction des cours d’informatique dans l’école obligatoire bernoise. Un crédit de 950 000 francs a été débloqué pour aménager de nouvelles salles de classe dans le canton et acheter des ordinateurs. La classe politique entend ainsi développer les cours d’informatique destinés au corps enseignant et poser les bases de l’introduction de l’informatique comme nouvelle matière dans le degré primaire et secondaire.
Le projet prévoit l’introduction graduelle des cours d’informatique. D’ici 1995, toutes les écoles du canton doivent disposer de suffisamment de personnel formé et de postes de travail pour dispenser des cours d’informatique conformément au plan d’études. À long terme, les technologies de l’information devront faire partie du quotidien scolaire et également être utilisées dans les autres matières.
Certains spécialistes critiquent toutefois le fait que les ordinateurs sont considérés comme de simples «outils». Ils réclament que l’enseignement de l’informatique, à l’instar des sciences naturelles, transmette une compréhension approfondie du fonctionnement des ordinateurs, y compris des connaissances en programmation. Les jeunes ne devraient selon eux pas quitter l’école sans avoir acquis une «maturité informatique».
C’est également le sentiment général au sein de la classe politique. Dans le même temps, la conseillère d’État bernoise Leni Robert, en charge de l’instruction publique, estime qu’il n’est pas question de former «de jeunes programmeuses et programmeurs aux yeux carrés». Ce sont pourtant précisément ces profils qui auraient bénéficié d’excellentes perspectives, étant donné qu’à cette époque, le travail sur ordinateur est de plus en plus répandu et le secteur informatique affiche une croissance fulgurante.
Apple: déjà un acteur de premier plan
Charge aux communes bernoises de faire l’acquisition des nouveaux systèmes informatiques prévus par le projet et de choisir un fournisseur. Le marché se compose alors de PC opérant sous MS-DOS, mais aussi de modèles Macintosh d’Apple, qui connaissent un succès croissant.
Né de la volonté de créer «l’ordinateur pour le reste d’entre nous», le Macintosh est le produit de plusieurs évolutions technologiques, sociales et économiques dont les origines remontent aux années 1970. Les entreprises technologiques commencent alors à mettre au point des microprocesseurs de plus en plus performants et bon marché.
En parallèle, des passionnés de technologie inspirés par la perspective d’un «ordinateur du peuple» s’engagent en faveur d’une plus large diffusion de l’informatique. Cette tendance se traduit dans un premier temps par l’émergence des «ordinateurs d’amateurs» destinés aux personnes portées sur la technique. Grâce aux progrès réalisés dans les domaines du matériel et des logiciels, ils deviennent bientôt des ordinateurs domestiques conviviaux et abordables.
Apple poursuit à cette époque une stratégie marketing axée sur l’expansion. Dans les années 1980, des milliers de systèmes Macintosh sont fournis aux universités américaines à des conditions avantageuses dans le cadre du programme Education Consortium. Au cours de la décennie suivante, l’entreprise agrandit considérablement son site de production de Cork, en Irlande, afin de mieux desservir les marchés européens, et donc également les établissements scolaires suisses.
Des modèles Macintosh sont également utilisés au centre de perfectionnement des enseignants de Köniz. Contrairement à ce que leurs dimensions compactes et leur design sophistiqué pourraient laisser supposer, ces ordinateurs domestiques de première génération ne sont pas encore tout à fait au point. Le châssis exigu du Macintosh Plus, présenté en 1986, pouvait devenir très chaud en cas d’utilisation intensive, provoquant des dégâts matériels. À Köniz, un autocollant apposé sur le bord supérieur de l’écran indique par conséquent qu’il ne faut rien poser sur l’ordinateur afin de ne pas gêner la circulation de l’air.
Alors que l’enseignement de l’informatique dans l’école obligatoire bernoise n’est introduit que progressivement à partir de 1990, les ordinateurs sont déjà plus répandus dans d’autres domaines du paysage éducatif suisse. D’après une étude de l’EPF de Zurich réalisée en 1989, quelque 16 000 postes sont déjà déployés, principalement au sein des écoles professionnelles et des gymnases. En revanche, seuls 20 à 30% des jeunes sont amenés à utiliser des ordinateurs dans les établissements de la scolarité obligatoire.
Une révolution dans les foyers
La situation est tout autre dans la sphère privée. Lancé en 1982, l’ordinateur personnel Commodore 64 rencontre rapidement un grand succès commercial. Le magazine d’information allemand Der Spiegel consacre son édition du 11 décembre 1983 à l’ordinateur, toujours plus présent dans les chambres d’enfants, sous le titre «Das grosse Geschäft» (Une affaire qui marche). Certains jeunes à l’avant-garde du progrès technologique indiquent même qu’ils gagnent déjà de l’argent en écrivant leurs propres programmes.
Le canton de Berne est-il donc déjà à la traîne en matière de développement technologique et social en 1990? D’un côté, sa décision d’introduire les cours d’informatique dès l’école obligatoire en fait toujours un précurseur en Suisse. Le déploiement graduel de cette technologie dans les écoles permet en outre à la formation du personnel enseignant de suivre le rythme du progrès technique. Les appareils sont d’ailleurs de moins en moins chers et de plus en plus puissants au fil du temps.
D’un autre côté, il y a déjà bien longtemps que rien ne peut arrêter la marche triomphale de l’ordinateur dans les années 1990. Tandis que le corps enseignant bernois suit encore des cours d’informatique, un nombre croissant d’enfants et d’adolescents s’initie de manière intuitive et ludiqueLien externe au fonctionnement des ordinateurs à domicile. L’ordinateur devient un objet du quotidien, et des entreprises comme Apple – qui pratiquent un marketing efficace et rendent leurs produits accessibles à un large public – n’y sont pas étrangères.
L’introduction des cours d’informatique n’est donc pas uniquement le fruit d’une politique éducative tournée vers l’avenir. Elle s’inscrit dans une plus vaste tendance technologique, sociétale, mais aussi économique, qui perdure encore aujourd’hui.
Actualités Suisses Lausanne (ASL) a été fondée en 1954 par Roland Schlaefli et était considérée jusqu’à sa fermeture en 1999 comme l’agence photographique de presse la plus importante de Suisse romande.
En 1973, Roland Schlaefli racheta en outre les archives de l’agence Presse Diffusion Lausanne (PDL) fondée en 1937. Les fonds des deux agences représentent environ six millions de photographies (négatifs, épreuves, diapositives).
Dans le large spectre des thèmes traités, trois principaux ressortent: la politique nationale, le sport et la Suisse romande.
L’agence ne survécut pas au passage à l’ère du numérique. Depuis 2007, les archives d’ASL et de PDL sont en la possession du Musée national suisse. Le blog présente, de façon aléatoire des photographies et séries de photographies qui ont particulièrement attiré notre attention lors de leur remise en état.
Andreas Walter étudie l’histoire contemporaine et les sciences de l’Antiquité à l’université de Zurich et travaille aux archives cantonales de Schaffhouse.
L’article original sur le blog du Musée national suisseLien externe
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