Réfugiés de la 2e Guerre mondiale: Genève nuance
Pendant la 2e Guerre mondiale, le canton de Genève a accueilli nettement plus de réfugiés juifs qu'il en a refoulé. Une première analyse des archives de cette époque le prouve.
«Genève n’a pas passé son temps à refouler les gens.» D’emblée, l’archiviste du canton de Genève tient à corriger l’impression laissée par le rapport Bergier sur les réfugiés de décembre dernier.
Pour étayer ses affirmations, Catherine Santschi, se base sur l’analyse d’un échantillon représentatif qui porte surt 10 pour cent des quelque vingt mille dossiers conservés aux archives genevoises et qui répertorie quasiment toutes les personnes ayant atteint la frontière de l’arrondissement territorial genevois entre le 13 août 1942 et la fin de la Guerre.
Sur la base de cet échantillonnage, les auteurs du rapport avancent que 8 pour cent des Juifs ayant passé par Genève ont été refoulés. Ce pourcentage correspond à 800 personnes environ. Une centaine de ces personnes refoulées figurent dans le Mémorial de la déportation des juifs de France établis par Serge Klarsfeld et qui recense l’ensemble des Juifs déportés depuis la France. Le destin des 700 autres Juifs refoulés par les autorités genevoises est à ce jour inconnu.
Connu comme chasseur de nazis, Serge Klarsfeld avait d’ailleurs contesté le chiffre de 16 000 Juifs refoulés avancés par le Rapport Bergier. En estimant, lui, que le chiffre de 5000 représentait la limite supérieure.
Les premiers résultats de la recherche menée à Genève semble donc lui donner raison. Mais Catherine Santschi, qui dirige cette recherche, tient à préciser que les études ultérieures pourraient encore modifier ces chiffres.
Comme l’écrivent les auteurs du rapport dans leur conclusion: «L’histoire n’est jamais que la réflexion d’une certaine époque et d’une certaine société sur son passé et sur son devenir, et elle ne peut prétendre à établir définitivement une vérité immuable».
Reste que le rapport genevois permet tout de même d’approfondir la connaissance de cette époque. Il souligne ainsi le poids de l’opinion publique, des associations d’entraide et des médias qui ont poussé, malgré la censure, les autorités fédérales à assouplir leur politique de refoulement.
Le rapport montre aussi que les autorités ont édicté une série de notes confidentielles ou transmis des recommandations oralement qui contredisaient parfois les directives officielles. L’image qui ressort de cette recherche montre en fait une administration qui corrige en permanence sa ligne au gré des événements intérieurs ou extérieurs.
Ce rapport suggère enfin un certain nombre de pistes de recherches futures, comme l’évaluation des pratiques des autorités cantonales qui avaient une réelle marge de manoeuvre par rapport à Berne. Ces recherches qui ont déjà démarré dans plusieurs cantons devraient permettre d’affiner toujours plus la connaissance de cette époque sombre. Et de déboucher sur un jugement plus nuancé de ce passé, à gauche comme à droite de l’échiquier politique suisse.
Frédéric Burnand
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