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Un Suisse enseigne l’éthique économique à Pékin

A la Une des journaux: les affaires de corruption impliquant l'ancien maire de Pékin, Chen Xitong. Keystone

A long terme, la corruption ne paie pas. C'est ce qu'explique aux futures élites chinoises un professeur de Zurich, Stephan Rothlin.

Depuis un certain temps, la Chine ne cesse de nous surprendre. Elle est partagée entre les tentations de la mondialisation et le désir de rester fidèle à certains principes socialistes.

La morale communiste est toujours censée y régner en maître. Or voilà que l’Université et l’Institut de technologie de Pékin offrent aujourd’hui à leurs étudiants un cours de morale… économique.

Une course à l’argent

La surprise vient du fait que celui qui donne le cours n’est pas un communiste; c’est même un ressortissant d’un haut-lieu de l’univers capitaliste.

Il vient en effet de Zurich, s’appelle Stephan Rothlin et a été professeur à l’Institut de recherche économique empirique de l’Université de Zurich.

De quoi parle-t-il à ses étudiants de Pékin? Est-il libre de dire tout ce qu’il pense? «Avant toutes choses, explique à swissinfo Stephan Rothlin, il faut savoir que l’on assiste en ce moment en Chine à une formidable ‘course à l’argent’.»

Or cette course semble s’intensifier maintenant que la Chine a adhéré à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Et si l’on ne veut pas que cette adhésion ait des conséquences funestes, il est indispensable que la dimension éthique des questions économiques soit clairement affirmée.

C’est, en tout cas, ce que Stefan Rothlin essaye de faire dans ses cours. Pour y parvenir, il adopte deux approches.

Déjà Confucius…

La première consiste à montrer aux étudiants que l’éthique économique a un profond ancrage dans la culture chinoise. Il existe, en effet, des plaidoyers en faveur d’un comportement économique responsable dans toute l’histoire et la philosophie chinoise.

Chez les penseurs comme Mencius (Mong Tseu), Lao-Tseu et Confucius, par exemple (Ve au IIIe siècle avant Jésus-Christ), l’idée que l’homme est plutôt enclin à faire le bien mais que les circonstances l’induisent à la tentation et le corrompent serait très répandue.

La deuxième approche est réaliste. Elle part d’une constatation faite par Stefan Rothlin selon laquelle la seule affirmation de préceptes moraux ne suffit pas.

Stefan Rothlin montre donc à ses étudiants qu’à long terme, l’honnêteté et la transparence «paient». Que l’éthique «accroît le prestige d’une économie». Et que si la Chine veut devenir une puissance économique mondiale, elle doit s’adapter – en matière de lutte contre la corruption par exemple – aux normes juridiques internationales.

Aucune pression des autorités

Particularité de Stephan Rothlin: il enseigne en anglais et en chinois! De manière générale, ce professeur de 42 ans est très content des réactions de ses étudiants.

Certains lui feraient remarquer que tant qu’une certaine culture de la corruption règne en Chine, ils ne verraient pas de raison de ne pas en profiter.

Mais beaucoup de Chinois seraient extrêmement moraux. Et Stephan Rothlin a bon espoir que la génération qui a aujourd’hui entre 20 et 30 ans sera différente de la précédente.

Stephan Rothlin constate par ailleurs qu’il n’a jusqu’ici pas subi de pressions à cause de son enseignement. Et qu’il peut discuter ouvertement avec ses étudiants des grosses affaires de corruption qui ont défrayé la chronique en Chine ces dernières années.

swissinfo/Michel Walter

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