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Une journée européenne pour s’ouvrir à la culture juive

Désamorcer les préjugés par une politique bien comprise. Ici journée portes ouvertes à la Synagogue de Bâle, en 1997. Keystone

Les communautés israélites de Suisse se joignent cette année encore à la Journée européenne de la culture juive. Ce dimanche, dans plusieurs villes, elles invitent monsieur-tout-le-monde à visiter ou redécouvrir quelques hauts lieux de leur patrimoine.

C’est une idée récente, née en terre d’Alsace, d’où venaient les premières communautés juives de Suisse qui avaient commencé à s’installer dans quelques communes du canton d’Argovie, à Endingen et Lengnau notamment. Depuis 1996, année des premières actions portes ouvertes dans quelques synagogues du Haut-Rhin, le mouvement a pris de l’ampleur. Cette fois-ci, seize pays participent à cette deuxième journée européenne de la culture juive.

Ce succès croissant s’explique par la convergence de besoins différents. D’une part, le grand public veut en savoir un peu plus sur le patrimoine culturel juif. Mais celui qui, pour satisfaire sa curiosité ou son envie de connaissance, désire visiter l’édifice d’une communauté religieuse autre que la sienne choisira évidemment de s’y faire guider plutôt que d’y entrer presque furtivement.

D’autre part, les communautés juives elles-mêmes souhaitent se faire mieux connaître et tenter, par une politique bien comprise de la porte ouverte, de désamorcer les préjugés de toutes sortes dont elles sont victimes et de lutter contre le regain de propos antisémites.

«Une synagogue à la campagne», ce film de Franz Rickenbach classé l’an dernier parmi les meilleurs documentaires du Prix du cinéma suisse, procédait de la même intention. Il faisait découvrir la synagogue de Delémont, dans le Jura, et la minuscule communauté qui la fréquente, puis s’en allait vers l’Alsace à la recherche de témoins artistiques du passé juif.

Ce besoin de dire et de montrer son patrimoine – qu’il soit architectural, théâtral ou musical – n’est pas le fruit du hasard ni d’un quelconque management touristique. L’affaire des fonds juifs en déshérence et les péripéties toutes récentes de l’accord passé avec les banques ont manifestement réveillé ici et là des sentiments hostiles aux communautés juives.

«Ce n’est pas qu’il y ait davantage d’antisémites qu’auparavant, nous dit Alfred Donath, le nouveau président de la Fédération suisse des communautés israélites, mais ceux qui pensaient cela et qui, jusque-là, se taisaient s’expriment aujourd’hui à haute voix. C’est cela qui nous inquiète.»

Une autre source d’inquiétude pour les responsables de la communauté juive de Suisse, qui compte environ 17’500 âmes, c’est, pour cause d’études ou autres, l’exode des jeunes vers les grands centres urbains. Ce qui revient à dire que les communautés de petites villes comme La Chaux-de-Fonds ou Fribourg s’affaiblissent.

Conséquence: des synagogues se ferment, et la conservation de ce bien architectural réclamera sans doute de plus en plus d’attention. A l’inverse, d’autres bâtiments se construisent dans les grandes villes, ainsi que de nouvelles écoles.

Montrer son patrimoine, ce n’est donc pas seulement pour les communautés juives une invitation à regarder le passé, mais aussi une explication des mutations qu’elles se préparent à vivre demain.

Bernard Weissbrodt

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