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Juan Carlos: les millions régularisés provenaient d’une fondation en Suisse

L'ancien roi d'Espagne Juan Carlos. Copyright 2019 The Associated Press. All Rights Reserved.

Le roi émérite Juan Carlos a payé plus de quatre millions d’euros au fisc espagnol pour des sommes qui n’avaient pas été déclarées précédemment. Il évite ainsi une accusation pour délit fiscal. Mais la justice enquête sur d’autres délits présumés, comme le blanchiment de capitaux, en relation avec la fortune cachée de l’ancien roi d’Espagne en Suisse.

Ce contenu a été publié le 05 mars 2021 - 12:37

Le roi émérite Juan Carlos a volontairement versé plus de quatre millions d’euros au Trésor espagnol pour éviter des poursuites pénales pour évasion fiscale.

Avec le règlement de cette dette, il admet avoir reçu des prestations non monétaires – comme des vols en avion – à hauteur de millions d’euros de la part de la Fondation Zagatka, qui appartient à son cousin Álvaro de Orleans. Mais ce remboursement ne met pas fin à l’affaire: les enquêteurs espagnols et suisses soupçonnent que la Fondation Zagatka a été utilisée pour dissimuler des commissions présumément illégales à Juan Carlos.

Qu’est-ce que la Fondation Zagatka?

La Fondation Zagatka a été créée au Liechtenstein le 1er octobre 2003. Son propriétaire et principal bénéficiaire est Álvaro de Orleans, un cousin éloigné du roi émérite. Juan Carlos en était le troisième bénéficiaire jusqu’en 2020. En mars 2020, les comptes de Zagatka contenaient environ 10 millions d’euros, a indiqué Álvaro de Orleans à El PaísLien externe.

Selon les statuts, la fondation a été créée en reconnaissance du chef de l’État de l’époque, Juan Carlos, «pour avoir ouvert la voie à la liberté pour l’Espagne [...] en rétablissant un régime parlementaire jusqu’à la démocratisation du pays».

Cependant, les enquêteurs soupçonnent que Zagatka a servi à dissimuler des commissions présumément illégales au roi Juan Carlos. Selon El Confidencial, l’enquête menée à Genève indique que la sortie d’argent du compte Zagatka s’est «intensifiée» après l’abdication de Juan Carlos en 2014. Et lors d’un interrogatoire en 2018, Álvaro de Orleans a indiqué au Ministère public genevois avoir reçu environ 5 millions de dollars pour sa médiation dans un projet de station de luxe au Mexique.

En juin dernier, la Fondation Zagatka a modifié sa charte. Juan Carlos n’est plus un bénéficiaire de la fondation. Le seul objectif de la fondation est de garantir un soutien financier à la famille d’Álvaro de Orleans.

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Jusqu’en 2015, la Fondation Zagatka disposait d’un compte dans une grande banque suisse; puis l’argent a été transféré dans une banque privée genevoise. Par ailleurs, deux des administrateurs de la Fondation Zagatka sont suisses. Ce sont autant de raisons pour lesquelles les autorités suisses et espagnoles coopèrent dans cette enquête.

À la demande de SWI swissinfo.ch, l’Office fédéral de la justice a confirmé avoir reçu une demande d’entraide complémentaire de la part des autorités espagnoles en septembre 2020.

Pas un «homme de paille»

La justice suisse enquête pour savoir si Álvaro de Orleans était l’homme de paille de Juan Carlos. Si ces soupçons étaient confirmés, Álvaro de Orleans devrait s’attendre à une procédure en Suisse pour blanchiment d’argent.

Le grand quotidien espagnol El Mundo a récemment publiéLien externe une prise de position d’Álvaro de Orleans indiquant qu’il n’existait pas de poursuites pénales contre lui en Suisse, en Espagne ou dans tout autre pays. Le fait que le roi émérite ait légalisé plus de quatre millions d’euros «ne signifie nullement que la fondation ou ses actifs étaient sa propriété», a déclaré Álvaro de Orleans. Il a également nié être «l’homme de paille ou l’administrateur» de Juan Carlos et que Zagatka était «une société-écran ou était accusé de l’être».

Des millions en cadeau à une ex-amante

Ce faisant, cela ajoute un nouveau chapitre à l’histoire de Juan Carlos et des millions en Suisse. Les autorités espagnoles et suisses travaillent ensemble sur le cas de Juan Carlos depuis février 2020.

Selon El MundoLien externe, deux hommes de paille présumés de Juan Carlos ont dû témoigner devant le Ministère public genevois en février 2021, probablement dans le cadre d’une autre affaire. Le parquet genevois veut clarifier l’origine des 65 millions d’euros que l’ancien monarque a donnés à son ex-amante Corinna Larsen. On soupçonne qu’il s’agit de commissions illégales provenant d’Arabie saoudite. Ces fonds s’étaient d’abord retrouvés sur un compte d’une banque privée à Genève, sans être taxés.

Selon le quotidien espagnol El PaísLien externe, ni la banque privée genevoise ni l’administrateur externe du compte n’ont demandé à Juan Carlos de mettre de l’ordre dans la question fiscale. Ni le service de conformité de la banque ni son service juridique n’auraient su que Juan Carlos était le client. Cependant, ce qui s’est passé a eu lieu en 2008, bien avant l’entrée en vigueur de l’échange automatique d’informations sur les comptes bancaires.

Contactée par swissinfo.ch, la banque concernée n’a voulu ni confirmer ni nier ses liens avec Juan Carlos en raison du secret bancaire et de la procédure en cours. Toutefois, elle «rejette fermement toute allégation de violation d’une loi ou d’un règlement».

Juan Carlos lui-même, d’ailleurs, s’est exilé à Abu Dhabi. Selon son avocat, il est à la disposition de la justice. En Espagne, il fait toujours l’objet d’une enquête dans d’autres affaires.

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