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L'armée suisse veut dépister le sida chez les recrues

Les laborantines effectueront-elles des tests de séropositivité pour le compte de l'armée?

(swissinfo.ch)

Le Département fédéral de la défense confirme: l'armée suisse envisagerait de pratiquer des tests de séropositivité lors du recrutement. La décision n'est pas encore prise. Mais cette hypothèse surprend tous ceux qui suivent de près les problèmes de prévention du sida.

C'est le Sonntagsblick, journal zurichois du dimanche, qui en a fait état le premier. Mais le porte-parole du Département de la défense, de la protection de la population et des sports l'a confirmé à l'Agence télégraphique suisse: l'armée pense effectivement introduire pour les futures recrues des tests de dépistage du sida et de la toxicomanie.

C'est que la réforme de l'armée appelle des normes de recrutement plus sévères. Jusqu'ici, d'un point de vue sanitaire, on s'assurait simplement que quelqu'un était bien apte au service militaire. Il s'agirait à l'avenir de procéder à de véritables bilans de santé comprenant des examens radiographiques, des tests psychologiques et diverses analyses médicales.

Les responsables du recrutement seraient, semble-t-il, bien conscients des oppositions que pourront soulever ces propositions. L'étude n'en serait toutefois qu'au stade intermédiaire: il faut encore en étudier différents aspects, financiers et juridiques notamment.

A l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), on se dit très surpris de cette information dont on attend la confirmation officielle. Reste que, sur le principe, ce genre de mesure n'est pas vraiment perçu comme un moyen très adapté à la situation.

«Un test, ça se prépare, explique Jean-Jacques Thorens, chef suppléant de la section sida à l'OFSP. Il y a toujours un accompagnement. Nous défendons une stratégie basée sur le consentement éclairé de la personne avec qui il importe de créer des rapports de confiance et des rapports durables. Faire peur aux gens les projette dans l'anonymat et il est ensuite difficile de renouer contact avec eux.»

Même constat du côté de l'Aide Suisse contre le Sida, l'association faîtière des quelque cinquante organisations suisses de lutte contre l'épidémie. A son siège, à Zurich, on attend aussi de plus amples informations sur les intentions de l'armée. De savoir, en particulier, s'il s'agirait de tests obligatoires ou de recommandations.

«Ce genre de test, au moment du recrutement, n'aurait aucun sens, dit l'une des collaboratrices, Catherine Jobin. D'abord, le groupe des 18-19 ans ne présente pas de risque élevé. Ensuite, un premier test en appelle un second, par sécurité. Enfin, l'accompagnement psychologique des personnes qui subissent les tests doit se faire sur la durée.»

Le recrutement, ce ne serait donc ni l'endroit ni le moment adéquats pour faire des tests de dépistage. Certes, tout employeur - l'armée aussi - doit veiller à la santé de son personnel. Mais compte tenu des connaissances médicales actuelles, dit-on dans les milieux de lutte contre le sida, il n'a aucune raison de s'informer sur l'éventuelle séropositivité de ses employés présents ou futurs, et encore moins à lier un engagement à des tests.

Quoi qu'il en soit des décisions futures de l'armée, celles que l'on prend aujourd'hui dans le domaine de la prévention du sida doivent tenir compte d'un nouveau contexte. Depuis l'apparition des trithérapies, les principales questions des personnes séropositives ou malades portent sur la défense de leurs droits et les discriminations dont elles sont victimes.

Le sida peut-il servir de motif à un licenciement? Un employeur peut-il communiquer des informations sur la santé de ses employés? Les caisses de pension ont-elles le droit de refuser l'admission de personnes séropositives? Comment les personnes vivant avec le VIH/sida peuvent-elles se réinsérer professionnellement?

Pendant ce temps, à New York, au «sommet mondial» sur le sida, Kofi Annan dénonce l'ostracisme dont sont souvent victimes les malades de l'épidémie. Et Ruth Dreifuss, qui emmène la délégation suisse, parle de la nécessité de mieux coordonner les actions de prévention au niveau national.

Bernard Weissbrodt


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