L’avalanche n’est peut-être pas la cause de la tragédie
(Keystone-ATS) Coire – Ce n’est peut-être pas une avalanche qui est à l’origine de la chute fatale de six recrues à la Jungfrau en juillet 2007. Au troisième jour du procès devant un tribunal militaire à Coire, un sauveteur de la Rega a évoqué mercredi la possibilité d’un accident de cordée.
L’expert se trouvait dans le second hélicoptère qui est arrivé sur le lieu du drame. Sauveteur en montagne disposant de 20 ans d’expérience, le collaborateur de la Rega a découvert dans la pente inclinée à 45 degrés deux piolets et des traces de glissade. «C’est clairement le tableau d’un accident par entraînement», a-t-il déclaré à la cour en qualité de témoin.Chute cruciale
Une des recrues en train d’effectuer par cordée de trois l’ascension de la Jungfrau a pu chuter et entraîner ses compagnons de cordée avec elle. La chute a pu peser si fort sur la neige qu’elle a déclenché l’avalanche.
Ces déclarations pourraient constituer un tournant dans l’affaire. L’acte d’accusation part en effet du principe que c’est l’avalanche qui a entraîné la chute des recrues.
Les deux prévenus, le militaire de carrière Roger W. et le guide civil Pierre-Alain R., doivent répondre des accusations d’homicide par négligence et de violation des directives de service par négligence. Le reproche que leur fait l’accusation d’avoir mal évalué le danger d’avalanche devrait être revu si l’accident par entraînement est admis.Instructeurs compétents
Les recrues survivantes ont décrit leurs instructeurs comme compétents et très expérimentés. Le guide civil de 47 ans n’a jamais eu d’accident durant ses 18 ans de carrière. Le guide militaire, âgé de 34 ans, n’avait son diplôme que depuis un an au moment du drame, mais il a indiqué avoir effectué l’ascension de presque tous les sommets de 4000 mètres de hauteur des Alpes.
Entre-temps, il est le seul à exercer encore la profession de guide de montagne. Des problèmes d’arthrose ont forcé son co-accusé plus âgé à abandonner cette activité.
Le procès se poursuit. Mécontentes de n’avoir pas pu se constituer parties civiles, les familles des victimes estiment que les interrogatoires vont dans la bonne direction, même si les questions ne sont pas assez approfondies. Globalement, cela se passe correctement, a déclaré à l’ATS Eric Buchs, père de l’une des victimes qui avait qualifié le procès de «farce» avant son début.
Le jugement est attendu pour vendredi. Les accusés risquent jusqu’à trois ans de privation de liberté.