La Suisse ne veut pas reconnaître le génocide arménien

swissinfo.ch

Les députés ont refusé mardi à Lugano de reconnaître publiquement le génocide arménien de 1915. Par 73 voix contre 70, ils ont rejeté un postulat de Joseph Zisyadis (PdT/VD) invitant le Conseil fédéral à faire un geste en ce sens.

Ce contenu a été publié le 13 mars 2001 - 17:14

Défendant son postulat, Joseph Zisyadis a déclaré à ses collègues que la reconnaissance du génocide serait un «acte symbolique fort», susceptible de faire avancer la démocratisation de la Turquie.

Selon le député popiste, la liberté et les droits de l'homme ne peuvent en effet pas avancer tant que ce pays n'a pas fait un effort de mémoire par rapport aux pages sombres de son passé. Or, pour l'heure, bien que parfois abordée, la question arménienne reste largement taboue en Turquie.

Plusieurs parlementaires de gauche sont montés à la tribune pour souligner toute l'importance de la reconnaissance du génocide. Patrice Mugny (Vert/GE) a notamment rappelé que les événements de 1915 ont constitué le premier génocide du 20e siècle et qu'il a servi de modèle pour les suivants.

Le ministre suisse des Affaires étrangères, Joseph Deiss, a pour sa part souligné que le gouvernement suisse a toujours parlé, en les condamnant, des «événements tragiques» de 1915. Mais, selon lui, il faut plutôt aborder la question dans le cadre du dialogue politique turco-suisse.

Un dialogue qui se poursuit d'ailleurs. Ainsi, la Suisse, forte de son autocritique par rapport aux événements de la 2e Guerre mondiale, a proposé à Ankara de l'aider à se pencher sur son passé. Une offre qui est pour l'heure restée sans réponse.

En revanche, l'adoption du postulat aurait été une mauvaise solution aux yeux du ministre des Affaires étrangères. Bloquant les Turcs sur leurs positions, il aurait nui au «climat de confiance» établi entre les deux pays, ce qui aurait eu des conséquences néfastes dans plusieurs domaines.

Les parlementaires de gauche se sont élevés contre cette «Real Politik » du gouvernement. «De grâce Monsieur Deiss, évitez les acrobaties verbales et verbeuses, elles sont indignes de vous», a notamment déclaré Patrice Mugny. L'élu genevois a au passage souhaité que, pour une fois, la morale prime sur l'économie.

Jean-Claude Rennwald (PS/JU), co-signataire du postulat, s'est quant à lui insurgé contre certaines pratiques peu démocratiques. A la tribune, il a montré une page du quotidien turc Hürriyet où il figurait en première page en compagnie des autres signataires. Le journal déclarait notamment que Joseph Zisyadis risquait désormais sa vie en Turquie.

Le socialiste jurassien a encore fait part d'une lettre que lui a adressé «le petit ambassadeur» de Turquie, dans laquelle il l'invitait à cesser de soutenir le postulat. «Les démocrates ne se laissent pas impressionner. Nous disons ce que nous voulons, où nous le voulons et quand nous le voulons», s'est indigné Jean-Claude Rennwald.

Mais l'ardeur de la gauche n'a pas permis de convaincre l'ensemble du Conseil national. Très divisé sur la question, la Chambre du peuple a fini par se rallier, par trois petites voix d'avance, à la politique prudente du Conseil fédéral.

Une voie prudente, mais profitable aussi. Contrairement à la Suisse, l'Assemblée nationale française avait franchi le pas et reconnu le génocide arménien, provoquant le refroidissement des relations entre Paris et Ankara. Mais aussi la perte de quelques juteux contrats en Turquie pour des entreprises de l'Hexagone.

Olivier Pauchard, Lugano

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article