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«Ça m’a détruit le visage»: peu sanctionnées, les injections esthétiques illégales sont en plein essor

une injection de botox
Une patiente se fait injecter du botox dans une clinique. Ap2009

Les injections illégales d’acide hyaluronique sont fréquentes et peuvent avoir des conséquences dramatiques. En France, une femme est décédée en mars des suites d’une telle injection. Un lanceur d’alerte avait déjà signalé les activités en Suisse de l’autrice de la piqûre fatale, sans réaction des autorités.

L’acide hyaluronique est depuis longtemps déjà le produit phare pour le comblement des rides. Sur Instagram, les stars du rap comme Cardi B ou l’influenceuse américaine Kylie Jenner en vantent les mérites, et le nombre de leurs followers explose.

Pourtant, face à ces produits, les règles de sécurité ne sont pas toujours respectées et les réseaux regorgent de faux médecins aux pseudo-formations. Les injections sont faites dans des instituts de beauté, voire des lieux clandestins, à des prix très attractifs.

Or, la législation suisse est très claire: seuls les médecins peuvent injecter en profondeur de l’acide hyaluronique.

Face à ces dérives, Swissmedic organise depuis deux ans des opérations de contrôle dans toute la Suisse. Les pharmaciens cantonaux ont inspecté 82 établissements – des cliniques et des instituts de beauté. En 2024, 55% des établissements contrôlés n’étaient pas conformes: manque de médecins, produits illégaux ou mal stockés, parfois les trois. L’an dernier, le taux d’établissements contrôlés qui n’étaient pas en règle atteignait même 80%.

Le reportage de la RTS, dans son émission «À Bon entendeur»:

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Une patiente défigurée

Daniela, 48 ans, s’est laissé séduire par une injection à 1200 francs au lieu de 1600 francs. En juin 2022, elle souhaite combler ses sillons naso-géniens. Sur le conseil d’une amie, elle rencontre une femme dans un immeuble de Bâle. Elle pense recevoir de l’acide hyaluronique, mais elle se voit en réalité injecter du PMMA, un produit similaire, mais permanent, formellement déconseillé et non homologué par Swissmedic.

Malgré 400 francs d’économies, elle ressort de cette expérience avec de graves séquelles: Daniela est aujourd’hui défigurée et suit un traitement de chirurgie reconstructive dans une clinique à Bâle.

«Je ne savais pas ce qu’on m’appliquait sur le visage. Je pensais que c’était ce que j’avais demandé, mais la personne ne m’a pas demandé mon autorisation pour le faire et a fini par m’injecter ce produit qui a provoqué tout ça. Cela a causé une très grave infection et m’a tout simplement détruit le visage», témoigne-t-elle dans l’émission À Bon entendeur de la RTS.

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Des cas pas toujours dénoncés

«Malheureusement, ce cas n’est pas rare», commente Roberta Vasconcelos, dermatologue à Bâle dans la clinique qui s’occupe de Daniela. «On voit de plus en plus de complications liées à des traitements esthétiques, pas seulement avec le PMMA, mais aussi avec l’acide hyaluronique, la toxine botulique, les lasers… En Suisse, il y a de plus en plus de professionnels qui ne sont pas nécessairement des médecins qui font ces traitements.»

Pour lutter contre ces faux médecins ou infirmières, les services cantonaux ont besoin de signalement ou de dénonciation pour agir. Or, il n’est pas toujours facile de dénoncer.

«J’ai eu plusieurs fois des patientes qui m’ont dit avoir été injectées dans tel ou tel endroit. Et c’est vrai qu’on ne va pas forcément les mettre dans la situation un peu difficile de questionner où elles ont été injectées, si elles sont sûres que c’était un médecin… Ce n’est pas notre démarche d’aller accuser quelqu’un», explique Romain Léger, médecin esthétique à Lausanne.

Un signalement resté sans réponse

Certains tirent toutefois la sonnette d’alarme. En août 2025, un médecin suisse qui préfère garder l’anonymat a signalé un cas de pratique de médecine illégale à Genève. Il a contacté la police cantonale genevoise via l’adresse électronique trouvée dans un communiqué de presse du Ministère public publié en 2022 sous le titre «‘Fake injectors’: appel aux lésés».

«Je souhaite signaler un cas présumé d’exercice illégal de la médecine sur le territoire du canton de Genève. Il s’agit d’une personne se présentant comme infirmière, connue sous le nom de Madeleine E, infirmière française qui propose et réalise des injections d’acide hyaluronique à visée esthétique», écrit-il dans son courriel. Le médecin affirme n’avoir jamais reçu de réponse.

Sept mois plus tard, en mars 2026, une femme est morte en France dans un logement Airbnb de Villeurbanne, près de Lyon, à la suite d’une injection pour gonfler les fesses. La pseudo-infirmière s’appelait Madeleine E, la femme signalée par le lanceur d’alerte. Celle-ci est aujourd’hui en prison.

Contactée par la RTS sur son inaction, la police genevoise explique que l’adresse électronique en question n’était plus en service. Or, rien n’indiquait au moment du signalement que c’était le cas.

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