«Aucun village ne peut tourner sans bénévoles»: ces Suisses qui font vivre le pays
En Suisse, 66% de la population s'engage bénévolement. Des personnes, issues de toutes les catégories de la société, offrent 590 millions d'heures par an dans l'aide informelle au sein de leur communauté et s'engagent dans des associations diverses. Un pilier méconnu mais essentiel de la société.
Daniel Rüegg livre des cartons du cœur à Delémont. Ancien banquier et directeur d’hôpital, il consacre sa retraite aux personnes dans le besoin. «Le regard, le premier contact visuel, c’est quelque chose qui m’apporte énormément», confie-t-il dans l’émission Temps Présent.
La Suisse affiche l’un des taux de bénévolat les plus élevés d’Europe. Clubs sportifs, aide sociale, conseils communaux: peu de domaines y échappent.
>> Voir le sujet de Temps Présent:
Un pilier sous-estimé
«Aucune ville, aucun village ne peut tourner sans les bénévoles. On sous-estime très fortement l’importance de l’investissement citoyen», souligne de son côté Noémie Merçay, coordinatrice de Bénévolat Jura.
Les chiffres donnent le vertige. Si les bénévoles étaient rémunérés, leur travail coûterait 33,2 milliards de francs par an. Cela représente plus du tiers du budget annuel de la Confédération.
A Delémont, les Cartons du cœur fonctionnent au maximum de leurs capacités. Sur l’année, 4000 personnes bénéficient de cette aide d’urgence. «Les besoins ont fortement explosé depuis 5 à 10 ans», indique David Berthoud, président de la section.
Plus
En Suisse, deux personnes sur trois sont bénévoles, et c’est important pour la démocratie
De l’hôpital aux fermes
Aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), des bénévoles viennent chaque jour auprès des enfants hospitalisés. Une aide précieuse pour le personnel surchargé. «Quand j’ai arrêté de travailler, j’avais envie d’apporter du bien autour de moi», explique Florence Andrade, bénévole à Terre des Hommes Valais.
Dans les Franches-Montagnes, Daniel Jobin a frôlé la mort en octobre dernier. Deux balles de paille lui sont tombées dessus. Le couple a dû faire appel à des bénévoles. «Prendre un dépanneur agricole coûte 300 francs par jour. Je n’avais pas d’assurance perte de gain», explique l’agriculteur.
Lucia, 64 ans, est venue de Saint-Gall pour deux mois. «Elle fait partie de notre famille. Ces personnes nous sauvent», témoigne Evelyne Jobin, l’épouse de Daniel.
Des services essentiels
A Payerne, dans le canton de Vaud, un service de voiturage existe depuis 1983. En 2025, 25 chauffeurs bénévoles ont parcouru plus de 340’000 kilomètres.
Jean-Claude Péclard y consacre entre 60 et 80% de son temps. «Je considère que mon salaire AVS m’est payé par les gens qui bossent. Ça me semble logique de retourner de l’activité», affirme l’ancien travailleur social.
Par rapport aux taxis conventionnels, l’économie réalisée atteint 700’000 francs par an.
Un enjeu démocratique
«Les bénévoles ont un attachement à la société, un sentiment d’appartenance. Ils ont plus de confiance envers les institutions. Cette manière de penser est très importante pour la survie de la démocratie», estime Andreas Müller, responsable bénévolat à la Société suisse d’utilité publique.
Joseph Chassot, 95 ans, vit seul chez lui. Chaque vendredi, un bénévole le conduit auprès de son amie. «Grâce aux bénévoles, je peux la rencontrer chaque semaine. C’est merveilleux», se réjouit-il. Sans cette aide, il serait probablement en EMS.
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.