Des milliers de femmes en plus sur le marché du travail: est-ce crédible?
Si les couples mariés n’étaient plus imposés conjointement, davantage de femmes exerceraient une activité lucrative: c’est ce qu’affirment les partisans de l’imposition individuelle, soumise au vote le 8 mars. Mais que disent réellement les chiffres? Explications.
Quelle est la situation actuelle? Aujourd’hui, les couples mariés sont imposés comme une unité: leurs revenus sont additionnés. En raison de la progressivité de l’impôt, cela revient parfois plus cher pour les couples que si chacun était imposé séparément.
Résultat: les femmes sont souvent celles qui réduisent leur activité professionnelle, le revenu supplémentaire étant en grande partie absorbé par l’impôt. Lorsque des enfants sont présents, et qu’il faut organiser et financer leur prise en charge, le second revenu n’est alors souvent guère rentable.
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Que dit le camp du «oui» à la votation du 8 mars? Si cette pénalisation fiscale disparaît, les épouses et les mères seraient plus nombreuses à travailler ou, à tout le moins, à augmenter leur taux d’activité, estiment les partisans de l’imposition individuelle. Nul ne sait avec certitude si cela se produira réellement. Mais plusieurs études et estimations existent: elles évoquent entre 12’000 et 20’000 équivalents plein temps qui pourraient être pourvus en plus, au niveau national, à la suite du changement de système.
Que disent les études? L’analyse la plus récente (IWP, Brandt, 2025Lien externe) estime à 16’000 le nombre d’équivalents plein temps supplémentaires. Ce chiffre se compose de 15’000 personnes qui entreraient nouvellement sur le marché du travail, auxquelles s’ajoutent des hausses de taux d’activité chez des personnes travaillant jusqu’ici à temps partiel. Les autres analyses ont été réalisées sur mandat des partisans (Ecoplan, 2019Lien externe) et de la Confédération (DFF, 2022Lien externe). Toutes situent l’essentiel de l’augmentation du côté des femmes, celles-ci étant moins souvent actives professionnellement et travaillant à des taux plus faibles que les hommes.
Quelle est l’hypothèse clé? Si les impôts baissent, une personne pourrait, en théorie, obtenir le même revenu net en travaillant moins. La recherche économique part toutefois du principe que cet allègement fiscal incite, au contraire, beaucoup de personnes à augmenter leur activité professionnelle. Car avec des impôts moins élevés, il reste plus d’argent dans le porte-monnaie. Les personnes concernées seraient ainsi incitées à travailler plus afin d’augmenter leur revenu. L’ampleur de cet effet repose sur des estimations, ce qui explique les écarts entre les études. Il s’agit toutefois d’ordres de grandeur, qui restent comparables d’une analyse à l’autre.
Plus d’argent ou plus de temps? Celui ou celle qui peut travailler moins pour le même revenu peut aussi choisir davantage de temps plutôt que davantage d’argent – par exemple pour les loisirs ou pour s’occuper de proches, à condition que leur salaire soit suffisant. Toutes les études concluent toutefois que les baisses d’impôts tendent, en général, à inciter les gens à travailler davantage. Reste à savoir si cela restera vrai à l’avenir, car les évolutions de ces dernières années tendent plutôt à indiquer le contraire.
Le potentiel de main-d’œuvre est-il déjà largement exploité? La question est ouverte. En Suisse, le taux d’activité des femmes dépasse déjà 80%, ce qui est élevé. Les salaires sont également élevés en comparaison internationale, ce qui permet à beaucoup de privilégier le temps plutôt que l’argent. La tendance générale au travail à temps partiel l’illustre clairement.
Y a-t-il suffisamment de postes adaptés? Les femmes qui, selon les études, afflueraient sur le marché du travail doivent encore trouver des emplois correspondant à leurs profils. Cela dépend des qualifications, des entreprises et de la conjoncture économique générale.
Quelle pourrait être l’ampleur réelle de l’effet? Une imposition individuelle au niveau fédéral devrait effectivement amener davantage de femmes sur le marché du travail. Reste à savoir combien exactement. Entre 10’000 et 20’000 postes supplémentaires, sur un total d’environ 4,5 millions d’emplois. Ce serait notable, mais sans constituer une transformation fondamentale du marché du travail.
Texte traduit de l’allemand à l’aide d’un outil d’IA/dbu
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