Mobilisation à l'Université de Neuchâtel

Samedi à Neuchâtel, les étudiants ont rappelé que l'italien est une langue nationale! Keystone

Jeudi, l’Université de Neuchâtel a présenté un projet de suppression des chaires d’italien, de grec ancien et de microbiologie.

Ce contenu a été publié le 21 janvier 2005 - 10:26

Ce projet, entre autres, s’inscrit dans une tendance générale qui favorise les secteurs académiques «forts» au détriment des branches classiques, moins rentables.

«L'enseignement de la langue italienne est mis en péril à l'heure où plusieurs chaires universitaires risquent d'être supprimées», a déclaré Gabriele Gendotti, président du gouvernement tessinois et responsable de l'Education, lundi à l’ats.

C’est ce qu’ont scandé près d'un millier d'étudiants mardi à Neuchâtel contre le projet de restructuration. Il s'agissait de la 3e manifestation contre l'abandon des chaires d'italien, de grec ancien et microbiologie.

Parmi eux, les 43 étudiants en italien et tout ce que Neuchâtel compte d’associations italophones, sans oublier des représentants du Tessin.

Jeudi, le Conseil de l'Université a accepté le plan de réforme du rectorat, non sans émettre des réserves sur la suppression des chaires de grec et d'italien. Il a en outre invité les professeurs à présenter des contre-propositions.

Le plan sera transmis au gouvernement cantonal mardi. Lequel formulera en février un «contrat d'objectifs» pour l'université, qui devra encore recevoir l'agrément du Grand Conseil (parlement).

Atteinte au fédéralisme

Pour ces derniers, s’attaquer à la 3ème langue nationale, c’est s’attaquer au fédéralisme, à l'identité et au multilinguisme. «Il faut que les italophones boycottent l’Uni de Neuchâtel», lance même Giovanni, étudiant tessinois en droit.

Professeur d’italien à Neuchâtel et à Fribourg, Alessandro Marini plaide que «le nombre d’étudiants est stable depuis des années en Suisse et que le niveau est comparable à ce qui se fait en Italie, avec une recherche vivante et reconnue».

Une décision «opportuniste»

Comme toutes les universités, Neuchâtel adapte ses programmes aux filières de «Bologne». Un processus européen qui, en résumé, vise à renforcer des pôles d’excellence sur lesquels les institutions se spécialisent. Avec, en filigrane, une vive compétition pour bénéficier des crédits publics.

Le recteur de l’Université de Neuchâtel, Alfred Strohmeier, en poste depuis octobre dernier, justifie ce choix en parlant des «besoins de l’économie».

«On donne à ceux qui ont, aux plus rentables, et on rejette les autres par opportunisme», déplore Denis Knoepfler, professeur d'archéologie classique et d'histoire ancienne.

Ces décisions sont tombées à l’annonce de départs de professeurs. «Moi, je prends ma retraite dans 4 ans, peut-être saisira-t-on l’occasion de supprimer ma chaire aussi?» Denis Knoepfler ne cache pas ses craintes pour l’avenir de l’Institut des sciences de l’antiquité classique de Neuchâtel.

C’est un système qui est menacé



«C’est vrai qu’il y a peu d’étudiants en grec ancien, mais les chiffres sont stables par rapport aux autres universités. De plus, c’est tout un système qui risque d’être démantelé, car les différentes chaires sont complémentaires.»

Et de rappeler que l’étude du grec permet d’étudier les monuments archéologiques, mais aussi l’origine de toutes les littératures occidentales, sans parler de la philosophie.

«Et, pour ce qui est de la recherche, notre institut n’a pas à rougir», poursuit le professeur, vivant exemple de cette réussite. Depuis décembre 2003, il est en effet le premier Suisse de l’histoire à enseigner au Collège de France.

Globalement, Denis Knoepfler déplore que les Lettres, les branches classiques soient sacrifiées au profit des sciences humaines, comme la sociologie, la géographie ou la psychologie.

En outre, estime le professeur, la suppression du grec ancien à l’université «crée un obstacle supplémentaire à une branche déjà aride en elle-même, d’autant que l’accès est difficile dès le niveau secondaire, puisqu’un seul collège du canton propose le grec ancien».

Fribourg aussi?

«Nous ne voulons pas subir le fait accompli comme nos camarades neuchâtelois, nous organisons une pétition pour sauver le projet de chaire de philologie italienne.» A Fribourg Barbara, étudiante (tessinoise) en Lettres, ajoute: «Il était question de créer ce poste, mais le rectorat a renvoyé sa décision et pourrait même renoncer.»

«Ici, c’est une décision purement financière qui ne remet pas en cause l’enseignement de l’italien», tempère Julio Penate, président du département de langues et littératures romanes. Qui précise que la décision devrait être prise la semaine prochaine.

Mais les pétitionnaires persistent: «Nous ne pouvons pas accepter que les intérêts financiers nous empêchent de nous former d’une façon complète dans notre pays.»

Alessandro Martini, lui, rappelle que «nos étudiants sont les futurs professeurs d’italien des écoles suisses».

Sauver la «dignité académique»

Le professeur regrette que, de plus en plus, les universités soient considérées comme de quelconques entreprises, avec des recteurs comparables à des entrepreneurs.

«Le plus étrange, actuellement, est que la politique académique est faite par des politiciens et que les finances sont régies par ceux qui devraient au contraire définir la politique universitaire.»

Mais, pour Alessandro Martini, tout n’est pas perdu il sera peut-être encore possible de trouver des fonds «pour préserver la dignité académique de cette branche».

swissinfo, Isabelle Eichenberger

En bref

- Le rectorat de l’Université de Neuchâtel prévoit la suppression des chaires d’italien, de grec ancien et de microbiologie pour l’automne.

- L’Université de Fribourg pourrait renoncer à engager un professeur de philologie italienne.

- L’Ecole polytechnique fédérale de Zurich supprime l’enseignement des 3 langues nationales.

- L’Université de Bâle a réduit les moyens de la section italienne (un poste réduit de 50%).

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