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Accusée de propager le coronavirus en France, Genève se défend

Genève est le canton de Suisse qui a pris les mesures les plus strictes cet automne pour lutter contre la pandémie: fermeture des bars, restaurants, commerces non essentiels et établissements de loisirs. Keystone / Martial Trezzini

Confinement strict en France, mesures plus libérales en Suisse: ce grand écart favorise-t-il la circulation transfrontalière du virus? Polémique, à l’heure où la Suisse n’est plus, et de loin, le bon élève de l’Europe.

Ce contenu a été publié le 16 novembre 2020 - 13:56
Mathieu van Berchem, Paris

En juin, la Suisse achevait la première vague épidémique sur un bilan plutôt satisfaisant en termes de réponse politique et économique. Le Deep Knowledge Group, un groupe de réflexion et d’analyse des données basé à Hong Kong, la plaçait même en tête de son classement des meilleurs élèves dans le monde. En août, la Suisse était rétrogradée à la 4e place, laissant la pole position à l’Allemagne.

Et aujourd’hui? «Nous sommes en train de transformer nos analyses en tableaux de bord», précise Luke Zanev, gestionnaire de projet du Deep Knowledge Group. Raison pour laquelle l’organisme n’a pas réactualisé son classement Covid-19, fondé sur plus de 140 paramètres. Luke Zanev ajoute que cette liste est basée sur des projections à moyen et long terme et non sur des statistiques au jour le jour. Un «palmarès» qui, tenant peu compte du contexte épidémique, ne faisait toutefois pas l’unanimité.

Serein, le gestionnaire de projet se dit «certain que les autorités helvétiques prendront des mesures de première classe et que le pays restera dans le top 20». Pas si sûr. Les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) affichent une réalité plus crue. Genève caracole en tête de sa liste des régions les plus touchées par le virus en Europe, suivie de quatre cantons romands. Du coup, les regards des pays voisins se tournent vers cette Suisse où la contamination galopante n’entraîne pas des mesures de confinement strictes et uniformes.

Savoie et Haute-Savoie très touchées

En France, le Premier ministre Jean Castex a écarté jeudi dernier le moindre allégement du confinement, qui durera au moins jusqu’au 1er décembre. Or, les taux de contaminations sont moins élevés en France qu’en Suisse. Le taux d’incidence sur les deux dernières semaines (nombre de nouveaux cas rapporté à la population) est de 906 cas pour 100’000 habitants dans l’Hexagone, alors qu’il atteint 1108 dans la Confédération. Le taux de positivité des tests est de 19,5% en France, contre 26% en Suisse.

En Savoie, le taux d’incidence bat tous les records français (plus de 700 cas positifs pour 100’000 habitants sur 7 jours) et la Haute-Savoie suit de près. Un hasard? «La circulation entre Genève et la France voisine a sans doute un effet direct sur l’accentuation de l’épidémie en Haute-Savoie», affirme Pierre-Jean Ternamian, président de l’Union régionale des professionnels de santé d’Auvergne-Rhône-Alpes, dans le quotidien Le Temps. «Les trajets des frontaliers font partie des facteurs qui ont favorisé la propagation du virus», ajoute le médecin, lequel déplore les «demi-mesures» et le «retard» pris par la Suisse dans la lutte contre la pandémie.

Coopération transfrontalière

«Ce n’est pas le moment de chercher les responsabilités chez les uns ou les autres, répond le conseiller d’État genevois Mauro Poggia. Le maintien du passage des frontières se fait dans l’intérêt des deux pays». Le ministre de la santé n’oublie pas à quel point la fermeture des frontières lors de la première vague, avec certes des exceptions pour les frontaliers, avait plombé l’économie des deux côtés.

À Genève, le taux d’incidence ces 7 derniers jours est d’environ 1300 pour 100’000 habitants, quoique depuis une semaine, le nombre de nouvelles infections soit en baisse. «Genève impose les mesures les plus strictes de Suisse», rappelle Mauro Poggia: fermeture des bars et restaurants ainsi que des commerces non essentiels. Une politique pas si différente de celle mise en place en France.

Difficile d’être plus strict, note le conseiller d’État, à l’heure où les cantons voisins se passent de tout confinement et où les Genevois vont jusqu’à faire leurs courses dans les commerces vaudois. «La coopération transfrontalière est bonne», ajoute Mauro Poggia, qui prend contact tous les quinze jours avec les préfets français de la région. Rappelons qu’à Genève travaillent environ 100’000 frontaliers et que la moitié des 12’000 employés des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) sont de nationalité française.

Fallait-il agir plus vite?

«La Haute-Savoie a une dynamique de métropole économique», insiste la députée Marion Lenne, du parti La République en Marche du président Emmanuel Macron. Hautes montagnes certes, mais forte intégration au tissu économique et démographique d’une région prospère. Les autorités françaises ont sans doute «nié cette évidence» en n’appliquant pas au département les mesures de couvre-feu prises en octobre, estime la députée, qui ne souhaite pas entrer dans la polémique des responsabilités transfrontalières.

Marion Lenne regrette que les élus français ne participent pas — la faute à la centralisation française — à la coordination transfrontalière. «Il faut élargir cela, pour créer des dispositifs à la carte en temps de crise». Mais surtout ne pas fermer les frontières, estime l’élue du Chablais savoyard, qui pense à ses cousins chablaisiens vaudois et valaisans.

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