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Christoph Blocher, un Européen surprenant

Christoph Blocher a toujours su empêcher les conflits entre les différentes tendances de son parti Keystone

Le ministre Christoph Blocher s'est rallié aux partisans du 'oui' à l'extension de la libre circulation des personnes aux 10 nouveaux pays de l'UE.

En changeant d’opinion alors qu’il est le leader incontesté des anti-européens suisses, le tribun zurichois fait preuve d’un pragmatisme digne du capitaine d’industrie qu’il a été.

Chef du Département fédéral de justice et police, Christoph. Blocher a le don de faire parler de lui en toute occasion. Même lorsqu’il se contente de défendre la position officielle du gouvernement, comme c’est le cas cette fois.

Cette figure de proue de l’Union démocratique du centre (UDC – droite dure)sait aussi le moment venu marquer sa différence. C’est ainsi que lors des deux votations fédérales sur la naturalisation facilitée des jeunes étrangers et sur l’adhésion de la Suisse aux accords de Schengen, Christoph. Blocher avait discrètement laissé comprendre qu’il ne partageait pas vraiment les choix du Conseil fédéral (gouvernement).

En décalage face à son parti

Nombre de Suisses s’attendaient donc à ce que sa position soit, cette fois, plutôt ambiguë face à l’extension de la libre circulation des personnes aux nouveaux membres de l’UE.

Et cela d’autant plus que son parti, qui s’appuie sur un vaste bassin électoral anti-européen et national-conservateur, s’est prononcé en faveur du non à l’extension de la libre circulation.

Christoph Blocher assume sa position de partisan. Au risque de faire face à une scission interne au sein de l’UDC, notamment au sein du groupe parlementaire dont 22 députés se sont dits favorables à la libre circulation (contre 36 oppositions et cinq abstentions).

Dans la presse

Depuis le début du débat sur l’extension de la libre circulation des travailleurs, Christoph Blocher a affirmé qu’il «fallait essayer.» Ces dernières semaines, il s’est engagé davantage encore dans la campagne électorale. Il a ainsi longuement développé les raisons pour lesquelles il fallait voter oui, lors d’un débat télévisé et sur les colonnes du Blick.

Du coup, Ueli Maurer a dû réagir. Dans une interview parue dans l’Aargauer Zeitung, le président de l’UDC a reconnu que les propos du ministre de la justice en faveur de l’ouverture vers les pays de l’est le «dérangeaient»

Peut-on dès lors parler de surprise? Le politologue Oscar Mazzoleni, responsable de l’Observatoire de la vie politique de Bellinzone (TI), ne pense pas que l’on puisse évoquer un changement dans la ligne politique du ténor de l’UDC.

Il rappelle qu’en 2000 déjà, Christoph Blocher avait fait montre d’un certain pragmatisme lorsqu’il avait évité que son parti ne s’aligne trop ouvertement contre les accords bilatéraux avec l’Union européenne.

Un pragmatisme d’entrepreneur

«Christoph Blocher n’est pas seulement un politicien UDC, il est aussi un ex-chef d’entreprise. Sa prise de position reflète le pragmatisme qui a cours sur les marchés internationaux », indique Oscar Mazzoleni.

«Du reste, Christoph Blocher ne s’est jamais dit contraire à la globalisation et, en ce qui concerne les questions centrales, il est d’accord avec les positions des milieux économiques suisses. »

Tout au plus, son nouveau rôle de membre du Conseil fédéral a des répercussions sur la capacité de l’UDC de maintenir l’équilibre entre les différents courants qui traversent le parti, estime le politologue tessinois.

Il peut ainsi affronter les divergences qui se manifestent entre l’aile néo-libérale et l’aile nationale-conservatrice, à cheval entre les intérêts de l’industrie d’exportation et ceux des milieux ruraux.

Des risques de luttes intestines

«En tant que leader charismatique, Christoph Blocher a toujours su empêcher les conflits entre les différentes tendances de son parti», fait observer Oscar Mazzoleni. Maintenant qu’il siège au gouvernement, sa fonction n’est plus la même. En ce qui concerne la libre circulation des personnes, l’UDC est confrontée à une forte minorité interne favorable au oui, représentée en particulier par le député (conseiller national) et entrepreneur Peter Spuhler.

L’UDC risque-t-elle donc de succomber à des luttes intestines? Le politologue de Bellinzone reste prudent. «Certes, il ne faut pas surestimer les actuelles divergences. Mais, le parti a l’habitude du dialogue au sein de ses instances», précise-t-il.

Il est vrai que la question européenne a été, jusqu’ici, le pivot de la cohésion et des succès populaires de l’UDC. Pour Oscar Mazzoleni, il existe encore suffisamment d’autres thèmes sur lesquels, le parti pourra à l’avenir affiché son unité. «Il suffit de penser à la politique d’asile, aux étrangers et à la criminalité», conclut le politologue.

swissinfo, Andrea Tognina
(Adaptation de l’italien, Gemma d’Urso)

– L’Union démocratique du centre (UDC – droite dure) est divisée face à la votation du 25 septembre prochain.

– Alors que l’assemblée des délégués du parti invite à voter non à l’extension de la libre circulation des personnes aux nouveaux membres de l’UE, un groupe de parlementaires UDC y est favorable.

– La base de l’UDC semble toutefois bien décidée à repousser l’objet en votation. Selon le dernier sondage réalisé pour SSR SRG idée suisse mené par l’Institut gfs.bern, le 11% seulement des électeurs de l’UDC déposeront un oui dans l’urne.

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