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Démocratie suisse

Attaque contre les rentes versées à l’étranger: l’UDC est-elle en train de s’aliéner les Suisses de l’étranger?

Pensions étrangères
Un retraité en Thaïlande : l'UDC souhaite adapter les pensions suisses versées à l'étranger, dans les pays où le coût de la vie est faible, au pouvoir d'achat local. Keystone

Elle veut réduire les rentes versées à l’étranger, voire les supprimer à long terme, et empêcher le versement de la 13e rente AVS hors de Suisse. À un an des élections, l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) provoque la colère d’un segment important de l’électorat. La direction du parti fait désormais marche arrière… du moins en partie.

Ce ne sont encore que des pistes d’économies, des contributions au débat ou des propositions pour financer les rentes de vieillesse émanant de l’UDC. Mais lorsqu’il est question de leurs rentes AVS, les Suisses vivant à l’étranger réagissent rapidement et avec vigueur.

Fin août, Swissinfo avait consacré un article à une intervention parlementaireLien externe visant à empêcher le versement à l’étranger de la 13e rente AVS, dont le principe a été accepté en votation et qui deviendra réalité à la fin de l’année. La communauté des Suisses de l’étranger avait alors réagi avec indignation.

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Adapter les rentes versées à l’étranger au pouvoir d’achat

En Thaïlande, au Brésil et au Portugal, la colère n’était pas encore retombée qu’en septembre, l’UDC provoquait déjà un nouveau coup de tonnerre. Le parti propose d’adapter les rentes versées à l’étranger au niveau du pouvoir d’achat du pays de résidence, ce qui se traduirait, dans certains cas, par des réductions substantielles.

La proposition figurait dans la prise de position du partiLien externe dans le cadre de la consultation sur la réforme de l’AVS 2030. Là encore, les réactions ont été vives. De la rubrique commentaires du Blick aux groupes Facebook et WhatsApp des Suisses de l’étranger, en passant par les débats organisés sur nos plateformes, les mêmes sentiments dominaient: déception, colère et incompréhension.

Marcel Dettling, président du parti UDC :
Marcel Dettling, président du parti: «De nombreux Suisses de l’étranger apprécient notre politique.» Keystone / Peter Schneider

Pour la première fois, la direction de l’UDC prend position auprès de Swissinfo sur ces projets d’économies touchant les rentes versées à l’étranger. «La réforme de l’AVS doit examiner l’ensemble des options. Nous avons formulé de nombreuses propositions, et elles n’ont pas toutes la même priorité», souligne le président du parti Marcel Dettling.

Interrogé sur le risque, à un an des élections, de susciter le mécontentement des Suisses de l’étranger, ce dernier répond: «Nous faisons de la politique pour la Suisse. Il y a aussi beaucoup de Suisses de l’étranger qui apprécient notre politique.»

Le responsable de campagne de l’UDC, Manuel Strupler, a bien pris la mesure de l’émoi suscité parmi les Suisses de l’étranger. Aujourd’hui, il relativise l’idée d’adapter les rentes versées à l’étranger au pouvoir d’achat des pays concernés: «C’était l’une de nos propositions parmi tout un éventail de possibilités. Mais ce n’est pas celle que nous souhaitons développer en priorité.» Et de souligner: «L’objectif de notre parti n’est pas de priver de ce qu’elle a gagné une personne qui a travaillé toute sa vie en Suisse et contribué à sa prospérité.»

«Ne pas désavantager les Suisses de l’étranger»

C’est également ce que souligne Inge Schütz, présidente de l’UDC InternationalLien externe, l’organisation chargée des membres du parti résidant à l’étranger. «De notre point de vue, la mise en œuvre pourrait encore être aménagée de manière à ne pas pénaliser les Suisses de l’étranger qui ont versé des cotisations durant de nombreuses années», précise-t-elle.

Aussi virulentes que soient parfois les réactions sur les réseaux sociaux, la colère ne semble pas être remontée jusqu’à l’UDC internationale. «Nous n’avons reçu aucun retour à ce sujet et personne, à notre connaissance, n’a résilié son adhésion pour cette raison», affirme Inge Schütz.

La responsable de l’UDC pour les Suisses de l’étranger ajoute: «Ce qui importe avant tout pour le parti, c’est d’éviter que des personnes immigrent en Suisse à court terme, ne cotisent que pendant un nombre minimal d’années à l’AVS, puis repartent à l’étranger pour y percevoir une rente.»

Manuel Strupler
«Les retraités vivant à l’étranger ne paient pas d’impôts», déclare Manuel Strupler, directeur de campagne de l’UDC. Keystone / Gian Ehrenzeller

La présidente de la section internationale souligne au passage que l’AVS n’est pas financée uniquement par les cotisations salariales, mais aussi, à hauteur d’environ 20%, par l’impôt. Dans cette perspective, la population résidant en Suisse contribue davantage au financement de l’AVS que la diaspora, selon elle.

«On peut discuter de la pertinence du versement d’une rente AVS complète à une personne qui ne consomme plus en Suisse, qui ne contribue donc plus au système par le biais de la TVA et qui, de surcroît, n’y paie plus d’impôts», argumente encore Inge Schütz.

Une 13e rente uniquement destinée à la Suisse?

Une idée similaire est défendue par le conseiller national UDC Didier Calame, qui souhaite que la 13e rente AVS ne soit pas versée à l’étranger. Selon lui, l’objectif de cette 13e rente est de compenser la hausse du coût de la vie en Suisse. L’AVS aurait ainsi été conçue avant tout pour répondre aux besoins à l’intérieur du pays.

Sa proposition de réaliser des économies en excluant les bénéficiaires résidant à l’étranger du versement de la 13e rente AVS n’a cependant pas été reprise par son parti lorsque celui-ci a présenté ses pistes de réforme de l’AVS.

Pour ce qui est des rentes versées à l’étranger, l’UDC continue toutefois de réclamer la suppression des rentes pour enfant versées aux bénéficiaires de rentes de vieillesse. «Ce système crée des incitations aux abus, notamment lorsqu’il est utilisé à l’étranger», écrit-elle à ce sujet.

La suppression des rentes pour enfant de l’AVS est débattue au Parlement depuis un certain temps déjà, et l’UDC est loin d’être la seule formation à soutenir cette mesure. Le Conseil national s’est prononcé en faveur de leur suppression. Une décision du Conseil des États est encore pendante.

Cependant, la prise de position de l’UDC dans le cadre de la procédure de consultation contient encore deux autres propositions qui sont jusqu’ici largement passées sous les radars. D’une part, le parti s’en prend aux accords de sécurité sociale conclus par la Suisse avec d’autres pays. D’autre part, il souhaite durcir les conditions d’octroi des prestations complémentaires.

Concernant les accords de sécurité sociale, l’UDC demande que la Suisse n’en conclue plus «qui permettent l’exportation de rentes suisses à l’étranger sans correction tenant compte du pouvoir d’achat».

Vers une suppression pure et simple des rentes à l’étranger?

Mais le parti ne s’arrête pas là. Il souhaite également que le Conseil fédéral renégocie les accords de sécurité sociale existants afin que, à terme, «le versement à vie de rentes à l’étranger soit supprimé».

Pour rendre une telle réforme possible, l’UDC propose que les personnes concernées récupèrent les cotisations versées, «à l’instar d’un cas de libre passage en Suisse».

Les bénéficiaires d’une rente qui choisiraient de s’établir à l’étranger recevraient ainsi, en un versement unique, l’intégralité de leur avoir. Le parti reste toutefois vague sur les modalités concrètes d’application de cette mesure et ne chiffre pas non plus les économies qu’elle permettrait de réaliser.

Tour de vis sur les prestations complémentaires

L’UDC s’intéresse aussi aux prestations complémentaires. En théorie, les personnes établies à l’étranger n’y ont pas droit. En pratique, toutefois, il est possible de passer jusqu’à trois mois par an à l’étranger tout en continuant à toucher ces prestations, destinées à compléter les rentes les plus modestes afin de garantir à tous les retraités en Suisse un revenu correspondant au minimum vital.

L’UDC souhaite désormais limiter les séjours à l’étranger des bénéficiaires de prestations complémentaires. Le parti propose de ramener à 30 jours par an la durée autorisée des séjours hors de Suisse.

Cette mesure viserait en premier lieu non pas les Suisses, mais plutôt les ressortissants étrangers établis en Suisse qui effectuent régulièrement des allers-retours avec leur pays d’origine. Les Suisses de l’étranger n’en constitueraient pas moins des victimes collatérales de cette mesure d’économie.

Texte relu et vérifié par Samuel Jaberg, traduit de l’allemand / op

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