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Des millions d’économies âprement combattus: les temps forts de la session d’hiver

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Bataille budgétaire: les conseillères nationales socialistes Tamara Funiciello et Sarah Wyss discutent avec leur collègue libéral-radical Alex Farinelli. Keystone / Anthony Anex

À l’heure où la Suisse veut faire passer un vaste paquet d’économies, elle constate qu’économiser de l’argent pourrait aussi affecter sa diversité. Dans ce contexte, chaque million de francs a des porte-paroles pour le défendre. Notre analyse de la session parlementaire d’hiver.

Présenté comme le paquet d’économies le plus ambitieux depuis des décennies, le programme d’allègement budgétaire 2027 a suscité des critiques dès ses débuts. L’ensemble du pays s’en est fait l’écho et a produit quelque 15’000 pages d’oppositions lors de la procédure de consultation. Le Conseil fédéral a alors revu sa copie. Les propositions d’économies sont ensuite arrivées au Parlement, déjà allégées.

À l’origine, un groupe de spécialistes avait proposé des mesures d’économies annuelles à hauteur de 3,9 milliards de francs. Sur la liste soumise aux Chambres, il en restait encore 2,4 milliards, répartis entre 57 mesures. Chacune d’elle génère, par définition, du mécontentement.

Le Conseil des États vient de poser un premier jalon politique. Il a lui aussi procédé à des coupes substantielles. Alors que le Conseil fédéral entend économiser 8,5 milliards de francs sur trois ans à partir de 2027, le Conseil des États n’en retient qu’un peu plus de 5,5 milliards. Le programme d’économies qu’il transmet au Conseil national est ainsi réduit de plus d’un tiers.

Un clivage de fond entre la gauche et la droite apparaît nettement dans le processus. Le camp bourgeois met en garde contre le déficit structurel qui se profile en Suisse. En raison du frein à l’endettement, la Confédération ne peut pas dépenser plus qu’elle ne gagne, alors même que les besoins augmentent, notamment pour les rentes vieillesse et la défense nationale.

La gauche parlementaire, à l’opposé, voit des marges de manœuvre dans l’endettement et des sources de recettes supplémentaires. Elle critique une politique d’assainissement qui ne s’attaque qu’aux dépenses et qui considère les mesures d’économies comme le seul levier à disposition.

L’une des 57 propositions d’économies concerne l’offre internationale de la SSR, et donc Swissinfo. Lire notre article à ce sujet:

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Au Conseil des États, la ministre des Finances Karin Keller-Sutter joue en défense. «Au final, c’est la Confédération qui paiera l’addition, c’est aussi simple que cela», avertit-elle sans frustration, mais légèrement désabusée.

Lors de la présentation de son paquet d’économies, elle était au sommet de son influence politique et s’apprêtait à entamer son année à la présidence de la Confédération, laquelle touche à sa fin. Elle était alors perçue comme la cheffe d’orchestre du Conseil fédéral, et suscitait crainte et respect.

L’aura de son paquet d’économies était à l’avenant. On disait qu’il serait adopté tel quel par les Chambres, il paraissait intouchable comme elle-même semblait l’être. Le principe était clair: faire mal à tout le monde de manière égale – de la symétrie dans le sacrifice.

Mais Karin Keller-Sutter a été affaiblie par son année présidentielle. Elle a joué de malchance dans le conflit douanier avec les États-Unis et, aujourd’hui, le monde politique démonte son œuvre avec d’autant plus d’ardeur.

Au Parlement, «on apprend à connaître la moindre ligne des finances fédérales», constate la ministre des Finances. Même les plus petits montants y passent, et chaque franc semble implorer: «Ne m’économise pas moi, attaque-toi plutôt à un autre.»

Au final, le peuple aura probablement aussi son mot à dire. Les Vert-e-s ont annoncé un référendum. Mais dans l’immédiat, le paquet est transmis au Conseil national.

Coup d'œil sur le Conseil des États, la chambre des cantons.
Vue du Conseil des États, la chambre des cantons. Keystone / Anthony Anex

Immigration et UE au menu d’une même votation

À l’issue de cette session d’hiver, l’initiative de l’UDC «Non à une Suisse à 10 millions» est prête pour les urnes. Elle veut obliger le Conseil fédéral à limiter l’immigration avant que la population du pays ne dépasse le seuil des 10 millions d’habitants et habitantes.

L’ultime moyen prévu est la dénonciation de la libre circulation des personnes avec l’Union européenne. En cas d’acceptation populaire, les relations entre la Suisse et Bruxelles s’en trouveraient profondément modifiées, pour ne pas dire bouleversées. La fin de la libre circulation rendrait en effet les autres accords bilatéraux caducs.

Des mises en garde ont été formulées au Conseil des États: une limitation de l’immigration pourrait rencontrer un écho favorable dans la population, sur fond de «stress lié à la densité» et de pénurie de logements. Des idées de mesures d’accompagnement ont été évoquées, comme l’instauration d’une priorité nationale dans la recherche de logements ou d’une taxe d’immigration pour les entreprises. Mais toutes les tentatives de proposer un contre-projet plus modéré ont échoué.

La votation de 2026 est donc actée. Elle aura probablement lieu en juin et combinera deux thèmes explosifs de la politique suisse: l’immigration et l’Union européenne. L’enjeu est majeur. Le Conseil fédéral, comme le Parlement, rejette l’initiative et devra mener la bataille.

Soulèvement pour un million de francs en faveur de l’égalité

Le budget de l’année prochaine, qui doit comme toujours être adopté durant la session d’hiver, s’inscrit cette fois dans une situation relativement détendue. Les finances fédérales sont encore saines. Le président de la Commission des finances du Conseil des États a parlé d’«une brève éclaircie avant une zone de turbulences».

La plus vive controverse s’est pourtant cristallisée autour d’un seul million de francs. Il concernait les mesures en faveur de l’égalité entre femmes et hommes. Il ne s’agissait pas d’une coupe, mais d’une augmentation jugée insuffisante: le budget du Bureau fédéral de l’égalité devait être relevé de 1,5 million de francs, au lieu des 2,5 millions initialement prévus.

Une démonstration inédite de la capacité de mobilisation de la gauche a suivi. Plus de 400’000 signatures ont été réunies en une nuit contre cette «coupe», à la suite d’une publication émotionnelle des conseillères nationales socialistes Anna Rosenwasser et Tamara Funiciello sur Instagram.

Le mouvement a rassemblé plusieurs centaines de citoyennes et citoyens indignés devant le Palais fédéral, et s’est accompagné de centaines de courriels envoyés à chaque membre des Chambres fédérales.

«Nous sommes ici, nous sommes bruyantes, parce que vous nous ôtez la vie», ont scandé les femmes devant le Palais fédéral. Le lendemain, des parlementaires bourgeois ont parlé de «cyberattaque» en référence aux courriels non sollicités qu’ils avaient reçus.

La campagne a failli devenir contre-productive. «Le Parlement ne doit pas se laisser prendre en otage par de telles campagnes, a confié une parlementaire. Rien que pour cette raison, on devrait supprimer ce million, même si je soutiens la cause.»

Le million a finalement été accordé. Le Parlement a jugé qu’il y avait urgence à agir: 21’000 femmes ont été victimes de violences domestiques en 2024 et le nombre de féminicides est en hausse. La gauche a remporté une victoire.

Victoires, défaites et respect

Les deux Chambres ont en revanche rejeté une subvention prévue pour un train de nuit à destination de Malmö. Victoire pour les partis bourgeois.

Recherche d'un rendez-vous : le coprésident du PS Cédric Wermuth avec le ministre de l'économie UDC Guy Parmelin.
Le coprésident du PS Cédric Wermuth avec le ministre de l’Économie UDC Guy Parmelin. Keystone / Peter Schneider

Des crédits destinés au personnel fédéral ont également été supprimés. Une nouvelle défaite pour Karin Keller-Sutter, qui s’y était opposée.

Mais la politique suisse ne se résume pas à des victoires et des défaites. C’est un affrontement d’idées, le plus souvent loyal.

Le ministre de l’Économie Guy Parmelin, que le Parlement a élu – de manière éclatante – président de la Confédération pour 2026, l’a rappelé ainsi: «Notre société n’a pas besoin de jugements de valeur permanents sur les positions des autres, mais de respect envers celles et ceux qui pensent autrement.»

Le Parlement assouplit les réglementations sur les exportations d’armes vers des pays alliés. L’industrie suisse de l’armement devrait en bénéficier.

Plusieurs partis exigent du Conseil fédéral davantage de transparence concernant l’accord conclu avec les États-Unis sur les droits de douane. L’éventuelle importation de poulets chlorés et de Cybertrucks inquiète particulièrement la gauche écologiste.

Les adoptions internationales ne doivent pas être interdites comme le proposait le Conseil fédéral, mais faire l’objet de nouvelles règles.

Les stations de radio pourront continuer à émettre en Suisse sur la bande FM. La fin de la FM était initialement prévue pour fin 2026. À la suite de cette décision, la SSR a annoncé son retour à la FM, après en avoir déjà acté l’abandon.

La Confédération soutient la Genève internationale à hauteur de 130 millions de francs. En tant que deuxième Chambre, le Conseil des États a également donné son aval. Ces fonds doivent renforcer Genève dans sa position de centre du multilatéralisme.

Relu et vérifié par Samuel Jaberg, traduit de l’allemand par Pauline Turuban à l’aide d’un outil de traduction automatique

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