«Dessiner un nouveau pacte de solidarité»
L’économie et les assurances sociales seront les deux champs de bataille de Fulvio Pelli, nouveau président du Parti radical suisse.
Le Tessinois réussira-t-il à freiner l’hémorragie du grand parti bourgeois? L’interview de swissinfo.
Le nouveau président, Fulvio Pelli, est convaincu qu’une entente avec le centre sera essentielle sur les grands thèmes économiques.
Il compte ainsi ouvrir le dialogue avec le Parti démocrate chrétien (PDC) – qui semble avoir trouvé un nouvel élan grâce à sa nouvelle présidente Doris Leuthard – ainsi qu’avec les représentants les moins intransigeants de l’Union démocratique du centre (UDC, droite dure).
Fulvio Pelli n’exclut pas non plus une collaboration avec la gauche sur les dossiers liés au domaine social.
swissinfo: Personne n’avait prévu un résultat aussi net pour cette élection. Qu’est-ce qui a fait pencher la balance en votre faveur?
Fulvio Pelli: La conviction que je représente une opportunité de changement pour mon parti, que je suis celui qui peut apporter quelque chose de nouveau et de différent par rapport à tout ce qui a été fait ces dernières années.
swissinfo: Précisément, le PRD a perdu beaucoup d’électeurs ces dernières années. Quelles ont été les erreurs de vos prédécesseurs?
F.P.: Les critiques se sont progressivement multipliées à l’égard des grands partis, que ce soit contre le PDC ou contre le PRD, parce que les choses ne vont plus aussi bien qu’autrefois en Suisse.
Et puis, nous nous sommes trop reposés sur nos lauriers. Ces dernières décennies, nous avons aussi négligé certaines de nos valeurs fondamentales: la capacité d’initiative, la responsabilité individuelle, une économie efficace à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières.
swissinfo: Vous vous dites prêt à coopérer avec les autres partis politiques. Sur quels thèmes et à quelles conditions comptez-vous collaborer dans l’actuel contexte de polarisation entre gauche et droite?
F.P.: Les problèmes les plus urgents à résoudre pour la Suisse sont liés à la stagnation de la croissance économique. Celle-ci a été ralentie par ceux qui veulent maintenir les acquis à tout prix.
Pour en sortir, nous devons chercher une collaboration avec les deux autres partis bourgeois. La gauche, elle, a des positions beaucoup trop différentes des nôtres sur ces dossiers pour envisager une entente.
Sur les autres thèmes de société, en revanche, c’est l’UDC qui pose problème. Elle a démontré une fermeture qui rendra la discussion impossible. Mais il y a là d’autres partis ouverts au dialogue.
swissinfo: Durant la campagne pour la présidence du parti radical, vous avez souligné le fait que le PRD avait réussi à contrer la Lega au Tessin. Quelle est la clé pour endiguer le populisme?
F.P.: Le populisme s’est développé parce que nous n’avons pas été capables de garder la confiance des électeurs. Nous n’avons pas su dire: «Bien sûr, l’avenir ne sera pas facile, mais nous allons réussir à trouver les solutions pour le rendre meilleur que le passé».
En Suisse, il existe un ‘baromètre des préoccupations’… Or je trouve que dans un pays qui veut aller de l’avant, on devrait plutôt sonder l’opinion de la population avec un ‘baromètre des opportunités et de l’espoir’.
swissinfo: Selon vous, quels sont les thèmes sur lesquels le parti radical doit se profiler en vue des élections fédérales de 2007?
F.P.: Certains thèmes sont liés à la nature même du parti radical, tels que le développement économique ou la gestion de l’Etat. En théorie, tout le monde veut remettre de l’ordre dans les finances fédérales et relancer la croissance, mais lorsqu’il s’agit de prendre des mesures concrètes, c’est plus confus.
Nous devons aussi nous occuper du problème des assurances sociales. Il s’agit de redessiner un pacte social de solidarité qui tienne compte des nouvelles réalités.
Aujourd’hui, ce ne sont plus les personnes âgées qui sont les plus menacées. Ce sont surtout les jeunes qui sont en difficulté, ceux qui s’apprêtent à fonder une famille ou encore les familles monoparentales.
swissinfo: La politique d’asile divise la Suisse. Quel rôle votre parti entend-il jouer dans ce domaine?
F.P.: Ici, nous devons reconnaître que nous avons un peu perdu le contrôle de la situation…
Je comprends l’attrait que peut avoir la population pour une ligne dure, mais avec des mesures excessives, nous n’obtiendrions sans doute pas de grands résultats.
En outre, il y a des limites à ne pas franchir. Dans ce secteur, le cadre est donné par les conventions européennes.
swissinfo: Autre thème controversé: celui de l’intégration de la Suisse dans l’Europe…
F.P.: Je suis un pro-européen. Par le passé, la Suisse a fait des erreurs: nous aurions dû prendre la route de Bruxelles aux côtés de l’Italie, la France, l’Allemagne et l’Autriche. Et nous avons choisi le libre-échange avec la Suède et la Grande-Bretagne.
Aujourd’hui, nous sommes dans une situation où le pays peine à accepter l’intégration. On veut bien quelques petits pas modestes et rien de plus. Mais le moment viendra.
swissinfo: Les Suisses de l’étranger apporteront une contribution importante à ce débat, d’autant plus que 60% d’entre eux vivent dans des pays membres de l’Union européenne. Quel est votre regard sur la Cinquième Suisse?
F.P.: Je vois des personnes souvent intégrées dans leur pays d’adoption, mais qui gardent un attachement fort pour leur pays d’origine.
Les Suisses de l’étranger représentent une force considérable dans notre pays. Ils sont aussi nos plus importants ambassadeurs.
swissinfo: Quelle importance attachez-vous à l’image de la Suisse à l’étranger?
F.P.: A l’étranger, la Suisse est généralement perçue comme un pays positif. Elle suscite encore la convoitise, ce qui signifie qu’elle est estimée.
Il s’agit maintenant de mieux coordonner l’activité des nombreux instruments de communication vers l’étranger. Aujourd’hui, on a l’impression que ces organes opèrent plus dans la rivalité que dans la cohésion.
Quoiqu’il en soit, je trouve que toute opération de marketing en faveur de la Suisse est justifiée, parce qu’un pays ne peut se révéler intéressant pour un autre que s’il y est connu…
Interview swissinfo, Mariano Masserini
(Traduction de l’italien: Alexandra Richard)
– A 54 ans, Fulvio Pelli devient le 4e président du Parti radical suisse (PRD) en cinq ans.
– Il a remporté la course à la présidence devant le Lucernois Georges Theiler, un représentant de l’aile droite du PRD.
– Ces dernières années, le grand parti bourgeois a souffert des attaques de la droite dure qui a réussi à attirer une partie des électeurs radicaux.
– Longtemps en tête, le PRD se classe aujourd’hui à la troisième place, derrière les socialistes et l’UDC.
– Si le nouveau président Fulvio Pelli ne parvient pas à redresser la barre, les démocrates-chrétiens risquent eux aussi de rattraper les radicaux.
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