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Moscou: une «victoire» qui coûte très cher

La presse suisse montre du doigt le gaz utilisé par les forces russes. swissinfo.ch

Passé les premières réactions de soulagement, la presse suisse se montre très critique lundi face à l'intervention des forces russes au théâtre de la Doubrovka.

Cet épisode sanglant ne va pas manquer de durcir encore le conflit en Tchétchénie.

«Une intervention digne de Staline», titre Le Matin, qui insiste sur le nombre d’innocents tués lors de l’assaut. Pour le quotidien romand, le but des militaires russes, formés à l’ancienne école, «était de mettre un terme aux activités du commando et non de sauver absolument des vies».

24 heures rappelle à la une cette évidence arithmétique: le produit utilisé contre le commando a tué plus d’otages que de terroristes. Quant au journal La Liberté, il juge que «Moscou paie effroyablement cher la libération des otages».

Même son de cloche dans la Berner Zeitung, pour qui «le nombre des victimes est bien trop élevé pour que l’on puisse parler de victoire.»

Gaz interdit

L’ensemble de la presse suisse montre également du doigt le gaz utilisé avant l’assaut, qui est à l’évidence un produit interdit par les conventions internationales.

Comme le souligne le Bund, «voir un vice-ministre nier les effets mortels du gaz sur les otages au moment où ces effets sont déjà visibles est symptomatique de la politique de Moscou en matière d’information, de Tchernobyl à la Tchétchénie.»

Mais y avait-t-il un autre moyen? Pour le capitaine Barril, qui avait lui-même utilisé les gaz de combat lors d’une prise d’otages à la Grande Mosquée de La Mecque en 1979, la réponse est claire.

Interrogé par 24 heures et La Tribune de Genève, l’ancien chef du fameux Groupe d’intervention de la gendarmerie française (GIGN) estime que «la manière d’agir des forces spéciales russes était la seule possible.»

La sale guerre continuera

Pour Le Temps, Vladimir Poutine, dans cette affaire «sauve son image d’homme fort», même si, pour cela, il n’a «pas hésité à sacrifier les otages».

Mais le quotidien souligne également que cette «victoire» ne résout rien. La «sale guerre» que mènent les Russes en Tchétchénie va se poursuivre. Et c’est sur sa manière de régler la question – force brute ou négociation – que l’on attend maintenant l’homme fort du Kremlin.

«Vladimir Poutine laissera-t-il dans l’histoire le souvenir d’un président musclé ou celui d’un grand homme d’Etat?», s’interroge l’éditorialiste du Temps.

La Neue Zürcher Zeitung, quant à elle, voit dans ce dénouement sanglant, «la preuve que la stratégie de Poutine pour résoudre le conflit tchétchène ne fonctionne pas.»

Le spectre des Balkans

Car, bien sûr, cette affaire va encore envenimer les choses sur le terrain. Selon la formule de La Tribune de Genève, elle permet au pouvoir russe de continuer à «entretenir la confusion entre le terrorisme et le combat national des Tchétchènes».

Des Tchétchènes que la répression va continuer à pousser «dans les bras de groupes islamistes de plus en plus radicaux», comme l’écrit le Tages Anzeiger.

Et, dans l’autre camp, La Liberté craint de voir désormais «la population russe basculer dans un racisme ordinaire contre tout ce qui n’est pas russe.»

«La chute du communisme a laissé derrière elle une mosaïque de peuples qui n’ont jamais appris à vivre ensemble», souligne le quotidien fribourgeois. Non sans évoquer le spectre des guerres qui ont ravagé les Balkans depuis 1989.

swissinfo/Marc-André Miserez

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