Nouvelle Crossair, avec ou sans Suter
Les actionnaires de Crossair se réunissent jeudi à Bâle pour lancer la nouvelle compagnie aérienne nationale. Le sort de Moritz Suter reste incertain.
L’ancien pilote est aux commandes depuis les débuts de Crossair, en 1979. Mais la compagnie régionale européenne est appelée maintenant à reprendre le rôle de compagnie nationale. Question: dans cette nouvelle configuration, Moritz Suter a-t-il encore un rôle à jouer et lequel?
La réponse tombera vraisemblablement jeudi, lors de l’assemblée générale extraordinaire, convoquée à Bâle. Mais, devant les actionnaires, la question Suter pourrait rapidement se transformer en problème Suter. Et les débats tourner à l’aigre.
La liste Gut
Reprenons dans l’ordre. Dès la fin octobre, dans le cadre de la mise en œuvre du plan Phœnix, un comité de pilotage a été chargé de proposer un renouvellement du conseil d’administration de Crossair. A sa tête, Rainer E. Gut, ancien patron du Credit Suisse et actuel président de Nestlé.
Ce comité a établi une liste de onze personnes, dont un nouveau président, le Néerlandais Pieter Bouw, qui fut à la tête de KLM. Parmi les administrateurs proposés, deux seulement sont issus de l’actuel conseil: Michael Pieper et Claudio Generali. Mais pas de trace de Moritz Suter.
Bâle se rebiffe
Certains y voient un camouflet. A Bâle surtout. Les gouvernements des deux demi-cantons s’unissent pour faire part de leur «incompréhension». Prenant la défense de Moritz Suter, les deux Bâles réclament une meilleure représentation de leur région au sein du conseil d’administration.
Dans le même temps, un comité, basé lui aussi à Bâle, lance un manifeste. Ses revendications: la préservation de l’héritage Crossair et s’assurer que Moritz Suter «participe activement» au nouveau conseil d’administration. A ce jour 50 000 signatures auraient été recueillies.
Les employés de la compagnie y vont également de leur action de soutien. Mercredi, ils annoncent les résultats d’une consultation sur internet qui a vu 2293 d’entre eux (sur 3821) se prononcer en faveur de la confirmation de Moritz Suter à la présidence. Et leur souhait s’étale également depuis quelques jours sur de pleines pages de publicité achetées dans la presse.
Moritz Suter combatif
Mais ce n’est pas assez pour convaincre la Confédération. Le Département fédéral des finances le confirme, mercredi passé: Berne soutient les propositions du comité de pilotage. Samedi, André Kudelski, l’un des candidats-administrateur, semble donner l’estocade en affirmant dans Finanz und Wirtschaft que le maintien de Moritz Suter serait un facteur d’instabilité.
L’espoir d’un arrangement a pourtant pointé, durant le week-end, avec la proposition de transformer le fondateur en président d’honneur, additionné d’un rôle de conseiller. Une hypothèse rejetée par le principal intéressé, qui place la barre plus haut, en réclamant la vice-présidence.
Y aura t-il donc des étincelles jeudi à Bâle? Moritz Suter se veut en tout cas combatif. «Je n’abandonne pas, vient-il de déclarer au Blick. Je continuerai à me battre jusqu’au 6 décembre.»
Pierre Gobet, Zurich
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