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«Une Suisse plus ouverte au monde»

Palais des Nations à Genève: "plus à gagner qu'à perdre à sortir de l'isolationnisme" Keystone Archive

Laurent Mossu, correspondant à Genève du quotidien français «Le Figaro», connaît bien la Suisse et l'ONU. Point de vue «extérieur» sur le vote du 3 mars.

Ah cette double majorité ! La voilà qui pourrait jouer un bien mauvais tour à la volonté populaire lors des prochaines votations sur l’adhésion aux Nations unies.

Le système constitutionnel qui prévoit que le projet doit non seulement passer la rampe des citoyens mais encore celle des cantons pourrait conduire à un blocage et donner l’impression d’un déni de démocratie.

La décision des électeurs pouvant ainsi être contrecarrée au nom de l’équilibre entre les États qui constituent la Confédération. Un vaste effort d’explications va peut-être devoir s’imposer.

Les citoyens semblent désormais acquis, encore qu’il ne faille jurer de rien, à l’idée d’une entrée de la Confédération à l’ONU. Mais obtenir l’aval de la moitié des cantons reste un objectif plus difficile à atteindre voire encore hors de portée.

Tenir compte du poids de chacun

On ne peut donc écarter l’hypothèse selon laquelle la vox populi s’exprimerait favorablement à une participation de plein droit de la Suisse à l’institution politique, que les citoyens suisses se disposent à sauter le pas mais que le projet soit finalement écarté à nouveau faute d’obtenir le feu vert d’un nombre suffisant de cantons. On imagine le tollé et le débat qui s’en suivrait.

Et pourtant semblable «mésaventure» s’est produite il n’y a pas si longtemps. C’était aux États-Unis.. Al Gore a gagné l’élection présidentielle américaine au nombre des suffrages. C’est pourtant Georges W. Bush qui s’est installé à la Maison Blanche.

La pratique, dans son esprit, est la même que celle ayant cours en Suisse. On doit à l’heure du vote tenir compte et de l’avis de chaque citoyen et de celui des États. Une manière de garantir à chacun, petit ou grand, son poids dans la balance nationale.

On se souvient des discussions, des disputes et des remises en cause de la Constitution au lendemain du vote américain et des interminables opérations de recomptages des bulletins de vote et des contestations devant les tribunaux.

En Suisse on ne risque certes pas de connaître semblable vent de révolte. Mais l’amertume pourrait tout de même être grande si d’aventure la Suisse dite primitive devait freiner voir stopper l’élan vers l’ONU.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts

Les derniers sondages montrent que les choses ont radicalement changé depuis la consultation de 1986 lorsque les électeurs furent une première fois appelés à se prononcer sur l’adhésion.

La proposition fut balayée comme par un raz de marée par une population farouchement déterminée à se tenir éloignée du «machin».

Beaucoup d’eau a depuis lors coulé sous les ponts et l’opinion a, semble-t-il, évolué. Elle n’entend plus, ou semble ne plus entendre, les arguments qui avaient alors fait mouche.

Les opposants semblent ressasser un discours qui fait date et ne s’adapte plus aux nouvelles circonstances. La Suisse se montre plus sensible, plus ouverte au reste du monde et le phénomène de repli sur soi qui longtemps a caractérisé le pays se fait moins présent.

Dans l’intérêt du pays

Les Suisses constatent aussi que les Nations unies ont évolué, qu’une remise en ordre a déployé ses effets. Oh certes il reste encore bien à faire pour qu’elle soit à même de jouer pleinement le rôle qui lui a été confié!

Mais le moment est largement venu d’appuyer de l’intérieur une rénovation de l’institution et de mettre sa pierre à l’édifice.

A ce souci de prendre sa part, d’assumer pleinement ses responsabilités face aux difficultés de la planète est venue s’ajouter une notion peut-être moins noble mais tout aussi efficace de l’intérêt bien compris du pays.

On est ainsi en droit de penser que les citoyens ont pu constater qu’aucune nation, quelle qu’elle soit, ne peut rester en marge des autres, qu’il y avait plus à gagner qu’à perdre à sortir de l’isolationnisme et à faire cause commune.

La Confédération a connu ces derniers mois quelques difficultés et avatars sérieux. Il suffit d’évoquer le sort de Swissair pour prendre la mesure des choses. Une manière peut-être de comprendre que personne n’est plus à l’abri d’un cataclysme.

Et que l’appartenance à une communauté peut avoir quelque chose de rassurant. Et tant pis si ce n’est pas partout la générosité mais une évaluation des avantages et des inconvénients qui dicte quelques fois ce changement d’optique.

L’engagement des milieux économiques

On peut regretter que certains partis politiques restent en retrait dans la campagne, ne soutiennent pas mieux le gouvernement dans son action alors que paradoxalement les milieux de l’économie occupent le premier rang.

Cette attitude prête le flanc à bien des interprétations et enrage certains qui y voient un calcul des opposants à une prochaine entrée dans l’Union européenne. Mais c’est là un autre débat et le mélange des genres n’est pas forcément la meilleure tactique pour emporter la bataille de l’ONU.

Reste enfin que la pratique de la démocratie directe entraîne les Suisses à trancher des questions auxquelles les citoyens des autres pays n’ont même pas été amenés à réfléchir.

Et à propos desquelles leur avis n’est jamais sollicité. Il faut dès lors faire preuve d’une grande modestie lorsqu’il s’agit de porter un jugement sur leurs décisions et de se demander ce que feraient en pareilles circonstances ses propres concitoyens.

Laurent Mossu, Le Figaro

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