Les missions civiles dévolues à l’armée font débat

Le centre d'Epeisses, dans le canton de Genève, permet aux troupes de l'armée suisse de s'entraîner aux techniques de sauvetage en cas de séisme. swissinfo.ch

Fournir un appui aux organisations civiles en cas de catastrophes est l’une des tâches qui incombe à l’armée suisse moderne. Mais les coupes budgétaires proposées par le gouvernement et un vote à venir sur la fin de la conscription met l’armée sur la défensive.

Ce contenu a été publié le 23 juillet 2013 - 11:00
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Sous le soleil de midi, le centre de sauvetage d’Epeisses, dans le canton de Genève, ressemble à une ville fantôme. Des tas de gravats et de béton jonchent le sol. Il y a là d’étonnants bâtiments, qui restent debout malgré une inclinaison extrême, leurs sols compressés ressemblant aux couches d’un sandwich. Ils attendent d’«avaler» le dernier groupe de soldats venus à Genève pour s’entraîner aux techniques de sauvetage en cas de séisme.

Les troupes de sauvetage et de génie de l’armée opèrent principalement à l’intérieur des frontières suisses. Elles sont engagées lorsque les organisations locales et cantonales de protection civile (police, pompiers, ambulance) sont débordées et sont contraintes de solliciter l’aide du ministère de la défense et de la protection civile.

L’armée sur tous les fronts

Quelques-unes des interventions civiles de l’armée suisse ces 10 dernières années:

2004: effondrement d’un parking souterrain, Gretenbach, Soleure

2005: inondations, Berne

2007: feu de forêt, Valais

2009: tremblement de terre, Padang, Indonésie

2013 (avril): glissements de terrain, Donat/Ems, Grisons

2013 (juin): bourrasques de vent, Bienne, Berne

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Un boulot pour les civils?

Une situation qui se produit une à trois fois par année, selon le lieutenant-colonel Stefan Christen, commandant de l’Ecole de recrues de sauvetage 75. «La dernière grande intervention remonte à 2005. Cette année-là, il y a eu d’importantes inondations ainsi que des incendies de forêt», relève-t-il. 2012 fut en revanche une année calme, puisque l’armée n’a consacré que 54 jours de service actif à des opérations de sauvetage.  

Aux yeux de Nikolai Prawdic, porte-parole du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), la très faible fraction du temps consacrée par l’armée à des opérations de sauvetage peine à justifier son existence.

«Nous sommes fondamentalement d’avis qu’il s’agit d’une tâche civile et qu’elle devrait donc avoir un visage civil», relève le militant antimilitariste. Une étude menée en 2007 par la Commission européenne a montré que la protection civile était du ressort du ministère de l’Intérieur dans la majorité des pays (18) membres du Mécanisme de protection civile de l’UE, et du ministère de la Défense dans seulement trois d’entre eux.

Bon niveau d’équipement

En Suisse, il appartient aux autorités communales et cantonales d’apporter la première réponse en cas de catastrophes, sous la supervision de l’Office fédéral de la protection civile. En 2004, le gouvernement fédéral a créé une «task force» spéciale au sein de l’armée, capable de réagir en quelques heures seulement. Sur les 20'000 nouvelles recrues qui s’engagent chaque année sous les drapeaux, 1200 d’entre elles sont affectées à des compagnies qui ont pour mission l’aide et le soutien en cas de catastrophes.

Les troupes de sauvetage de l’armée disposent d’équipements impressionnants. Scies électriques, générateurs, projecteurs, compresseurs pouvant soulever jusqu’à 40 tonnes par secondes, lasers au CO2 qui permettent de couper des rails en acier en quelques minutes, pompes capables d’avaler 4250 litres de liquide à la minute, mèches à béton de 70 cm de diamètre… Sans oublier les chars, hélicoptères, bateaux, ambulances, tentes et autres salles d’opération mobiles.

Trois fois par année, une grande partie de cet équipement est disposé sur la pelouse attenante aux casernes militaires de Berne. Les soldats qui suivent une formation d’officier peuvent y apprécier le «bon équipement dont nous disposons pour faire face aux catastrophes naturelles et dans le domaine médical», affirme le colonel Philipp Imboden. Les citoyens sont également régulièrement invités à visiter le site. «Les contribuables veulent savoir ce que l’armée fait de leur argent. Ici, ils peuvent constater qu’il est utilisé à bon escient», soutient Philipp Imboden.

Pandémie et séisme en tête de liste

En avril 2013, l’Office fédéral de la protection civile a présenté un rapport détaillé sur les douze différents types de risques qui menacent la population suisse.

Avec l’appui de 65 experts, un diagramme a été créé qui montre la probabilité, sur une échelle de plausible à inconcevable, qu’un tel événement se produise en Suisse durant une période allant de 1 à 100'000 ans, et les dommages auxquels il faudrait s’attendre.

Le diagramme montre que le risque de la survenance d’une épidémie/pandémie est le plus important, suivi par un tremblement de terre. Les experts estiment qu’un séisme majeur peut se produire tous les 1000 ans en Suisse. Le dernier a frappé la région de Bâle en 1356.

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Des fusils pas nécessaires

La façon dont l’armée utilise l’argent des contribuables pourrait toutefois changer. Au mois de mai, le ministre de la Défense Ueli Maurer a présenté un plan de réduction des effectifs de l’armée. Un mois plus tard, le gouvernement proposait une réorganisation allant dans le même sens: réduction du nombre de soldats de 180'000 à 100'000, réduction du nombre de cours pour les nouvelles recrues de trois à deux par année, réduction de la durée des cours de répétition de trois semaines à 13 jours, réduction des jours de service obligatoire pour chaque soldat de 260 à 225, fermeture de certains aéroports militaires et champs de tir.

Comment les troupes de sauvetage seraient-elles affectées si le nombre de soldats était réduit de 180'000 à 100'000? «Ce n’est pas facile à dire», répond Kurt Münger, porte-parole de l’Office fédéral de la protection civile. «Si l’armée suisse était réduite en nombre, il semble clair que le soutien de l’armée aux autorités civiles devrait décroître. Il appartient désormais aux cantons de déterminer s’ils pourraient être confrontés à des difficultés dans un tel cas de figure».

En attendant, l’armée a un autre obstacle à surmonter. Le 22 septembre, les citoyens suisses voteront sur une initiative du GSsA visant la suppression du service militaire obligatoire. Qu’est-ce qu’un «oui» du peuple suisse dans les urnes signifierait pour le pays en matière de soutien en cas de catastrophes? «L’initiative ne définit pas les conséquences, affirme Kurt Münger. Celles-ci différeraient en fonction des options sur la table, qui vont de la suppression pure et simple de l’armée à la mise sur pied d’une armée de volontaires ou de professionnels».

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