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Le Haut-Karabakh au cœur de la visite turque en Suisse

A son arrivée à l'aéroport de Zurich, le président turc Abdullah Gül avec la présidente de la Confédération Doris Leuthard

(Keystone)

Officiellement les deux Présidents, Abdullah Gül et Doris Leuthard, traiteront aujourd’hui de «questions d’actualité»; en fait et pour l’essentiel, du conflit du Haut-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, qui entrave la ratification des Protocoles arméno-turcs signés à Zurich voilà déjà 13 mois.

Il se dépare rarement de son sourire et aime à rappeler qu’il porte le nom d’une fleur: rose se dit «gül » en turc.

Le président de la république de Turquie apparaît plus conciliant que son premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, nettement plus carré. Mais sur le fond, celui du contentieux arméno-turc, les deux hommes se distinguent peu.

Bonne position

Abdullah Gül arrive à Berne en bonne position. Les relations turco-suisses se sont grandement améliorées ces dernières années, le gouvernement turc connaît de beaux succès économiques et politiques. Avec une ombre au tableau: le revirement diplomatique d’Ankara après la signature des Protocoles arméno-turcs à Zurich il y a treize mois.

Le gouvernement turc du parti pour la justice et le développement (AKP) vient en effet de conforter son assise démocratique (avec la victoire du «oui» aux modifications constitutionnelles proposées par référendum du 12 septembre). L’économie turque a plutôt bien résisté à la crise mondiale: son taux de croissance s’élève à 5,6% en 2009; elle est devenue une pièce essentielle de la politique énergétique de la région et du monde, et la Suisse a signé à Istanbul, fin 2009, un accord pour l’acheminement des ressources énergétiques depuis la Caspienne et l’Iran à travers la Turquie .

Accueillie au sein du G20, la Turquie s’impose désormais parmi les puissances émergentes avec lesquelles il faut compter; Ankara n’a pas de colère rentrée à l’égard de la Confédération, alors que le torchon brûle avec la France et l’Allemagne, pays qui s’opposent urbi et orbi à l’intégration de la Turquie à l’Union européenne.

Enfin, last but not least, Ahmet Davutoglu le ministre turc des Affaires étrangères fait preuve d’un activisme diplomatique tous azimuts. Sa doctrine de «profondeur stratégique» et de «zero problem» avec ses voisins a présenté des succès très inégaux (plutôt positifs avec la Russie, l’Irak, la Syrie, la Serbie et la Bosnie, etc. ; plutôt négatifs avec Israël et Chypre ). Cependant l’intention, quelque peu naïve parfois, y est.

Un problème néanmoins

C’est d’ailleurs dans cet esprit, qu’au terme de longues années de négociations et de contacts secrets, le gouvernement turc avait signé les Protocoles de Zürich, en octobre 2009. Objectif: rétablir les relations diplomatiques entre la Turquie et l’Arménie et rouvrir la frontière commune, close par les Turcs en 1993 suite à l’occupation arménienne de l’enclave du Haut Karabakh en Azerbaïdjan tout en ne proposant, il est vrai, aucune solution à ce conflit.

Si Ahmet Davutoglu avait quelque espoir de parvenir à un «zero problem» avec le voisin arménien, il avait oublié que ce dernier en revanche connaissait «many problems» avec l'Azerbaïdjan. Bakou prend donc position contre ces Protocoles, contre cette normalisation entre la Turquie et l'Arménie qui la priveraient d'un moyen de pression sur Erevan et entérineraient l'occupation du Haut-Karabakh.

Partenaire énergétique de premier plan pour la Turquie, Bakou menace Ankara de couper les robinets de gaz. Sous la pression azérie, le premier ministre turc fait volte-face, dès le lendemain de la signature des Protocoles, et lie la ratification de ces derniers à la résolution du problème du Haut-Karabakh. Officiellement, l’Arménie gelait le processus. Mais les Présidents Leuthard et Gül ont laissé entendre récemment que les travaux se poursuivaient dans la confidentialité.

Selon certains bons connaisseurs du dossier, il n’est pas exclu que le gouvernement turc prévoie de faire ratifier les Protocoles après sa probable victoire aux élections législatives de juillet 2011.

Aujourd’hui, le président de la république de Turquie pourrait demander à la diplomatie suisse – en phase avec les Etats-Unis lesquels cherchent à limiter l’influence de la Russie dans la région - de l’aider à trouver une solution qui convienne tout à la fois à la Turquie et à l’Azerbaïdjan, autre important partenaire énergétique de la Suisse.

Situation délicate

La partie est délicate à jouer pour Berne qui pourrait chercher à s’aligner sur la déclaration finale du sommet de l’Otan à Lisbonne ce week-end. C'est-à-dire à favoriser le principe de l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan au détriment du droit des peuples (les Arméniens vivant dans l’enclave du Haut-Karabakh) à l’autodétermination.

Et, une fois cette dispute territoriale résolue, de renvoyer la reconnaissance du génocide arménien à la responsabilité des historiens. Une formule qui conviendrait plutôt bien aux Turcs mais que redoutent la majorité des Arméniens d’Arménie et de la diaspora.

Deux jours en Suisse

Le président turc Abdullah Gül est arrivé à l'aéroport de Zurich en compagnie de sa femme Hayrünnisa pour une visite d'Etat.

Jeudi. Il a été reçu avec les
honneurs militaires et les hymnes nationaux de la Turquie et de la
Suisse. Il a été salué à Berne par le Conseil fédéral (gouvernement) in corpore. Abdullah Gül s'est entretenu ensuite avec la présidente de la Confédération Doris Leuthard.

Vendredi, le président turc rencontrera des représentants de l'économie et du Forum Cleantech à Zurich.

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Turquie-Israël

Point de non retour. Les Turcs ont besoin d’un vrai succès diplomatique: cette année, les relations diplomatiques de la Turquie et d’Israël ont atteint un point de non retour.

Colère turque. Depuis 2008 déjà, celles-ci s’étaient détériorées. Le premier ministre Erdogan n’avait pas apprécié que quelques jours à peine après qu’il ait rencontré le premier ministre israélien, Ehud Olmert, pour tenter une médiation avec la Syrie, ce dernier ait lancé en décembre 2008 une opération militaire d’envergure sur Gaza, avec des centaines de victimes palestiniennes, sans l’en avoir informé. D’où sa colère à Davos face au Président Simon Peres début 2009.

Mavi Marmara. Puis l’arrêt de certaines manœuvres aériennes communes avec Israël. Ainsi que le feu vert donnée fin mai 2010 à une organisation humanitaire islamique d’affréter le Mavi Marmara pour tenter de forcer le blocus imposé par Israël aux Palestiniens de Gaza. Une opération qui s’était soldée par la mort de neuf Turcs suite à l’assaut des forces spéciales israéliennes. Et l’impossibilité pour Ankara de jouer désormais les médiateurs entre Israël et le monde arabe.

Sanctions. L’administration Obama ainsi que l’Europe n’ont pas caché leur malaise, accentué par le refus de la Turquie de voter en juin à l’ONU les sanctions contre l’Iran.

Espoir. Remettre le processus de paix arméno-turc sur les rails et trouver une solution au conflit du Haut Karabakh pourrait permettre à la diplomatie turque de faire un peu oublier ces faux-pas.

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swissinfo.ch

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