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Poutine ou la certitude d’un retour annoncé

«Russie stable, Ukraine stable»: même dans la république voisine, les partisans de Vladimir Poutine vantent les mérites de leur favori.

«Russie stable, Ukraine stable»: même dans la république voisine, les partisans de Vladimir Poutine vantent les mérites de leur favori.

(Reuters)

Après huit ans de présidence et quatre à la tête du gouvernement, Vladimir Poutine redeviendra ce dimanche 4 mars et pour six ans le maître de la Russie. Parce qu’il a su se rendre incontournable. Et parce que les électeurs n’ont aucune alternative crédible.

«Je ne me fais aucun souci pour lui, il va passer dimanche, avec 65 à 70% des voix». Comme beaucoup de ceux qui connaissent la Russie (il l’a beaucoup pratiquée avant d’être deux ans correspondant à Moscou), Gaëtan Vannay, chef de la rubrique étrangère de la RTS radio, ne croit même pas à la possibilité d’un second tour, pourtant évoquée par le premier ministre-candidat.

Jean-Philippe Jaccard, de l’Unité de Russe de l’Université de Genève, n’y croit pas davantage: «le problème, c’est qu’en face, ils ne sont pas sérieux. Alors même en additionnant leurs voix, vous n’arriverez pas à 50%. Et je ne pense pas non plus qu’il y aura d’énormes fraudes. Ils n’en ont pas besoin».

Car dans ce pays où il a fait une partie de ses études et où il retourne régulièrement, le professeur sait bien que Poutine, malgré les manifestations qui secouent les villes, «a quand même une popularité et une légitimité».

Chaises musicales

Elu en mars 2000 président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine (né en 1952) est reconduit triomphalement à son poste quatre ans plus tard. Comme la constitution interdit trois mandats consécutifs, il ne se représente pas en 2008 et cède la place à Dmitri Medvedev, de 13 ans son cadet. Elu avec 70% des suffrages, celui-ci nomme Poutine premier ministre. Et en septembre 2011, Medvedev propose Poutine comme candidat à la présidence pour l’élection du 4 mars 2012. Lequel affirme que Medvedev ferait un excellent premier ministre.

Ce jeu de «chaises musicales» ne manque pas d’irriter, jusque dans les rangs de Russie Unie, parti de la majorité présidentielle. «Il y a beaucoup de gens qui ont voté pour Medvedev il y a quatre ans, parce qu’il n’a pas fait partie de l’ancien régime et qu’il a un discours plus moderne, notamment contre la corruption, qui est un des énormes problèmes de la Russie. Mais maintenant, il s’est révélé pour ce qu’il était, c'est-à-dire quand même une marionnette», commente Jean-Philippe Jaccard.

La sanction vient des urnes: aux législatives de décembre 2011, Russie Unie n’obtient «que» 49,32% des voix, soit un recul de 15 points par rapport à 2007, et ceci malgré des fraudes présumées, que dénoncent l’opposition et les observateurs étrangers de l’OSCE («sérieuses indications de bourrage des urnes»). En vertu d'un système complexe de répartition des sièges, le parti au pouvoir n’en conserve pas moins une courte majorité de 12 sièges sur les 450 de la Douma.

Du pain et des honneurs

Malgré ce recul, le candidat Poutine peut se sentir intouchable, notamment en raison des incontestables succès de son bilan. «Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, il s’est vendu comme l’homme qui a sauvé le pays de la débandade de l’époque Eltsine, note Gaëtan Vannay. Il a augmenté plusieurs fois les pensions, il a profité de l’époque du pétrole cher pour arroser un peu les gens et il y a eu un développement économique clair. Le Russe moyen vit indiscutablement mieux aujourd’hui qu’il y a 12 ans, même si la corruption est probablement pire que jamais».

Vladimir Poutine est aussi l’homme qui a redonné une fierté nationale aux citoyens de l’ancienne superpuissance que fut l’URSS. «Il ne faut pas oublier cet esprit impérialiste - du même genre que celui qui anime les Américains d’ailleurs -, ni le nationalisme qui va en principe avec. C’est quelque chose qu’on a de la peine à comprendre dans des petits pays comme la Suisse ou le Luxembourg…», rappelle Jean-Philippe Jaccard.

Pour flatter ce sentiment, le futur président Poutine vient de promettre 590 milliards de dollars de dépenses militaires sur les dix prochaines années.

«C’est sa recette pour booster l’économie, relève Gaëtan Vannay. Mais je n’y vois pas un retour à la guerre froide. Ce n’est pas une vision idéologique, juste une envie de garder la Russie dans la cour des grands. Et le maintien du soutien à la Syrie et du port de Tartous répond exactement à cette logique. C’est son dernier accès direct à la Méditerranée, et symboliquement, ça lui ferait mal de le perdre. Même si géopolitiquement et stratégiquement, ce n’est pas aussi important qu’il essaye de se le dire».

Le cliché du peuple d’esclaves

«La Russie a raté le développement occidental de la démocratie. Lorsque tu as été esclave pendant des siècles, aucune perestroïka au monde ne peut te sortir de là», déclarait récemment au magazine Coopération l’écrivain russe Mikhaïl Chichkine.

Pour Jean-Philippe Jaccard, qui connaît bien l’homme de lettres établi en Suisse, ce cliché souvent évoqué pour expliquer l’absence d’opposition organisée au pouvoir du Kremlin ne tient pas. «Je ne pense pas qu’il y ait des peuples destinés à être des esclaves et d’autres pas. Il est vrai que la Russie n’a pratiquement pas connu de périodes démocratiques, mais même le régime des tsars a beaucoup varié au fil du temps. Ça n’a pas toujours été Ivan le Terrible», rappelle le professeur.

Gaëtan Vannay juge lui aussi l’affirmation «un peu courte», même s’il l’a entendue «mille fois, plutôt d’ailleurs dans les analyses des experts étrangers».

«Il ne faut pas oublier le début de la période Eltsine, où les gens s’agglutinaient devant les postes de télévision pour suivre les débats parlementaires, ils étaient des centaines de milliers dans la rue, ils sont allés défendre la Maison Blanche quand il y a eu la tentative de coup d’Etat en 91», rappelle le journaliste.

«Après, effectivement, ça s’est refermé. Alors pourquoi? comment? Est-ce la dureté du quotidien? Mais maintenant que le quotidien est devenu plus facile, les gens recommencent à manifester», note Gaëtan Vannay. Qui prédit à Vladimir Poutine une réélection «beaucoup plus difficile en 2018…»

Cinq candidats, un seul favori

Vladimir Poutine, président de 2000 à 2008 et actuel premier ministre, ne peut en principe pas perdre cette élection. En 2000 et 2004, il avait gagné dès le premier tour, avec respectivement 53% et 71% des voix. En vertu d’une modification de la constitution, son nouveau mandat sera de six ans, renouvelable une fois. Les intentions de vote en sa faveur atteignent 66%.

Guennadi Ziouganov, communiste pur et dur, ancien apparatchik briguant le Kremlin pour la quatrième fois, qui veut renationaliser l’économie et les banques et garantir la démocratie, est à 15%.

Vladimir Jirinovski, populiste, ultra-nationaliste, xénophobe, partisan d’un Etat fort et autoritaire, adepte des coups de gueule et souvent traité de bouffon, candidat pour la cinquième fois, est crédité de 8%.

Mikhaïl Prokhorov, indépendant, milliardaire qui a promis de donner les neuf dixièmes de sa fortune aux bonnes œuvres en cas d’élection et veut remplacer le rouble par l’euro, est l’énigme de cette campagne. Certains y voient une marionnette du Kremlin, qui ne manquerait pas d’appeler à voter Poutine au second tour s’il y en avait un. Il obtiendrait 6%.

Sergueï Mironov, chef du parti Russie juste, fondé en 2006 par le pouvoir pour récolter les voix du centre-gauche. Cet ancien compagnon de route de Vladimir Poutine, sans grand charisme et partisan d’un «socialisme du 21e siècle», se voit crédité de 5%.

(Chiffres: sondage du Centre Levada (indépendant), publié le 24 février)

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Vents de fraude

49% des Russes considèrent que la présidentielle sera dans l'ensemble «honnête».

28% estiment que le scrutin sera «malhonnête» ou «plutôt malhonnête».

23% se disent sans opinion.

(Sondage du Centre Levada, publié le 1er février)

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