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«Sans l’ETA, il n’y aurait pas de conflit basque»

Pour Javier Elorrieta, la revendication nationaliste basque est dépourvue de tout fondement historique. imagepoint

Au début de l’année naissait le Groupe parlementaire Suisse-Pays-Basque. Demain mardi, le vice-président de la Fondation pour la Liberté, Javier Elorrieta, vient à Berne pour y rencontrer des élus.

Le nouveau groupe parlementaire est présidé par Joseph Zisyadis, du Parti du travail et par l’écologiste Daniel Vischer. Son but: renforcer les liens entre les deux territoires et aider à une solution pacifique au conflit basque.

Suite à sa création, la Fondation pour la Liberté a écrit au Parlement et au Gouvernement suisses, pour exprimer son inquiétude et mettre en garde contre «les dangers présentés par ce groupe créé sous l’impulsion de Batasuna, parti indépendantiste basque intrinsèquement lié au groupe terroriste ETA.»

C’est d’ailleurs la raison de la venue en Suisse de Javier Elorrieta. Intellectuel basque membre de l’ETA durant le franquisme, il a connu la prison puis l’exil en France. Plus tard, il entrera au Parlement basque et collaborera aux quotidiens El Pais et El Mundo. Son opposition au nationalisme lui vaut de vivre sous protection permanente depuis dix ans.

Pour Javier Elorrieta, c’est à cause du terrorisme que depuis trente ans la liberté au Pays basque est restreinte et que de nombreux habitants quittent la région, poussés par la peur.

swissinfo.ch: Que souhaitez-vous transmettre aux parlementaires suisses à l’occasion de votre visite ?

Javier Elorrieta: Je veux qu’ils connaissent la réalité de la situation. Le conflit au Pays Basque est dû à la seule existence de l’ETA. Sans l’ETA, il n’y aurait pas de conflit. Le terrorisme constitue une grave atteinte aux droits de l’homme. La Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg a jugé antidémocratiques les méthodes et les objectifs de cette organisation. D’un point de vue démocratique, le soutien à ce groupe terroriste, le dernier d’Europe, est inconcevable.

Ni la liberté, ni l’autonomie, ni la démocratie ne sont en cause – ces valeurs sont garanties par la constitution espagnole et le Statut de Guernica. Et il ne saurait être question de négociations politiques. Aucun Etat démocratique ne négocie politiquement avec des terroristes.

swissinfo.ch: Comment êtes-vous entré à l’ETA ?

J.E.: C’était en 1965. J’avais 16 ans, j’étais un gamin. J’étais chargé d’actions de propagande et j’ai fait de la prison en 1968 et en 1969. J’ai ensuite participé à la seule évasion réussie sous le franquisme, à Basauri. L’ETA était un groupe anti-franquiste très radical. Par chance je n’ai jamais tué personne, ni été blessé. Mon arme ne me servait qu’à me défendre. Et puis, la vie et l’expérience m’ont mis dans le bon chemin. La vie est une longue suite d’erreurs.

Durant ces années, aucun attentat mortel n’a été perpétré. Les actes de cruauté n’ont commencé qu’avec la démocratie. De mon temps, l’ETA n’y avait pas recours. Le seul assassinat dont je me souvienne est celui d’un chef de la police franquiste à Guipuzcoa. Ce cas mis à part, il n’y avait pas de volonté d’agresser quiconque. On disait même que, si une certaine forme d’autonomie était peut-être nécessaire, l’indépendance, elle, ne l’était pas. Chose que la plupart des membres de l’actuel ETA ignorent. Aujourd’hui, nous faisons face à une véritable folie radicale.

swissinfo.ch: A l’époque du franquisme, l’ETA inspirait une certaine sympathie. Que reste t-il aujourd’hui de cette organisation que vous avez connue de l’intérieur ?

J.E.: Depuis l’arrivée de la démocratie en Espagne, elle s’est convertie en organisation terroriste, avec un projet national-socialiste totalement dominé par le nationalisme. La démocratie ne fait pas partie de ses valeurs. Qui plus est, ce projet n’a aucun fondement historique. Mis à part deux mois durant la Guerre civile, avant la constitution de 1978, il n’a jamais existé aucune unité politique entre les provinces du Pays-Basque.

swissinfo.ch: A quelle réalité le Pays Basque est-il confronté ?

J.E.: Après trente ans d’un terrorisme qui s’abrite derrière le nationalisme institutionnel, le manque de liberté est patent. Démocrates et non nationalistes sont persécutés. La peur et la répression empoisonnent le quotidien. Des journalistes, des juges, des intellectuels et des entrepreneurs doivent quitter la région. Le nationalisme cherche à créer une société homogène, ce qui est inadmissible en démocratie. L’Espagne est un espace de pluralité et de liberté.

swissinfo.ch: Comment faites-vous pour vivre depuis 10 ans sous la menace et avec une escorte 24 heures sur 24 ?

J.E.: Les appels anonymes et les menaces ont commencé lorsque je me suis mis à écrire des articles contre le nationalisme dans les éditions régionales de El Pais et El Mundo. En quatre mois, l’ETA a tué deux de mes amis, dont un journaliste. Jusqu’en 2001 j’ai aussi été membre du Parlement basque. C’est une situation très difficile, surtout pour la famille. J’ai dû déménager dans une autre région et changer de domicile en permanence.

Maintenant, je peux prendre le risque de sortir dans la rue tout en sachant que si une bombe doit éclater, il n’y a aucun moyen d’y échapper. L’autre option est de rester chez soi en attendant l’escorte. C’est une vie complètement schizophrénique. Je n’ai pas de voiture pour éviter de faire courir des risques à ma famille et j’ai supprimé toute forme de routine.

swissinfo.ch: Joseph Zisyadis, député au Parlement fédéral suisse et l’un des artisans de la création du Groupe Suisse-Pays Basque dit que la Suisse peut apporter son expertise en matière de décentralisation…

J.E.: Le Pays Basque ne dépend de l’Administration centrale que pour les démarches concernant les passeports et pour les retraites. Je n’ai aucun autre contact avec le gouvernement central. Nous sommes une confédération et nous avons une très grande autonomie. La police ne dépend que de l’Exécutif basque, nous avons deux langues officielles et un revenu économique.

John Hume, qui a reçu le Prix Nobel de la Paix pour ses efforts en faveur de la résolution du conflit en Irlande du Nord nous a dit qu’il ne voyait pas en quoi consistait le soi-disant conflit au Pays Basque.

Iván Turmo, swissinfo.ch
(Traduction de l’espagnol: Elisabeth Gilles)

Membre de l’ETA de 1965 à 1971. Incarcéré en 1968 et 1969.

Il passe six années d’exil en France jusqu’en 1977, quand survient, en octobre, l’amnistie générale qui permet la libération des derniers prisonniers politiques du régime franquiste.

Vice-président de la Fondation pour la Liberté, Javier Elorrieta dénonce en 2009 devant l’ONU à Genève «la violence terroriste des persécutions exercées par l’ETA-Batasuna.»

Le 12 mars prochain, la Fondation demandera au Conseil des Droits de l’homme de l’ONU la nomination d’un rapporteur spécial pour la protection des droits humains et des libertés fondamentales dans les sociétés menacées par le terrorisme.

Créé en janvier dernier, le Groupe parlementaire Suisse-pays Basque est inscrit au Législatif suisse. Il est présidé par Joseph Zisyadis (Parti du Travail) et Daniel Vischer (Verts).

«Ce groupe d’amitié entre la Suisse et le Pays Basque a pour but de renforcer les liens entre les deux territoires et de contribuer à l’élaboration d’une solution pacifique au conflit basque», a déclaré Joseph Zisyadis à swissinfo.ch.

Suite à la création de ce groupe, la Fondation pour la Liberté a écrit au Parlement et au Gouvernement suisses, pour exprimer son inquiétude et mettre en garde contre «les dangers présentés par ce groupe créé sous l’impulsion de Batasuna, parti indépendantiste basque intrinsèquement lié au groupe terroriste ETA.»

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