Un partenariat solide malgré des divergences

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«Les relations entre la Russie et la Suisse mettent en porte-à-faux ceux qui prétendent que la Suisse n'a pas d'amis», affirme le secrétaire d'Etat Michael Ambühl. Ces propos donnent le ton de la visite d'Etat du président russe Dmitri Medvedev, arrivé lundi 21 septembre en Suisse.

Ce contenu a été publié le 18 septembre 2009 - 14:49

L'événement est historique. Pour la première fois en deux siècles de relations diplomatiques entre la Suisse et la Russie, un chef d'Etat russe s'apprête à venir en visite officielle.

La Confédération en attend une «intensification de la collaboration avec cet important partenaire», a indiqué Michael Ambühl: «La Suisse s'emploie à se faire une image objective de la Russie et veut éviter de retomber dans les stéréotypes de la Guerre froide», souligne le diplomate.

Dans le cadre d'un séminaire organisé en marge du Forum Est-Ouest sur les relations entre la Suisse et la Russie, Michael Ambühl rappelait par ailleurs que, depuis la chute de l'Empire soviétique, la Russie doit redéfinir ses structures politiques, économiques et sociétales, ce qui entraine d'inévitables tensions et rejets. «Les défis dans le domaine de la gouvernance du pays, de l'Etat de droit et des droits humains demeurent dès lors importants.»

Position similaire face à l'UE

Nation riche en matières premières, la Russie représente un partenaire commercial important. Depuis 2000, les exportations helvétiques ont décuplé à 3 milliards de franc en 2008. Parallèlement, la Suisse importe pour un milliard de francs de marchandises.

«La Russie est un partenaire commercial précieux mais, sur le plan politique également, ce pays est important pour nous. Rappelons qu'il joue un rôle central, spécialement aussi au sein de l'ONU, dans toutes les questions cruciales pour la planète», a encore précisé Michael Ambühl.

De son côté, la Russie apprécie la neutralité d'un pays qui ne fait ni partie de l'UE, ni de l'OTAN: «Le fait que deux pays si différents l'un de l'autre se retrouvent dans une position similaire face à l'UE, offre un parallèle intéressant. En matière d'échanges commerciaux avec l'Union européenne, nous évoluons en quelque sorte dans la même ligue que la Russie, nos deux pays n'étant pas membres de l'UE. Néanmoins, l'intégration de la Suisse au sein de cette dernière est beaucoup plus grande.»

Stratégie du dialogue

En 2007, la ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey avait signé un Memorandum of Understanding avec son homologue russe. Le document prévoyait une étroite collaboration dans 20 secteurs ainsi que des échanges réguliers et institutionnalisés dans des domaines spécifiques. Neuf rencontres ont déjà eu lieu en 2009.

A cette occasion, les deux Etats ont évoqué les réformes de l'ONU ou des questions de politique européenne. Le Protocole 14 de la Convention des droits de l'homme, que la Russie n'a pas encore ratifié, aurait aussi été discuté.

Quant à l'évocation de la question des violations des droits humains perpétrées en Russie durant la visite de Dmtri Medvedev, le diplomate répond: «Nous examinerons tous les thèmes d'importance pour les deux parties, dans le cadre des accords bilatéraux».

Partenariat solide, malgré des divergentes sur le Kosovo

Grâce à ces échanges réguliers, la Suisse est parvenue à «une très bonne compréhension réciproque quant aux positions de chacune des parties». «C'est aussi la raison pour laquelle les positions divergentes des deux pays concernant l'indépendance du Kosovo, approuvée par la Suisse mais rejetée par la Russie, n'ont pas créé de tensions particulières», explique Michael Ambühl.

Une compréhension réciproque a aussi pour effet «qu'il n'y a justement pas de problème lorsqu'on adopte une position différente dans une question importante. Cela n'entraîne pas la rupture du partenariat».

Un avantage, aussi dans l'affaire UBS

Michael Ambühl qualifie aussi de «signe de confiance» le fait qu'en 2008, suite au conflit avec la Géorgie, la Moscou a demandé à la Confédération de représenter ses intérêts à Tbilissi. «Je pense que cela contribue à favoriser la compréhension réciproque.»

Avec les Etats-Unis, dont les intérêts en Iran sont défendus par la Suisse depuis 1981, Berne a adopté une démarche diplomatique semblable», explique encore Michael Ambühl, qui avait conduit les négociations avec les Etats-Unis dans le cas de l'affaire UBS: «Ces rapports de base se sont clairement avérés utiles dans ce cas et ont permis d'éviter de péjorer nos relations bilatérales».

Andreas Keiser, swissinfo.ch
(Traduction de l'allemand: Nicole Della Pietra)

visite d'Etat

Lors de sa visite d'Etat des 21 et 22 septembre, Dmitri Medvedev doit, selon la coutume, rencontrer les sept conseillers fédéraux. Il s'entretiendra aussi avec des entrepreneurs helvétiques.

Dmitri Medvedev doit aussi se rendre dans le canton d'Uri pour honorer le monument à la mémoire du maréchal Alexandre Souvorov et de sa traversée mémorable des Alpes en 1799, à la tête de ses soldats.

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SUISSE-RUSSIE

Au 18e siècle , les deux pays entretenaient d'intenses relations. Des écrivains, des artistes et des scientifiques visitaient la Suisse, alors que des citoyens helvétiques émigraient vers la Russie.

Plusieurs monuments et édifices, dessinés par des architectes suisses, témoignent du passage de ces migrants en Russie.

Au 19e siècle, la Russie fait partie des grandes puissances mondiales qui garantissent la neutralité suisse. Au début du 20e, artistes, étudiants et dissidents russes, dont Lénine, séjournèrent en Suisse.

Les remous de la Révolution entraîneront également l'interruption des relations diplomatiques en 1923 entre les deux Etats, pour ne reprendre qu'en 1946.

A la fin de la Guerre froide, les relations politiques, économiques, scientifiques et culturelles se sont rapidement intensifiées.

La Russie est devenue un partenaire commercial important et la Suisse fait partie des grands investisseurs au sein de la Fédération de Russie.

La Russie est le seul membre permanent au Conseil de sécurité de l'ONU avec lequel la Suisse échange des visites d'Etat ministérielles annuelles.

Depuis 10 ans, la Suisse apporte sa contribution financière et technique et offre aussi de l'aide humanitaire, en particulier dans le Sud-Caucase.

Depuis 2009, la Suisse représente les intérêts de Moscou en Géorgie, de même que les intérêts de la Géorgie en Russie.

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