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Quand un parti gouvernemental se radicalise

Une des nombreuses affiches choc de l'UDC pour dénoncer les abus du droit d'asile.

(Keystone)

Avec des slogans utilisés d’ordinaire par les petits partis d’extrême droite, l’Union démocratique du centre (UDC) est devenue le plus grand parti de Suisse.

Pour Oscar Mazzoleni, auteur d’une étude sur l’UDC, il s’agit d’un cas de radicalisation d’un parti gouvernemental, unique en Europe.

swissinfo: Le leader du Front national Jean-Marie Le Pen a félicité Christoph Blocher pour sa victoire… Le phénomène UDC est-il comparable aux autres cas de montée de la droite dure en Europe (Lega, FPÖ, Front national)?

Oscar Mazzoleni: La lutte pour défendre l’intégrité de la nation et les attaques systématiques contre la classe politique, jugée incapable de répondre aux intérêts du peuple, sont des points communs entre ces partis européens et l’UDC.

Toutefois, contrairement à ces voisins européens, le parti de Christoph Blocher est un parti gouvernemental depuis des dizaines d’années.

Et sa récente radicalisation est intervenue alors que le parti siégeait toujours au sein d’un gouvernement de coalition. De ce point de vue, il s’agit d’un cas unique en Europe.

swissinfo: Lors des dernières élections, l’UDC a progressé de 4,6% et a conquis des sièges même dans les cantons où elle se présentait pour la première fois (Neuchâtel). Un tel succès était-il prévisible?

O.M.: A deux semaines des élections, les sondages estimaient à 25% le nombre de voix en faveur de l’UDC. La réalité lui en a donné près de 27%. Un choc pour tout le monde.

Une partie du nouvel électorat de l’UDC n’osait peut-être pas afficher ouvertement ses choix lors des sondages. C’est une explication probable.

swissinfo: Dimanche soir, l’UDC a présenté la candidature de Christoph Blocher au gouvernement en menaçant de le quitter, si l’Assemblée fédérale ne l’élisait pas. Est-ce que devenir un ‘simple’ parti d’opposition serait réellement une option envisageable pour l’UDC?

O.M.: Je pense que l’annonce de la candidature de Christoph Blocher fait surtout partie d’une stratégie visant à faire pression sur les partis du centre en vue des élections du Conseil fédéral.

Si l’UDC veut poursuivre son avancée électorale, elle a tout intérêt à maintenir son leader hors des compromis du Palais fédéral. L’entrée de Christoph Blocher dans le système de collégialité porterait un coup à son image d’outsider.

swissinfo: Selon vous, quel est le scénario le plus probable le 10 décembre?

O.M.: Si l’UDC obtient le droit à un second siège, j’imagine que l’Assemblée fédérale ne choisira pas le candidat officiel du parti.

Actuellement, c’est, à mon avis, le scénario le plus probable étant donné le rôle décisif que devraient jouer les radicaux et les démocrates-chrétiens à la chambre des cantons.

swissinfo: 27% des électeurs ont voté pour un parti qui utilise un langage politique simple et radical. Cela signifie-t-il que la classe moyenne suisse est en train de se radicaliser?

O.M.: L’électorat de l’UDC est de plus en plus hétérogène. Les classes moyennes et basses des zones urbaines sont venues s’ajouter aux agriculteurs et artisans des régions rurales. Reste à savoir s’ils seront rejoints par les classes moyennes et hautes.

Le discours de l’UDC lui-même reflète d’ailleurs cette hétérogénéité. D’un côté, le parti intervient publiquement dans les manifestations des agriculteurs. D’un autre, il dénonce les dépenses de l’Etat.

En tant que leader charismatique, Christoph Blocher réunit ces différents messages pour offrir une image cohérente, sans contradictions.

swissinfo: A l’inverse, est-ce que l’élargissement du cercle des électeurs de l’UDC à des personnes, qui votaient jusqu’ici au centre, ne pourrait pas influencer le parti lui-même et l’amener à avoir des positions plus modérées?

O.M.: C’est possible, à moyen terme. Pour l’instant, l’insatisfaction envers les partis du centre mène à une polarisation et donc à une radicalisation de l’échiquier politique.

swissinfo: L’UDC a connu une ascension fulgurante dans les cantons où elle était peu représentée, mais elle recule par exemple à Zurich, précisément là où l’aile dure du parti est née. Comment l’expliquez-vous?

O.M.: Dans certains cas, je pense à Neuchâtel en particulier, il ne faut pas sous-évaluer l’effet nouveauté.

Et, dans le canton de Zurich, l’UDC reste tout de même le premier parti. Si elle a perdu un siège, c’est probablement parce que ses adversaires se sont alliés, parfois de façon imprévisible, comme les Verts et les démocrates-chrétiens.

swissinfo: Autre cas atypique, celui des Grisons, où le poids de la tradition démocratique de l’UDC est encore lourd et où le parti a encore des positions relativement modérées. Pourtant, même là, l’UDC a légèrement progressé.

O.M.: L’effet régional, la force des candidatures, a sans doute joué un rôle.

Mais je n’exclurais pas l’influence du succès, sur le plan national, de Christoph Blocher. Les opinions de l’électorat ne reflètent pas toujours de manière absolue celles des candidats élus.

C’est notamment ce qui s’est produit pour l’UDC dans le canton de Berne lors des élections fédérales de 1999. Sur certains thèmes, l’électorat bernois de l’UDC était plus proche des positions de la section zurichoise que des candidats bernois.

Interview swissinfo: Andrea Tognina
(Traduction et adaptation: Alexandra Richard)

En bref

- Pour la première fois de l’histoire suisse, les thèmes et les slogans de la droite populiste et nationaliste ne sont plus le monopole des petits partis marginaux d’extrême droite. Désormais, un parti gouvernemental se les approprie.

- C’est la principale conclusion de l’étude du politologue Oscar Mazzoleni, responsable de l’Observatoire de la vie politique du canton du Tessin.

- «Nationalisme et populisme en Suisse. La radicalisation de la ‘nouvelle’ UDC», Oscar Mazzoleni, Lausanne, Le Savoir Suisse, 2003.

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