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Une montgolfière pour lutter contre le noma

Une équipe du «Breitling Orbiter 3» pour récolter des fonds. Photo O.Grivat

Baptisée à Gstaad, une réplique format réduit du «Breitling Orbiter 3» va faire un tour du monde par étapes et récolter des fonds pour lutter contre le noma. Un mal qui se présente comme une nécrose foudroyante dévorant le visage des petits Africains.

Dix ans jour pour jour après leur envol pour le premier tour du monde en ballon, Bertrand Piccard et Brian Jones ont donc procédé au baptême de cette montgolfière qui a bouclé la boucle en Egypte, le 21 mars 1999.

«Le noma est un mal i-noma-ble dû à l’extrême pauvreté et la malnutrition», résume le psychiatre-aéronaute et «savanturier» Bertrand Piccard, qui en a fait son cheval de bataille. Au point de créer une fondation pour venir en aide à ses victimes. La Fondation Winds of Hope (les vents de l’espoir) a été créée le 9 septembre 1999 avec un capital d’un million de dollars.

Cause méconnue

Le lancement d’une réplique format réduit du ballon du tour de monde va permettre de récolter de nouveaux fonds. Avec le Britannique Brian Jones aux commandes – un ancien pilote de la RAF –, la montgolfière aux teintes argentées va faire un tour du monde par étapes avec des vols effectués en compagnie de VIP, d’hommes politiques et de dirigeants d’entreprises. Les promoteurs articulent les noms de Moscou, Pékin, le Japon, Singapour.

La cause défendue par les deux aéronautes est méconnue: le noma (du grec nomen, dévorer) est une maladie bucco-dentaire au taux de mortalité très élevé. En Afrique, près de 90% des malades meurent avant même d’avoir reçu le moindre traitement.

«Quand nous avons réussi notre tour du monde en ballon il y a dix ans, nous avions remporté la prime d’un million de dollars promise par un grand producteur de bière américain. D’où l’idée partagée par Brian: qui pourrions-nous aider avec cet argent?», se rappelle le fils de Jacques Piccard et petit-fils d’Auguste Piccard.

Essentiellement en Afrique noire

Un million de dollars, c’est peut-être une goutte d’eau dans l’océan du monde humanitaire, mais ce n’est pas une raison pour ne rien faire. C’est en visitant le centre de Terre des hommes à Massongex, en Valais, que le thème du noma s’est imposé aux deux aéronautes. La vue de ces petits Africains au visage rongé par la maladie a hanté leurs nuits: «Le noma ne laisse pas seulement des cicatrices indélébiles sur le visage de ses petites victimes, mais également dans l’esprit de ceux qui la croisent».

En Suisse, l’engagement de Winds of Hope par rapport aux programmes nationaux est de l’ordre de 600’000 francs par an, sur cinq ans. Le but de la fondation est de faire travailler les ONG avec les autorités sanitaires locales: «Nous travaillons spécifiquement sur des programmes précis en connaissant les gens qui agissent sur place», assure Winds of Hope.

Elle veut aussi fédérer toutes les ONG, tous les programmes nationaux et tous les partenaires de la lutte contre le noma pour leur permettre de travailler ensemble. Il s’agit de réunir autour d’une même table tous ceux qui luttent à l’étranger et tous les délégués des gouvernements des pays où sévit le mal: Niger, Mali, Burkina Faso, Togo, Bénin et Sénégal.

Winds of Hope soutient directement les programmes nationaux qui financent la formation d’agents de soins, de manière à pouvoir compter dans chaque village sur quelqu’un qui a entendu parler de la maladie et qui sait comment le prévenir: infirmiers, sages-femmes et tradipraticiens. Il arrive aussi que des enfants soient opérés en Europe, mais ce traitement coûte autant qu’un programme national de prévention sur place.

La Fondation se concentre sur les pays à bonne gouvernance, refusant par exemple le Zimbabwe et le Nigeria, sur la base des listes de Transparency International: «Nous avons deux soucis, explique Bertrand Piccard. Non seulement les populations sont encore plus pauvres qu’auparavant, mais il y a aussi l’augmentation d’épidémies de HIV dues à la baisse des défenses immunitaires. Les enfants attrapent plus facilement le noma. Ce qui est aussi catastrophique, c’est la spéculation autour des denrées alimentaires. Une solution préconisée est le microcrédit pour pouvoir emprunter au moment de la récolte et jusqu’à la vente».

A quand un vaccin?

Des recherches sont effectuées notamment à Genève pour permettre de trouver un jour un vaccin. Il s’agit de prélever des échantillons bactériologiques dans la bouche d’enfants du même village.

On a recensé ainsi un grand nombre de souches inconnues ici: «Le vaccin idéal contre le noma serait de nourrir toute l’Afrique, ce qui est impensable au stade actuel, résume Bertrand Piccard. C’est une maladie de la pauvreté, de la misère, de la malnutrition qui abaisse le seuil d’immunité. On ne sait toujours pas pourquoi, dans une même famille, certains enfants sont touchés et d’autres pas.

Une équipe américaine de la Fédération No noma estime que la carence en vitamine A serait la cause de cette baisse des défenses immunitaires. Ce qui est intéressant, c’est de voir que le noma est une vraie maladie qui sévissait en Europe il y a trois ou quatre siècles et qui a disparu au moment de l’amélioration de la qualité de vie lors de la révolution industrielle.

swissinfo, Olivier Grivat

Des dons peuvent être faits à la Fédération No noma, CCP 17-513550-9.

C’est le chiffre avancé par l’OMS, alors que 20’000 enfants survivent, mais dont beaucoup sont cachés ou éliminés. Ces drames seraient facilement évitables.

Ce sont surtout les enfants jusqu’à 6 ans qui sont touchés en Afrique noire. On estime leur nombre à un million avec 100’000 nouveaux cas détectés chaque an.

Il suffirait de 2 ou 3 francs d’antibiotiques au moment où l’enfant présente les premiers symptômes.

On trouvait des cas de noma en Europe au Moyen-Age et même dans les camps de concentration nazis de la dernière guerre mondiale.

Aujourd’hui le mal se répand aussi en Chine, en Inde et en Amérique latine.

Il débute par des lésions aux gencives. Les joues et les lèvres s’amollissent, puis enflent. Les tissus commencent à se nécroser, une croute se forme, qui laisse souvent un trou béant dans le visage.

C’est le symbole même des souffrances oubliées, estime Bertrand Piccard. Une maladie de l’ombre qui inquiète, qui effraie et qui alarme.

Elle est aussi parfois encore considérée en Afrique comme une malédiction liée à la superstition. Autrefois, les familles frappées étaient suspectées d’avoir le mauvais œil. A tel point que certaines tribus n’hésitaient pas à abandonner durant la nuit, leurs enfants malades aux animaux de la brousse…

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