Le Poly de Zurich vise l'excellence

Ernst Hafen a pris la présidence de l'Ecole polytechnique de Zurich le 1er décembre. EPFZ

Ernst Hafen, président de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) depuis le 1er décembre, partage ses vues avec swissinfo.

Ce contenu a été publié le 08 janvier 2006 - 13:55

Le professeur compte bien donner à son Ecole une position de leader, en changeant les systèmes d'enseignement et en nouant des liens plus étroits avec l'industrie.

Pour Ernst Hafen, l'augmentation des taxes que paient les étudiants devrait les amener à faire de meilleurs choix, tout en permettant à l'EPFZ d'améliorer la qualité de son enseignement.

Ce biologiste de formation estime également que le peuple suisse a fait une erreur en votant, à la fin de l'année dernière, le moratoire sur les organismes génétiquement modifiés (OGM).

swissinfo: Quels sont les buts principaux que vous vous êtes fixés en tant que nouveau président de l'EPFZ?

Ernst Hafen: Il y en a cinq:

L'enseignement: Il constitue une part très importante de nos obligations. Je veux mettre en avant, non seulement les meilleurs chercheurs, mais aussi les meilleurs professeurs. Avec Internet, le savoir est maintenant disponible partout. Nous devons donc changer notre manière d'enseigner, ne plus nous contenter de seulement délivrer des connaissances et de tester les étudiants.

La promotion des jeunes talents: Elle devrait commencer avant même que les jeunes n'arrivent à l'université. On peut évaluer les étudiants avant leur inscription et les suivre durant leur cursus pour leur donner un feedback et des conseils qui les aident à faire les bons choix de carrière.

Diversifier les sources de financement: L'enseignement et la recherche sont globalisés, et nous devons rester au niveau de ce qui se fait en Chine, à Singapour ou aux Etats-Unis. Nous ne pouvons le faire que si les moyens suivent. Nous ne devons pas nous attendre à voir la manne étatique augmenter beaucoup, c'est pourquoi nous devons chercher un soutien accru du secteur privé, des fondations et de l'industrie.

Les transferts de technologie: Nous voulons promouvoir l'esprit d'entreprise, afin que les étudiants réalisent que leurs travaux peuvent servir à monter une entreprise. Et parallèlement, nous voulons développer des centres de compétences dans des domaines qui intéressent l'industrie.

La communication: En 2005, pour son 150e anniversaire, l'EPFZ a très bien su se faire voir et comprendre du public. Il faut continuer. C'est un aspect qui va prendre de plus en plus d'importance dans les années à venir.

swissinfo: Est-ce que les étudiants devront y aller davantage de leur poche à l'avenir?

E.H.: Pour moi, il est clair que l'augmentation de la qualité des études a un prix. Il faudra que nous discutions très précisément de cette question des taxes.

Nous devons bien expliquer aux jeunes que cela ne fermera pas la porte de l'Ecole à qui que ce soit, mais que cela devrait les amener à réfléchir très attentivement à ce qu'ils veulent y faire. A l'heure actuelle en effet, nous avons 30% d'étudiants qui laissent tomber à la fin de la première année.

Prendre leurs décisions un peu plus tôt ne leur ferait pas de mal. Et je suis sûr qu'ils ne changeraient pas d'avis aussi facilement s'ils savaient que cela coûtera quelque chose, à eux ou à leurs parents.

swissinfo: Quels sont les plus grands défis qui vous attendent?

E.H.: Continuer à recruter les meilleurs cerveaux, qu'il s'agisse de professeurs, d'étudiants ou de chercheurs.

swissinfo: Est-ce que vous attachez beaucoup d'importance aux classements internationaux des Hautes Ecoles?

E.H.: A l'avenir, les étudiants auront de plus en plus tendance à choisir leur école, et ces classements existent, qu'ils soient bons ou mauvais, qu'ils soient justes ou qu'ils soient faux. Ils sont la marque d'un marché de l'éducation de plus en plus globalisé et de plus en plus transparent.

swissinfo: Est-ce que le moratoire sur les OGM récemment approuvé par le peuple suisse représente une menace pour l'EPFZ?

E.H.: Nous avons déjà un bon nombre de professeurs de renom international qui travaillent ici. Mais si ce vote avait eu lieu il y a cinq ans, il aurait ruiné notre processus de recrutement.

Dans les années 60, tout le monde était contre le béton et cela a compromis le recrutement d'ingénieurs civils. Dans les années 80, l'énergie atomique avait très mauvaise presse et plus personne ne voulait se lancer dans la physique nucléaire.

Voilà qui met une fois de plus en évidence l'importance d'une bonne communication. S'il l'on pouvait revenir aux débuts des OGM, il faudrait s'y prendre tout autrement. En commençant par exemple avec des oranges transgéniques qui ont meilleur goût ou qui se conservent plus longtemps, je suis sûr que les réactions négatives ne seraient pas aussi fortes qu'elles le sont aujourd'hui.

Parce que pour le moment, les consommateurs ne voient simplement pas les bénéfices qu'ils peuvent tirer des OGM.

swissinfo: Quelle image aimeriez-vous laisser de l'EPFZ au terme de votre mandat?

E.H.: Pendant les célébrations du 150e anniversaire, le public a pu la voir comme une institution leader, et je crois qu'il s'attend à la voir montrer le chemin. C'est un défi fantastique et je me réjouis de le relever.

Je suis très excité à l'idée de diriger cette Ecole, parce qu'elle a déjà tellement de points forts. Nous sommes bons en sciences de la vie, en physique, en chimie, en architecture, en ingénierie, en biotechnologies, en sciences de l'information et en nanotechnologies...

Si nous savons amener tous ces gens à travailler ensemble, nous avons une chance formidable de contribuer à modeler le futur.

Interview swissinfo: Matthew Allen
(Traduction et adaptation de l'anglais, Marc-André Miserez)

Faits

Ernst Hafen est né en 1956. Il a étudié la biologie moléculaire et cellulaire à Bâle avant de travailler à l'Université de Californie à Berkeley, puis à l'Institut de zoologie de l'Université de Zurich.
Ses travaux sur le contrôle de la croissance et du métabolisme par les gènes lui ont valu plusieurs récompenses, dont les fameux Prix Ernst Jung, Friedrich Miescher et Otto Naegeli.
Il a aussi été membre du Conseil national de la recherche, représentant des professeurs au Conseil de l'Université de Zurich et membre des directions éditoriales de plusieurs revues scientifiques.

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